vendredi 1 juin 2018

30 mai 1er juin



Mercredi 30 mai 2018 10h

La grise poisse nous colle à la peau.
Les rares percées ensoleillées sont piquantes, mauvaises, lourdes.
Les travaux agricoles sont à l'arrêt. Je pense à mes semailles citrouilles et betterave. Le fumier doit être épandu, la terre labourée, puis préparée en lit de semence douillet.
Pour le moment, elle est juste gorgée d'eau.
Les épis des herbes blanchissent, les tiges ploient sous le poids de l'eau. Les toiles d'araignées champêtres dans les fossés s'emperlent de diamants ronds brillants.

Une ambiance tropicale,  les frondes de fougères impériales se déroulent presque à vue d'œil. Les jeunes pousses violines des spirées sauvages s'étirent, colorant les sous-bois de leurs feuilles carmines et vert tendre.
Les herbes frôlent  les mollets nus en une caresse un peu trop froide et humide pour être agréable.
Dans les flaques, les petites capsules d'eau dérivent en bateaux libres, et éclatent sans bruit, en surprise un peu déçue.
Bah ! le soleil nous reviendra bien : nous rattraperons ce temps d'attente, et la terre gorgée d'eau et réchauffée impulsera une germination exubérante. Enfin, c'est ce qu'il faudrait...

Je déchante déjà de la technologie tant vantée dernièrement : mon oreillette gauche est en panne, depuis hier soir. Changement de pile, pourtant nouvellement installée de la veille, au cas où. Bernique, silence total et absence complète de réponse au petit frottement de vérification. Mince, déjà !
L'adaptation est tellement rapide qu'en quelques jours à peine, j'avais l'usage de cette perception numérique. En être privée m'a déstabilisée quelques heures. L'oreille droite est devenue lourde, emplie d'une gravité déséquilibrante. Le port des lunettes modifié par l' absence de la petite coque derrière l'oreille a lui aussi perturbé le cervelet.
Il faut le comprendre, aussi, le pauvret : on lui demande de se faire à une nouveauté un tantinet invasive. Plein de bonne volonté, il se discipline, s'applique, s'adapte. A peine pris ce pli, bim ! on lui retire brusquement cette béquille ! Allons bon...
Pour ce matin, le cervelet reposé s'est souvenu du  temps d'avant l'appareillage. Souple et plastique, il a retrouvé son positionnement antérieur. Bon.
J'ai confié la technologie défaillante à son spécialiste. Nous verrons bien.

Les bruits revenaient vers moi comme des chiens fugueurs rentrent furtivement à la maison, queue basse, un peu piteux de leur escapade. J'entendais de nouveau le tic-tac de l'horloge, le vrombissement sourd de la centrale électrique. Je les avais perdus, et en avais fait mon deuil, comme on oublie à la longue le chien enfui.
Les retrouver par surprise m'était une joie et un réconfort. On ne réprimande pas son chien, quand il vous tend sa bonne tête à caresser en s'aplatissant d'allégeance. On se baisse, et on lui frictionne les oreilles, en tenant sa bonne tête à pleines mains, pour s'y remplir  de soulagement et y réchauffer son manque.
Cette petite panne se réparera, et j'apprécierai d'autant plus le retour de mon robot miniature d'avoir ressenti son vide.

La lumière s'allège, dirait-on : l'après-midi sera peut-être plus claire.


Vendredi 1er juin 2018 11h18

Les journées prennent un rythme mousson indienne du matin, puis, Amazonie  tropicale l'après-midi.
Bah, on a au moins la consolation de voir le soleil, en percées, mais agréable quand-même. 

Ma Bigoudi s'est blessée le sabot avant gauche. Sans doute est-elle gênée par un caillou incrusté dans son pied. Je vais la surveiller, voir si elle s'en défait dans l'herbe mouillée. Sinon, je tâcherai d'intervenir ce soir, quand elle sera couchée, en admettant qu'elle le soit du bon côté... Je pourrais encore tenter de l'entraver comme je l'ai fait pour la prophylaxie annuelle, tête bloquée contre le muret. Une bonne cordelette ensuite pour relever la patte, deux trois hommes forts pour éviter qu'elle ne bouge. La dernière perspective sera celle de la cage à bovins, où, "contentionnée" entre les barres galvanisées solides, la patte maintenue sanglée, nous pourrons examiner tout ça plus facilement. La difficulté consistant évidemment à l'y faire entrer, dans cette cage barbare. Un renfort musclé sera là encore nécessaire : ma Bigoudi n'est pas bien forte, mais bien assez pour résister !

J'ai récupéré mes appareils auditifs : un nettoyage à l'ultra-son d'un filtre quelconque a fait l'affaire prestement. Je me suis imaginée un instant une opération à la soufflette du compresseur, pffuittant vigoureusement un souffle puissant. Avant de me rendre compte que cette technologie miniature de pointe se traite un peu différemment.
De la même façon que l'on s'approche maintenant d'un moteur de tracteur avec une valise électronique, et non plus deux trois solides clefs de 23, la maintenance de nos engins nous échappe totalement. C'est bien dommage...
J'aime pour ma part cette idée de pouvoir participer à la bonne marche de mes petites affaires. Là, je suis bien obligée de m'en remettre à ceux qui savent, et dont je ne suis pas. Sentiments, un, d'impuissance, et deux, d'incapacité ! Un peu vexatoire, n'est-ce pas ?
La haute sophistication nous éjecte hors d'une sphère élitiste, et nous soumet. Ployons,  puisque telle est notre destinée, ployons, tel le peuplier dans le vent !

La petite préposée, mignonette et douce, choisit délicatement ses mots : elle aurait pu me dire que je vivais comme une pouilleuse, encrassant en quelques jours ce dispositif de laboratoire. Et bien non, elle a simplement souligné que la fréquence des nettoyages nécessaires était très variable, selon la vie que l'on mène...  Quel petit bijou de délicatesse !
J'ai retrouvé le confort d'une écoute facilitée, les sons amplifiés et reconnus. Je perçois d'ailleurs prioritairement les chants d'oiseaux, même à la jardinerie où le chahut les noie autrement dans la masse sonore. C'est ma foi bien agréable !

Je suis cette semaine d'humeur moins enjouée, moins énergique et plus molle. Cette petite contrariété m'a pincée plus fort qu'elle ne l'aurait du. Je sens combien ma réceptivité est aiguisée, particulièrement aux "zondes négatives", en ces périodes. La molécule est là, elle pare, faisant bouclier efficace. Je suis là, aussi, avertie et en valant plus d'une, peut-être pas quand-même deux !
J'essaie de me regarder de l'extérieur, de me voir faire et d'en sourire, gentiment. Sans ironie ni culpabilité, juste gentiment, comme la petite préposée auditive.

Ainsi, la molécule évite le survoltage, et la traversée du désert de cendres subséquent, et moi, je tourne le regard résolument vers les grands arbres à l'ombre protectrice.
Pour le moment, ça paraît marcher...

L'heure du déjeuner approche. Mes préparatifs culinaires demandent intervention.
Ces petites choses toutes prosaïques sont aussi un bon rempart contre les vagues grises.

Tiens, je vois Bigoudi marchant dans l'herbe. Elle ne marque pas de boiterie. Foulant le tapis moelleux et gorgé d'eau, elle a peut-être été débarrassée de ce caillou blessant. Nous verrons ça ce soir, quand elle rentrera, marchant sur la surface plus dure de l'étable.
Il arrive bien que les choses s'arrangent d'elles-mêmes. Supposer par anticipation la version la plus compliquée ne la rendra ni plus ni moins probable. Elle m'empoisonnera inutilement, seulement.
Allez, là encore, gardons le bon cap !




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