lundi 25 juin 2018

25 juin



Lundi 25 juin 2018 9h51

Enfin, les belles journées d'été sont là !
Le soleil conquérant à gauche de ma pinède, maintenant véritable, ses rais obliques allongés jusque dans les chambres tournées vers le presque nord, cueille des réveils où s'invite l'enthousiasme.
Ces jours magnifiques, il fait bon vivre dedans comme dehors, toutes portes et fenêtres ouvertes de jour comme de nuit.
Petit déjeuner sur le balcon, en admirant la baie scintillante et calme dans le tout petit matin, Zaldi, belle comme jamais, venue chercher son quignon de pain en hennissant un murmure, la journée démarre dans la belle lumière.
On saute dans un vieux short, on est prêt !
Tout semble plus facile et plus léger, en ces matins d'été resplendissants.

L'histoire des foins s'est tout à fait bien terminée : la grange est remplie de balles joufflues au parfum frais.  Les jours maussades ont évité de "saisir" le fourrage lourd de pluie. Le dernier brin de soleil à peine plus fort a parachevé un travail impeccable.
Les beaux jours continuent, le paysan travaille dans les meilleures conditions. Les tracteurs vrombissent partout, les champs zébrés des lignes de coupe reverdiront vite. Partout, les balles enroulées en spirales serrées tels les tournesols de Van Gogh attendent d'être rentrées.. 
La terre restitue son eau, dressée en côtes de labour elle offre sa gorge au soleil. 
Ces quelques jours rattrapent la saison mauvaise, si l'on s'attelle avec ardeur à la tâche.
Le paysan connaît ses brusques sauts de rythme, et sait s'y couler.

Ce temps des fanaisons maintenant mécanisées laisserait une petite nostalgie de l'époque où l'on chargeait les bottes à la main. 
La charretée s'élevait par étages, en une construction géométrique. Il fallait croiser les bottes pour pouvoir monter haut, sans risquer l'effondrement de la pile. Une ligne en long, deux en travers, puis une en travers et deux en long. En bout de ligne, quand le ballot ne s'insérait pas correctement, une oblique foulée vigoureusement pour ancrer la récalcitrante. Ou encore deux ballots soulevés bord à bord, en un triangle où un saut ou deux sur le sommet imbriquait le tout, en une clé solide.
On montait, montait, les "approcheurs" à la fourche hissaient les balles de plus en plus haut, de plus en plus difficilement. Le "chargeur" hissé tout en haut rétrécissait la pile, terminant en réduisant le nombre de lignes, pour finir par un crénelé final digne des remparts fortifiés médiévaux. 
C'était beau, une belle charrette bien chargée. La réputation des hommes forts et adroits se faisait aussi là.
Les enfants et les femmes rapprochaient les lignes du champs, où la presse avait craché les ballots rectangles.
J'ai peu connu le temps précédent de la botteleuse, où le chargement était plus difficile, avec les bottes molles et moins régulières. Je me souviens juste du bras de la machine, dont le coude sortait en cadence au dessus du châssis, ingurgitant le foin pour le rendre ficelé au bout d'un cheminement métallique et bruyant.
Le vrac, c'était avant encore, du temps de mes parents jeunes. La charrette montée en tas rond, où l'on apercevait juste la paire de bœufs.

Ce temps des foins, ces journées chaudes, longues et lumineuses, rapprochaient alors les jeunes. On faisait les foins de fermes en fermes, en équipes tournantes. C'était le "mytic" de l'époque.
L'occasion de se rencontrer, de se tourner autour. Le grand soleil appelait au jour les peaux tannées, luisantes de sueur, lisses et roulant sur les muscles tendus. Ils étaient beaux, les hommes, dans leurs efforts, et les femmes aux bras nus les regardaient, le ventre un peu serré d'une émotion charnelle.
Elles préparaient des repas somptueux, où le vin coulait à flots. La fatigue de la journée, les soirs tièdes où la pénombre invitait à oser les gestes amoureux, furtifs, un sein appuyé un peu trop sur une épaule nue, en passant un plat, tout y était !
C'était bouillonnant de vie, d'énergie.

Les enfants du printemps sont conçus dans cette période où la fièvre dans le sang fouette les ardeurs. Ils doivent en garder un bouillonnement intérieur. J'en suis…

Aujourd'hui évidemment, regarder une "roundballeuse" arrondir sa grosse balle et les frontales charger le tout sur les remorques tirées par des tracteurs dont les cabines enferment les chauffeurs, c'est moins sensuel !
Les paysans sont moins musculeux, moins dorés, plus "urbanisés".
Je garde la nostalgie de ces temps. J'éprouve aussi le grand confort de ne plus avoir à faire ces efforts dont je serais bien incapable aujourd'hui !
Ces évocations restent empreintes de couleurs, de parfums, d'émotions.
J'en garde le meilleur, et me préserve maintenant sans scrupule de cette saine mais réelle fatigue.
Mes semis de citrouilles et de betterave dans la terre chaude, là encore préparée par les machines, suffiront à contenter mes frénésies paysannes du moment.
Les graines affolées devraient bien vite étaler à plat leurs premières feuilles rondes et charnues.
J'irai surveiller ça, le soir, au soleil couchant, quand la grosse chaleur cède la place à une ambiance assouvie.

A la jardinerie, nous préparons l'inventaire de jeudi. Là aussi, je sens les échauffements d'une petite fièvre : l'excitation de connaître précisément le résultat final. La saison a été courte, coincée entre le printemps pluvieux et l'été où la chaleur incite plus à la plage et aux ombrages qu'au jardinage.
Ca ne devrait pas être si mal. La pépinière a même maintenu le chiffre pourtant record de l'année dernière. Satisfaction et confiance, plénitude d'une saison réussie malgré les conditions difficiles.
Les granges sont pleines, et les caisses aussi...



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