vendredi 22 juin 2018

22 juin



Vendredi 22 juin 2018 8h50



Le paysan fibrille par ces journées fanaisons. Le temps est sec, mais le soleil parcimonieux.
Ma théorie du foin séché doucement va pouvoir s'illustrer en plein. Si tout va bien, mon hangar sera rempli pour la fin de journée, ou demain au plus tard. Une belle réserve de foin pour Bigoudi et ses filles, une satisfaction pour l'éleveuse inquiète.
Au retour de la jardinerie hier soir je suis passée à la "montagne". Célia rentrait, nous avons bavardé un peu. Le Jaizkibel encore noyé dans les nuages nous privait d'un magnifique coucher de soleil. Le grand sourire de la belle brune irradiait, en compensation.
Les andains sont épais, bien soufflés. Le foin ne sera pas mauvais, il sera là, surtout, quand mon tempérament anxieux me représentait une grange désespérément vide. 
La peur de la misère, le manque réel de mes grands-parents instillé jusque dans ma moelle, se fraieront toujours, je le crains, un chemin sinueux à l'ombre de mes  sous-bois. Déraisonnable et irraisonné, ce sentiment pollue mes jours, et les polluera sans doute encore. Je vais devoir faire avec, admettre chez moi l'amplitude exagérée des simples inquiétudes légitimes, ailleurs.

Mes théories encore d'une perception plus aigue de la chance d'une vie simple et saine devront cohabiter avec ces écueils là, et je m'y soumets, faute de pouvoir m'en affranchir !
Ma vie, la vie de tous passée la cinquantaine, prend une nouvelle tournure. La balance penche à ce moment résolument du mauvais côté, vers la pente descendante. 
J'en vois se débattre, nier l'évidence, s'accrocher. 
J'en suis moi aussi pour essayer de maintenir l'existant, au mieux. Je ne cède pas à la décrépitude sans m'accrocher aux branches. Je veux juste éviter de m'y fatiguer trop, au point de dépenser là une énergie mieux utile ailleurs. A vivre bien, justement, sans agitation inutile mais dans la saveur encore exquise des jours donnés.

J'y pensais hier soir : savourant ma petite crème au chocolat, plongeant sans trop y prendre garde la petite cuillère dans la surface encore lisse du pot juste ouvert. On déguste, dès le départ, mais avec moins d'attention qu'ensuite, quand la cuillère  heurte d'un tintement cristallin le fond en verre. Les dernières cuillerées sont les meilleures, les plus appréciées, parce-qu'elles sont les dernières, justement !
Encore un de ces exemples simplets et prosaïques. Pour moi, une image bien parlante, tout ce qu'il y a de plus terre à terre, comme je le suis moi-même, dans mon naturel paysan.
Ce naturel revendiqué avec fierté, lui aussi solidement arrimé dans mes pensées profondes et mes cheminements intérieurs.
Ce naturel où je me fonde en confiance, pour rayonner, pas trop loin, mais juste. Du moins, j'essaie...

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