lundi 4 juin 2018

4 juin



Lundi 4 juin 2018 15h18



Le ciel bien bas n'annonce pas de percée de soleil pour aujourd'hui.
C'est désagréable, ce temps à contre-saison. Les foins ne se font pas, les cultures semées s'asphyxient d'eau, l'humidité insidieuse poisse tout.
J'ai laissé mes vaches à l'étable. Patauger dans la boue est pénible pour elles. J'ai pu examiner les sabots de ma Bigoudi, quand elle s'est couchée, vendredi. Déjà, à la rentrée, sa démarche avait retrouvé souplesse et fluidité. L'avancée chaotique et pénible du matin avait levé mes inquiétudes. Ses étirements de bien-être au soir et son pas régulier me les ont ôtées.
Pour cette fois, le bon sort a bien voulu se ranger de notre côté !

Je garde ma braise intérieure tiédotte. Comme le cheval au galop du Mont-Saint-Michel sentant la vague laper ses sabots, je donne moi aussi un coup de reins, pour éviter de me laisser reprendre. Comme pour Bigoudi, je mise sur le sort ami…

Evidemment, la flamme vive réchauffe bien mieux l'allant et l'enthousiasme. 
Le grand soleil de juin réchauffera aussi bien vite l'atmosphère. Il faut pourtant faire le dos rond, et traverser aussi ces passes moroses et maussades.
Je m'emploie sainement, enchaînant les activités faciles, histoire d'entretenir ce "smooth" salvateur. Souplesse et fluidité à rechercher, pour contourner les grippages.

J'ai relu dernièrement quelques bribes de mes vieux carnets. Les postérieurs à l'enlèvement des premiers. Comme cette pathétique péripétie date un peu, ça laisse une petite mine sur plusieurs années, là encore.
J'y ai retrouvé traces de ces passages bousculés, déjà. Travaillés dans la vigueur de mon énergie d'alors, ça donnait des périodes nerveuses et agressives, où il ne devait pas faire bien bon vivre dans mes parages. Je faisais d'ailleurs assez périodiquement un vide sanitaire drastique.
Maintenant, mes moments off s'alourdissent d'une dolence bien moins confortable pour moi, mais, d'après les dires de mes tout proches, mieux supportables pour les autres.
Que cela me soit consolation charitable…

J'ai relevé aussi la différence entre mes écrits "ouverts", et la véritable intimité d'une écriture solitaire, destinée à ma seule lecture, en principe !
Je livre une sphère personnelle dans ce "bloc", une petite actualité ordinaire et appliquée.
La connaissance de l'éventuel regard des autres modifie tout de même la teneur du propos.
Mes babillages restent de surface, et, si j'essaie de rester sincère, je garde un arrière-plan bien gardé. 
On ne se voit pas comme on se montre. On se donne à regarder, et l'image tendue propose des contours arrangés, ou floutés.
J'ai bien l'impression d'être authentique, pourtant. Ma "représentation" et mon personnage vécu ne divergent pas en trajectoires opposées. La "congruence" n'est sans doute pas parfaite. La distorsion reste quand-même limitée dans une marge étroite.
J'ai plus le sentiment d'une profondeur préservée, d'un domaine protégé comme une chasse gardée.
J'ai le pressentiment aussi de la nécessité de cette mise en retrait, de cette porte fermée dont je veux être la seule  à avoir la clef, quitte à ne pas m'en servir, même.
Un sas de décompression, entre le monde ouvert, et le monde intérieur et ses mystères, même très ordinaires. 
Je ne suis pas sûre de ce que je perçois, je me perds encore une fois dans mon propre sous-bois.
Je ne comprends pas tout de moi, loin de là, et ces pièces fermées m'intriguent toujours. 
Je pense maintenant cette ignorance confortable, séduisante, même, puisque elle laisse l'opportunité de se surprendre, et l'aventure ouverte de se connaître mieux, au moment où cette connaissance sera accessible, si elle le devient un jour.
Je regarde en moi comme j'ouvre mes vieux carnets, en faisant attention de ne pas déchirer le papier mince.
Je regarde en moi comme mes quelques lecteurs amicaux, prenant ce qui se laisse voir, et respectant la pudeur du reste.

La pluie s'est arrêtée.
Je me suis un peu abrutie ce matin à démêler les circuits complexes de notre système social, où nos données errent et se perdent, elles aussi, dans un mystère dont il vaut mieux renoncer à lever les voiles…
Sauf que pour arriver à ses fins, il faut bien aller démêler tout ça, aussi rébarbatif que cela soit. Quand on a la chance de tomber sur des agents diligents et efficaces, ça va ! 
Le préposé MSA du jour était un bonheur de compréhension et d'audace, intervenant, comme il me l'a dit, à la marge, pour faire avancer le dossier. Les télétransmissions à une mutuelle caduque de plusieurs années, faisant évidemment la sourde oreille (je parle d'appareils audio, quel à propos !) exonèrent celle en charge de tenir son rôle. Elle se garde bien, celle-ci, d'avancer sur le devant de la scène, restant gentiment planquée derrière le paravent de l'ancienne, inopérante, mais bien pratique pour ne pas rembourser, sait-on jamais !
Un vrai méli-mélo de mails, d'appels, de documents à retrouver, scanner, envoyer. Ces choses agaçantes pour tout le monde, et destructrices pour mon cerveau à demi brûlé. Dieu merci, la partie sauve prend un relais suffisamment efficient, pour le moment !
Je pense y être arrivée, enfin !

Mes  neurones irrités s'en souviennent. Je vais les soulager dans l'ambiance paisible de mes chemins creux ourlés de fougères hautes.





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