mercredi 13 juin 2018

13 juin


Mercredi 13 juin 2018 11H



Pour le coup, la pluie est tombée, hier.
Toute la journée, encapuchonnée sous le ciré, j'ai travaillé dans ma pépinière. Je ne risquais pas d'être dérangée par la clientèle ! Je changeai de veste comme on change de monture, quand l'humidité refroidissait mes épaules et mes bras. J'aime bien, travailler sous la pluie, bien couverte.
A la dixième heure pourtant, le charme reposant du clapotis mat et régulier des gouttes sur la toile m'était devenu un tantinet lassant. J'étais bien contente de rentrer à la ferme, de m'occuper dans l'étable de mes vaches restées au sec. Je m'y suis attardée, reposant à leurs mâchouillements mes courbatures de la journée.
Ce matin, je regarde les hordes mouillées traverser le paysage derrière les fenêtres. J'irai tout à l'heure dehors : une journée entière en intérieur ne me réussit pas. Sortir, prendre l'air, prendre l'eau, même, quand on sait pouvoir revenir au sec, c'est comme sursoir à la satisfaction d'un plaisir en s'en distrayant par un autre. Double récompense, double dose de bien-être !

Quelques visiteurs  nous viennent, les bavardages légers autour de la grande table de la cuisine remplissent agréablement ces heures où les occupations extérieures sont à l'arrêt.
Ces journées oisives se prélassent comme les chiens au soleil. Je m'y détends, en toute bonne conscience, exonérée par le mauvais temps. Rien ne m'empêche de couler des jours paresseux par grand soleil, non plus. Mes activités sont de loisirs. Mon travail salarié à la jardinerie emplit mon quota citoyen. 
Je me libère mieux maintenant de ma condition formatée, où le travail est la valeur suprême.
Je ne suis pas pour autant complètement affranchie : une petite culpabilité me taraude encore. Je justifie vite mon rythme de travail un jour sur deux, en expliquant à qui ne me le demande pas que mes journées sont longues, mes fins de semaines pas chômées.
Je suis imprégnée d'une culture exigeante, et la dépollution raisonnée m'en coûte.

Et bien je dois forcer ma nature, faire voler en éclat ces schémas contraignants et stériles.
Comme je dois me détoxiquer des ces atroces histoires de guerre et de souffrance, ces histoires familiales terribles instillées dans mes nuits, ces histoires lues ou entendues gravées dans mes circuits intérieurs, ces vieilles histoires qui n'ont jamais été les miennes, moi dont la vie a été préservée de toute brutalité et violence.
Mes tourments naissent aussi de cette absorption massive d'une douleur pourtant étrangère.
Je vois ce mécanisme de restitution à l'œuvre, comme je vois mes comportements soumis à des obligations que rien ne justifie.
Le savoir est une chose, s'en libérer en est une autre…

Le grand vent d'hier, la pluie lancinante qui fait rouler les pierres et creuse les ornières entraînent avec eux les souillures et les miasmes.
Juin aura été lavé, et les beaux jours revenus en resplendiront d'autant mieux.
Les boues déposées se nettoieront.
J'en suis là, en plein grand ménage intérieur.
Il est un temps pour ces rangements là : le mien est arrivé, je crois.





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