Mercredi 20 juin 2018 10h15
Premier lever de soleil radieux depuis un bon moment, ce matin !
Maintenant, quelques bancs de nuages voilent cette belle impression. Le foin ne sera pas saisi en un séchage trop rapide. Pirouetté lestement l'après-midi, au beau soleil revenu, il perd son eau progressivement. Avec un peu moins de poisse, ce serait aussi bien, mais bon, ne soyons pas trop exigeants !
Je reviens du potager. La terre est encore mouillée, les mottes un peu lourdes. Nous allons sursoir l'opération Rotavator pour les citrouilles à encore une ou deux journées.
Je vais sûrement tenter un rang de betteraves. Mes graines datent un peu, je ne vais pas les garder indéfiniment. Elles seront aussi bien en terre qu'au fond de la boîte !
Une petite tentation fresque murale me titille à nouveau. Signal d'une humeur plus guillerette, ou alors incitation à la même… Comme j'expose sur des pans de murs secondaires, pas en pleine façade, tout de même !, les possibilités se réduisent : je pense œuvrer dans le grenier, là où la peinture tient mal, pour cause sans doute d'un revêtement en crépi assez peu homologué.
J'y serai bien, préservée de la chaleur peut-être ardente, les chiens allongés près de moi.
J'y serai bien, comme était bien aussi le couple de promeneurs croisés dimanche, près du lac.
Assis sur des pierres rouges à la bonne hauteur, l'homme lisait "l'Equipe". La femme aussi feuilletait un magazine. Je n'ai pas pu en voir le titre : un vieux chien au museau blanchi, lové contre elle, m'en empêchait. Ce chien beige aux yeux ourlés de poils blancs m'a rappelé mon Ballurdo, lui aussi fidèle au point de me suivre partout, y compris sous la pluie, lui pourtant assez délicat en conditions froides ou humides.
Ces chiens à petit gabarit se hissent volontiers sur vous, et leur poids chaud est pour moi un plaisir. Parfois, ils sont boueux, ou sentent mauvais. Ca m'est égal. Leur présence, leur confiance et leur plaisir nourrissent le mien, bien au delà des quelques désagréments de surface.
Les caresses, les doigts triturant l'arrière des oreilles, les gratouillis sur le dos et autres marques affectives d'un maître contenté leur font fermer les yeux à demi, ralentissent leur respiration, comme s'ils voulaient rallonger ce temps particulier.
Cette détente amène la mienne, j'étire moi aussi ce moment, j'en sens du bien-être. et le goûte intensément.
Encore une de ces choses insignifiantes, une de ces choses dont on peut penser qu'elles ne méritent pas de commentaires. Pourtant, moi, j'aime y penser. J'y pense en invocation quand le temps présent m'est moins agréable. Le rappel de ces moments paisibles, le projet d'en connaître d'autres, m'insuffle suffisamment de paix pour passer outre un désagrément passager.
Je pense de la même façon à mes chemins creux de promenade, aux arbres du bois, à la baie grise immobile les jours maussades, à mes vaches quand, rentrées à l'étable, elles tirent avec satisfaction le foin de mon beau râtelier.
Ces moments tout simples me sont précieux, et leur répétition monotone ne me lasse jamais.
Ce couple assis près du lac, plongé dans une lecture légère, ce vieux chien contemplant les yeux à moitié fermés les ondes molles de l'eau, tranquille et rassuré sur les genoux de sa maîtresse, semblaient des habitués de l'endroit et de la posture.
Je me suis imaginée qu'ils venaient là souvent, s'installaient invariablement sur les mêmes pierres, et y passaient un très bon moment.
Ils devaient s'en relever au bout d'un temps long, presque arrêté, là aussi, poser par terre le chien gratifié de cette pause bienfaisante, lui ébouriffer les oreilles.
L'animal se secoue, un peu. Il est vieux et bouge moins vivement maintenant. Il s'étire, d'abord les pattes avant, puis les postérieurs. Là encore, l'amplitude du mouvement est étrécie en regard du temps de ses jeunes années, où il frétillait vigoureusement, sautait autour de ses maîtres en jappant de joie.
Les maîtres eux-mêmes ne sont plus tout jeunes. Eux aussi dans le temps auraient eu d'autres loisirs pour occuper leur dimanche après-midi. Ils auraient marché plus longtemps, plus vite. Quand ils se seraient arrêtés, ils n'auraient pas eu l'envie de s'assoir.
Peut-être auraient-ils quand-même admiré le paysage, senti cette ambiance parfaite, le lac, les flancs de montagne où les fougères hautes soulèvent les frondaisons des arbres ouverts au dessus. Perçu la grâce de ces rochers rouges arrêtés hasardeusement là dans une chute lourde, pourtant. Aimé le silence bercé dans le clapotis de l'eau tranquille, ondulé en vaguelettes scintillantes dans les rayons solaires.
Je pense avoir dans ma jeunesse su engranger la couleur délicate et profonde de ces moments.
Je pense le faire encore. Je pense surtout le faire mieux, davantage, d'en ressentir la gratitude de recevoir toujours ce qui peut se perdre si vite.
La lenteur du mouvement étire la longueur d'un temps sinon fugace. La profondeur d'une sensation fugitive lui donne primauté et importance.
Mes priorités sont celles-là. Mes joies ne demandent pas davantage.
Tiens, le soleil retrouve la force. Les nuages se retirent vers la Rhune en amas boursouflés d'indignation.
La journée sera belle. Et je la vivrai comme un cadeau, un de plus, encore.
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