mercredi 4 juillet 2018

29 juin



Vendredi 29 juin 2018 14h18


Je retrouve mes pénates après ces quelques jours à la jardinerie pour l'inventaire.
Cette journée d'inventaire, un peu rébarbative pour la plupart, me plaît bien, à moi. J'aime avoir mes petits papiers à jour, lever les approximations et rétablir le bon ordre des choses. Rien de tel alors qu'un état des lieux précis, et une synthèse concise.

Tout le monde ne partage pas mon goût pour l'exercice. La majorité de mes collègues d'ailleurs préfèrent passer au large de mes recherches. J'ai mes thèses, ils ont leurs théories.
Je m'agace souvent du temps perdu en finasseries stériles, improductives, et finalement néfastes à la bonne avancée des comptages. Le résultat ne sera pas souillé par la confusion de trois couleurs de laisses, à partir du moment où ces laisses ont bien été comptées. 
Ce même résultat, tout de même objectif final de la manœuvre, sera par contre compromis, si, pour avoir perdu trop de temps à rechercher s'il y avait bien deux laisses bleues et une rouge, au lieu de trois bleues, trois rouges, ou même une bleue et deux rouges, on bâcle le linéaire suivant, présentant, lui, des articles d'une valeur cinquante fois supérieure à la dite laisse, bleue, rouge, … ou jaune, tiens !
C'est mon point de vue.

Le moment des contrôles particulièrement m'est pénible, quand, au lieu de traquer les possibles grosses erreurs, toujours sur ces articles onéreux, on cherche juste à mettre en défaut, reprenant des comptages minutieux ou à pièges, même si leur impact global est minime.
Je sais bien être vite sur la défensive quand on met en doute la qualité de mon travail. Je sais aussi combien dans une équipe on apprécie moyennement ceux qui avancent vite. Combien il est tentant pour justifier sa propre nonchalance, d'y voir un ouvrage bâclé. On ne peut pas faire vite et bien, dit-on. Ca peut être vrai… Mais on peut aussi faire lentement et mal !

J'ai ragé de voir revenir des rectifications appliquées pour un code mal intitulé, valeur 4€50, quand juste à coté il y avait une pièce non comptée valant plus de 500 €, et dont personne n'a détecté le manque.
Sentant bien combien l'affaire me faisait bouillonner le sang, j'ai décidé de ne pas m'y fatiguer davantage. Je ne convaincrai pas, cette année encore : et bien tant pis ! J'essaierai mieux pour l'année prochaine… peut-être !

Le retour à la maison m'a pacifié la lymphe. Les vaches au pré, dans la soirée grise et immobile, les chiens en fête, un bon repas sur le balcon face à la baie, avec double ration de dessert bien sucré, déraisonnable mais très réconfortant, quelques mots d'Olivier, et les turbulences s'éloignaient.

Je vaque aujourd'hui paisiblement. Un petit projet de rénovation en profondeur dans la chambre du fond finit de laver le cervelet de ces grésillements surchauffés.
Je vais jardiner un peu au soleil, maintenant, et faire un grand tour dans les champs pelés des foins rentrés.
Demain, je me replongerai dans mes chiffres, en solitaire, à ma manière, pour ma satisfaction personnelle.
Un bon tour du potager là bas aussi ne sera pas de trop. 
Des occupations légères et agréables, en ces temps où tout le monde pense aux vacances.
Moi, je me sens un peu en vacances toute l'année, à la ferme et à la jardinerie. 
Quelques égratignements inévitables dans une équipe de plus de 20 personnes ne m'enlèveront pas la gratitude réelle d'avoir un travail aussi agréable et des conditions à la carte.
Mes visées professionnelles, me paraissent légitimes et fondées. Je ne me sens pas pour autant investie d'entreprendre une croisade pour les défendre. Je n'en ai plus l'envie, et encore moins maintenant le besoin. Je garde mes opinions, les partage à ceux qu'elles intéressent, et les range sous mon mouchoir face à ceux qu'elles dérangent.
C'est confortable de prendre ce tournant dans un parcours professionnel : le moment est venu de céder la tête de proue, de ne plus avoir à jouer des coudes pour se faire une place : il faudra bientôt la quitter !
Ce détachement ne m'est pas encore naturel. Je continue de ferrailler, par habitude et conviction, par réflexe. 
Je me raisonne, je me raisonne. Mais ne désespère pas…
Je dois être restée un peu croisée dans l'âme !

Mercredi 4 juillet 2018 8H50

La matinée pommelée grise inspire la paix et le repos.
Un tracteur arpente des déclivités sévères, dans les collines en face. Je ne m'y risquerais sûrement pas !

Par ici, la vilaine ratte aux dents jaunes repointe le bout de ses moustaches. Pas dans mes entrailles, cette fois-ci, mais dans le secteur. On commence à la connaître, et à savoir la maintenir dans sa tanière. Elle y était, qu'elle y retourne ! Elle a sûrement besoin de temps en temps de sortir prendre l'air. 

Je continue mon ouvrage dans la chambre du fond. J'ai déménagé tout le petit meuble et le linge. Quelques vieilleries au fond des tiroirs ont attiré mon attention. Je laisse pour plus tard, pour un jour où la plongée dans le passé me tentera davantage.

Je suis totalement satisfaite de nos résultats à la jardinerie. L'inventaire a rendu son verdict. Il est bien positif, compte tenu de la saison de cette année. Tout le monde est satisfait. Nous entrons dans la période la plus calme. La fréquentation de la clientèle est ralentie, nous avons le temps de traiter chacun sans se bousculer. 
Je refais un tour de mes jauges, en prenant mon temps, mais en avançant rondement quand-même : on ne se refait pas !

Je vais descendre vaquer à mes logistiques matinales dans la ferme.
Les vaches sont au pré, moins incommodées par les assauts des mouches insupportables les jours de grand soleil.
Bêtes, gens et plantes profitent de cette pause bienfaisante, de ce retrait de la chaleur lourde.
Nous sommes en été, et, l'été, il y a les matins scintillants et les soirées tièdes, mais aussi les mitans de journées écrasants et tout ce qui va avec.
Là encore, un tri à faire, un accommodement à trouver...



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