mardi 1 mai 2018

30 avril



Lundi 30 avril 15h40

Non, non, je ne fais pas des siestes de plus en plus longues !
Mon sommeil de nuit est maintenant parfaitement récupérateur, et je n'ai plus besoin de grappiller des moments de repos volés à une tension toujours en alerte. Je suis maintenant tout à fait détendue, suffisamment tonique pour les coups de collier à la jardinerie, où la seconde partie du mois concentre une activité soutenue. Nous ne rattraperons pas tout le retard, loin de là, mais au moins, nous avons la satisfaction de faire carton plein dès que le temps se met de notre côté.
Je me couche le soir contente de la journée, des jolies ventes, des clients satisfaits. Quelques courbatures et tiraillements musculaires parlent d'une saine fatigue, d'une fatigue naturelle et naturellement ressentie.
Quand je pense aux tristes mois d'avril (pour moi !) des deux années précédentes, mon bien-être se prélasse de la comparaison comme une vieille chatte dans un lit défait encore chaud.

En ce début d'après-midi, j'ai travaillé, enfin, je me suis amusée, à ma fresque murale, devant le grenier. C'est l'endroit le plus abrité de la ferme, et le petit vent de noroît assez désagréable ailleurs m'y oubliait.
J'ai orné les vieux murs sales et fissurés de fleurs, des grandes fleurs toutes simples, des grosses fleurs un peu dorées. Il me reste de mes travaux de restauration de la plaque mortuaire, et oui !, de la dorure. Ma décoration intérieure est épurée, un peu fantaisie, sans doute, mais nullement baroque. La dorure s'y sentirait invitée malvenue. Pour ne pas la laisser s'abimer lamentablement, je l'utilise, en ombre portée pour souligner mes silhouettes végétales.
Jean-Marc de la jardinerie m'a expliqué, fort de l'expertise de son épouse spécialiste en la matière, que ce n'en était pas l'utilisation convenable. Ah...bon !

Depuis quand attend-on de moi du convenable, des convenances et des conventions ?

Grand est mon désir de satisfaire mes semblables et de les rassurer. Je sais mon statut de malade mentale prompt à éveiller les méfiances, pour la plupart bienveillantes, d'ailleurs. J'aurais du dire inquiétude, et non, méfiance : je dois, moi, me méfier d'une inquiétude trop invasive... On s'inquiète, alors, on me veille, dans l'idée protectrice de prévenir une rechute.
Je ne fais pas autre chose, et n'hésite pas à consulter mes plus proches, pour recueillir d'eux un avis extérieur. Je n'ai jamais eu l'impression de perdre le discernement, y compris et d'abord sur moi. Les experts confirmés de la chose me l'ont certifié, de leur côté.
Comme le disait l'auteur de "L'intranquille", roman traitant de cette bipolarité, écrit par un Gérard Arnhouil ? (je ne suis pas sûre du patronyme, et toujours aussi fainéante pour pousser la recherche) : le fou est celui qui a tout perdu, sauf la raison. Je suis assez d'accord ! 
Il y décrit plutôt bien cette alternance épuisante entre périodes de grande énergie, voire d'énergie anarchique, et celles où le goût de vivre tombe dans un abîme noir et sans fond.
Mon avis pèse sans doute peu. Le sien, peintre de génie, d'après les sommités en la matière, toujours, puisque moi, ses personnages démesurés, j'y trouve malaise et torsions douloureuses, pas trop de plaisir, doit être mieux pris en compte.
Je trouve un peu dommage ce crédit accordé à celui qui a réussi, ou du moins dont le travail est reconnu. Sur quelle base ? Pour ce que j'en sais, sur celle de la valeur marchande. Les tableaux de ce Gérard se vendent à des sommes astronomiques, aussi, on le respecte et on respecte ses opinions. 
Curieux, tout de même, cet étalon-or de l'argent. Pratique, tout de même quand tant de choses se négocient en espèces sonnantes et trébuchantes. pas tout... Dieu merci ! Je penserais même, naïve que je suis, surtout pas l'essentiel !
Moi, mes valeurs repères ne se chiffrent pas en euros. Je suis comme tout le monde dépendante de la sécurité financière. J'ai bien remarqué qu'au supermarché, on est très sensible et réceptif à mon charisme. Pour autant, on me demande infailliblement ma carte bleue...
Juste après ce basique incontournable, ce basique qui devrait rester basique et ne pas polluer les étages supérieurs, j'ai la fatuité de penser qu'il existe des choses non mercantiles, et plus importantes.
Mon échelle de valeurs à moi est peut être désuète et décalée. Qu'elle le soit ! 
Mon échelle de valeurs à moi se construit sur le bien-être, le mien, d'abord, en charité bien ordonnée. Par propagation d'ondes positives, mon bien-être peut engendrer celui des miens, celui de ceux que je croise. Un sourire offert, quelques mots partagés, une chaleur, un éclat de rire, un joli moment. Voilà qui ne s'achète pas, ne se paie pas, ni même ne se mérite. Mais se cultive, se travaille, et peut s'acquérir.
Mes fleurs peintes sur les murs ne valent rien. Elles attirent au mieux des sourires amusés, des sarcasmes, aussi, sûrement. Je suis contente d'amuser, peinée de ce mépris que je ne pense pas mériter. Je ne nuis à personne, quand je me fais plaisir ainsi. Que l'on me laisse ma liberté de batifoler.
Si tout ça n'est pas de la justification, je ne m'y connais pas !

J'ai bien, et malheureusement, forte maille à partir avec ces survoltages de canaux sodiums grillés. Certaines zones de mon cerveau sont déserts arides de cendres où les neurotransmetteurs les plus "célères" s'enlisent et se perdent.
Pour autant, j'ai aussi dans ma petite tête des sous-bois frais et ombragés, des lacs de montagne transparents, des sources discrètes sous des pierres moussues, où l'eau vive chantonne et bondit d'allégresse.
Ca aussi, les meilleurs spécialistes me l'ont confirmé, et, même sans leur science, je le savais. Ces paysages là m'étaient perdus de vue, oui, mais je les savais, là, juste là, à portée d'un mieux-être espéré...et, enfin, reconquis, Alléluia !!

Je sens la vigilance des miens, je sens la mienne. 
J'ai vécu il n'y a pas si longtemps de ce côté là de la barrière. J'ai été moi aussi alertée par le seul bruit d'un tracteur démarré, l'unique éclat d'un rire aigu. Je me suis inquiétée, pas toujours à tort. J'ai pris des mesures préventives, et j'ai bien fait, souvent.
Maintenant, je suis bien placée pour être la meilleure gardienne de moi-même. Pour le moment, ma folie douce est plaisante et ne nuit pas.

Evidemment, si, un de ces jours, on me voit arriver pinceau à la main chez le voisin, installant une échelle contre une façade de trois étages, là, peut-être, il conviendra de s'interposer.
De me demander, doucement, s'il vous-plaît : que comptes-tu faire là ? 
Si une étincelle de raison ne me rattrape pas juste à temps, si je persiste et déclare tranquillement que cette grande et belle surface fera un arrière-plan magistral pour un immense champ de fleurs tournées vers le soleil, alors, là, oui, je le demande, solennellement, il faudra intervenir, saisir vite le mors et le serrer, m'empêcher de m'égarer dans des savanes où je me perdrais...

Allez, allez, je prends les mesures nécessaires, je suis élève assidue et disciplinée. je suis confiante et j'ai l'expérience d'une réussite fraternelle incontestable.
Je savoure pleinement cette contrée si plaisante. Pourquoi m'en priverais-je ? Au nom d'un principe de précaution peureux et inefficace ? Si je dois retourner dans mon désert de cendres, si, et seulement si, alors, je serais bien contente d'avoir au moins eu cette période de jouissance vive et lumineuse.
Et si le désert reprend vie, d'être baigné de moussons fertiles, je pourrai y retourner et m'émerveiller de voir cette vie tenace et entêtée, qui jusqu'au bout garde la prise.
Des deux possibilités, je choisis la plus optimiste. Mon option ne rameutera pas la seconde, au cas où elle est la bonne, et elle la rendra au moins transparente jusqu'à son avènement si elle doit lui céder la place.
C'était un peu le "pari" de Pascal. Pas la moitié d'un con, ce Pascal, tout de même ! Alors, si lui, après raisonnements et intenses réflexions, conclut ainsi, pourquoi pas moi, me fiant à lui ?

Je vais me promener avec mes chiens. Le ciel est gris, le soleil ne perce pas, le vent reste froid.
Quand mes enluminures s'éveilleront d'être touchées du doigt solaire, je les engrangerai en images, et les glisserai dans mon tiroir toujours aussi peu secret.


mardi 1er mai 2018  9h34

Je suis à la jardinerie, ouverte aujourd'hui plus tard, jour férié oblige.
Evidemment, dans mon lit, ce matin, éveillée à l'horaire des jours salariés, je n'ai pas résisté longtemps à l'appel du conditionnement. J'ai traîné, un peu, puis, agacée, je me suis levée.
J'ai juste un peu moins bâclé et bouclé plus tranquillement mon petit monde, plus black et boulé les jours ordinaires.
Maintenant, go, sus sur le client !!


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