mardi 8 mai 2018

8 mai



8 mai 2018 8h50

Encore un de ces fériés de mai. la jardinerie ouvre à 10h.
J'ai pris la latitude d'une vingtaine de minutes de battement, mais, au delà, je me serais sentie trop décalée !

Je suis un peu bousculée ces derniers jours par des remugles d'amertume.
Entre l'algarade de samedi matin, et la contrariété d'hier en fin d'après-midi, j'ai du mal, moi la ruminante exacerbée, à évacuer au fur et à mesure ces "zondes négatives".
Je suis suffisamment renseignée sur mon fonctionnement mental maintenant pour savoir le poison de ces ruminations. L'idée tourne en rond dans votre tête, elle s'accélère en boucles de plus en plus rapides, et vous entraîne dans une spirale descendante.

Fi ! Fi ! Fi ! de ces tourbillons là ! Je dois privilégier ceux qui montent, s'évasent et s'élargissent en horizons grands ouverts. Comme ce n'est pas dans ma nature fondamentale, je dois distordre ce pli, le redresser, comme on tire une branche tordue en la tuteurant pour la ramener dans le bon axe. La traction doit être suffisamment forte pour être efficace, pas trop pour ne pas casser la branche anarchique. 
Ce n'est pas le but : elle est utile cette branche, elle fait partie de l'ossature et peut contribuer à son équilibre, aussi.

Je ne manque pas de sujets de satisfaction, pour m'y accrocher ferme, y maintenir ma lumière et l'y alimenter.
Hier, la visite de mon amie Hélène a été un petit joyau précieux. Le grand soleil chaud, des bavardages, des rires, toute notre amitié de presque trente ans font contrepoids avantageux à la seule petite ombre de la journée.

En la personne certes imposante mais pas centrale dans mon paysage de B; (Encore ces précautions un peu ridicules, transparentes pour les intéressés, et complètement inutiles pour les autres).
Ce B est un éleveur amateur dans mon genre. Enfin, dans mon genre d'avant. Lui continue, peut-être par nécessité ou plutôt sans doute par idéologie, à vouloir rentabiliser ses quelques vaches. Il veut comme prétexte à son goût pour cette activité paysanne, vendre des veaux, au meilleur prix.
Comme je le faisais il y a encore peu, il fait abattre ses bêtes à la maison, pour s'épargner les frais d'abattoir. Sauf que de maison pour la tuerie, il n'en a pas.
Pour lui rendre service, par amitié pour ce garçon partageant mes intérêts bovins, je lui cède ma cour de ferme, le temps de l'opération.
Pour les premières tueries, il m'avertissait des mois à l'avance, prenant moults précautions et délicatesses. Il ne voulait pas déranger : arriver avec un veau à tuer, souvent chiasseux de peur, le boucher, le sang à flots, les meuglements déchirants pour des âmes sensibles comme moi, ce n'est pas non plus comme déposer un petit colis ou amener une machine muette et inerte.
Au fur et à mesure, ce garçon a pris de l'aplomb, et il se sent sûrement maintenant autorisé à faire à la ferme comme chez lui. C'est une preuve de confiance et je suis contente de l'avoir mis si à l'aise. 

Cet homme joue beaucoup sur un statut de victime, se plaignant souvent de ses difficultés, de son courage à maintenir une activité paysanne dans un environnement qui l'est de moins en moins. Je déplore comme lui cette tendance à l'urbanisation, mais bon, il n'est pas non plus obligé de s'accrocher coûte que coûte, éparpillant son élevage sur quatre ou cinq points, et en rendant de fait la tenue un tantinet compliquée.

Moi, je me fais plaisir et je continue, j'ai choisi de ne plus m'encombrer du prétexte d'une rentabilité illusoire. J'ai la chance d'avoir les meilleures conditions pour le faire. 
C'est sûrement injuste, mais la vie l'est injuste, on le sait.

Hier en milieu d'après-midi, B arrive, avec son veau à tuer.
J'étais prévenue de la veille. Pas trop de délai pour décaler la visite d'Hélène, prévue elle depuis le vendredi.
Je ne reçois mon amie que deux ou trois fois dans l'année. Je la sais sensible à la cause animale, et évite de lui imposer le désagrément d'une scène violente, les rares fois où elle est présente à la ferme.
Là, pour le coup, avec les appels poignants de ce pauvre veau encagé,  la perspective d'appels plus poignants encore au moment où on le tire de là pour lui planter le poinçon en plein front, le sang de l'égorgement, la bête suspendue, encore agitée de soubresauts nerveux, la viscère encore fumante répandue comme la lave d'un volcan vivant, ça faisait beaucoup pour elle !

J'étais plus ou moins coincée entre le fait de ne pas vouloir reporter B au dernier moment, de l'embarrasser, lui et le boucher, une connaissance appréciée, en plus, par une sensiblerie dont je me sens encore un peu coupable, même si je la revendique maintenant mieux, et mon envie de faire une jolie journée à mon amie.
Même si B, lui,  ne s'était pas privé de me mettre devant le fait accompli, 
Je n'aime pas, être coincée. Surtout être coincée à cause d'autres; j'aime beaucoup ce B, certes, mais mon affection pour lui ne va pas au-delà de celle pour mon amie, et pour moi-même !

Résultat des courses, là encore, une pointe d'agressivité difficile à arrondir, Hélène bousculée de partir avant le moment prévu, une belle journée écourtée.
Une rumination supplémentaire, pour moi, à peine remise de la précédente...

Enfin, l'exercice m'est salutaire, l'entraînement sûrement profitable.

C'est aujourd'hui jour d'armistice, jour de pardon et d'oubli.
Les mêmes qui se tiraient dessus devraient se serrer la main, au lendemain.
Humm... pas facile, ça, non, pas facile...
Deux trois générations après, peut-être ?


A l'aulne d'une vie humaine, 73 ans, c'est beaucoup. Pas assez pourtant pour oublier la souffrance de ses aïeux, dont certains vivent encore, et doivent avoir beaucoup de mal à oublier, justement.
La souffrance  et la colère ne sont pas bonnes conseillères, dit-on. La rancune use davantage celui qui la nourrit que celui qu'elle vise.
J'y pense, j'essaie de garder ça en première ligne dans ma petite tête échauffée.
Je n'y arrive pas tout à fait encore. Je ne désespère pas, allez !



Même jour 14h10

La matinée m'a lavée de mes bouillonnements fétides.
Nous pratiquons la fermeture au déjeuner, toujours jours fériés obligent.

De belles ventes encore, des clients agréables et divertissants.
Je sors de ma sieste, après un déjeuner où nous avons bien ri, avec mes jeunes collègues, au détriment des absents, évidemment !
Cette tendance à s'amuser de méchancetés n'est pas bien honorable, mais tellement répandue...

Je vois bien la perfidie de mes écrits : je déverse ici un peu de fiel, m'en libérant sainement, oui, mais le laissant aussi filer avec une certaine sournoiserie. 
Je ne suis pas meilleure que les autres, je le sais. pas plus mauvaise non plus. Quand mes habituels se dégorgent entre eux, et tout près de moi, de leurs sanies, je les étale autrement. 
Je suis peut-être lue de certaines de mes connaissances. Je suis désolée, un peu, si je blesse ceux qui m'ont contrariée en me défendant par ces biais, moi soi disant franche et directe ! Je suis presque sûre aussi qu'ils me rendent la pareille, essaimant dans ma petite sphère des vilenies à peine moins méchantes.

Moi, mes mots trouvent davantage preneurs dans les contrées éloignées de la Nord-Amérique. Là-bas, mes bassesses amusent et divertissent suffisamment pour susciter un petit intérêt dont je ne suis pas peu fière.

Pour ceux d'ici, que j'intéresse aussi, si leur intérêt est bienveillant, je leur en sais gré et les remercie sincèrement.
Pour ceux que j'intéresse en se demandant seulement si je parle d'eux, qu'ils en soient satisfaits : parlez de moi, dit-on, parlez-en en bien ou parlez-en en mal, mais parlez-en !
Pour ceux que j'égratigne, qu'ils se disent au moins que je pense à eux, et que mes coups de griffe sont encore des marques presque affectives.
Et pour ceux enfin qui m'ont oubliée, qu'ils continuent, et n'en souffrent pas, puisqu'ils ne les lisent pas !

Pour moi, quand je me relis, mes meilleurs sentiments et salutations distinguées...









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