vendredi 4 mai 2018

4 mai



Vendredi 4 mai 2018 15h19

Aaaahhh !!!
Que de superlatifs en ponctuation...

C'est ce grand soleil, cette bénédiction enfin de retour. Ca vous fouette le sang et vous titille les ardeurs ! Je n'ai en ce moment pas besoin de grand chose pour m'enflammer, alors là, évidemment, je prendrais vite feu...
Je suis à la ferme aujourd'hui, à œuvrer en extérieurs toutes. Pelouse tondue tel le golf de Fontarrabie, potées fleuries nettoyées à la pince à épiler, rafraîchissement du blanc sur les contours de la terrasse au dessus du grenier. 
Je vais tout à l'heure promener avec la jeune génération, aspirer par toutes les pores ces rayons solaires printaniers. Tout exulte, et moi avec.

A la jardinerie, cette ferveur se sent aussi. Je ne suis pas la seule à exsuder les frémissements de la nature en presque ébullition. Je m'en inquiéterais plus vivement, sinon !
Les collègues sont eux aussi ardents et enfiévrés d'une tension joyeuse. Enfin, certains, pas tous. Il en est de bien placides, insensibles et imperméables aux variations climatiques, aux flux ou reflux d'activités, dupliquant du 1er janvier au 31 décembre la même cadence débonnaire.
Il faut de tout pour faire un monde, ça tombe bien, il est dans le genre humain des spécimens bien différents.

Je tiens le cap, plus confiante maintenant de cette période passée haut la main. Je ne fanfaronne pas, trop occupée à maintenir l'acquis.
Un exercice assidu et exigeant.

Philippe me faisait une remarque acidulée hier, quand je lui demandai de remonter à l'étage un document quelconque, pour m'éviter la peine d'une volée de marches. Il est de ceux pour qui les variations excitent une frénésie toujours latente. Peu de choses le fait bondir, et son agitation n'a pas toujours l'effet escompté : au lieu de propager par ondes sa fébrilité, accélérant les rythmes environnants, il donnerait un tournis improductif et même, contraire, à la bonne marche de la boutique.
Je lui faisais en usant de toute la diplomatie dont je suis capable (ce qui ne fait pas, je le concède, bien lourd), cette pertinente remarque. Il réagit à sa manière suave et politique, en me rétorquant qu'un peu d'exercice supplémentaire me raffermirait le fessier...
Sont-ce des choses à dire à une quinquagénaire avancée, ménopausée, un peu hystérique et sur le retour d'une fraîcheur perdue ?
Non, vraiment, il est des sorties dont on se passerait bien ! Si encore elles allègent la montée de fiel d'âmes chagrines et torturées, passe encore. Cela se peut supporter dans un esprit charitable de bienfait pour son voisin.

Pour me persuader de cette hypothèse positive, me vint à l'esprit cette image de canaris se balançant sans repos sur leurs perchoirs oscillants : je me sens un peu comme eux, tâchant pour retrouver un semblant de stabilité de rectifier tout le temps mon axe vertical vacillant. C'est un travail discret mais très exigeant sur les orteils, les mollets, les cuisses et les fesses, justement. J'imagine aussi la partie buste engagée dans la bataille. En gros, l'ensemble de ma musculature est mise à rude épreuve, à chacune de mes stations debout, c'est-à-dire plus des trois-quarts de mon temps d'éveil.
Cette tension musculaire constante a ceci de bon qu'elle tonifie les chairs à tendance relâchée à cette époque de mon parcours féminin.
Les canaris pourraient rester tranquillement dans le fond de leurs cages, mieux au repos. L'exercice qu'ils s'imposent en compensant les balancements de leurs perchoirs ne les sert pas terriblement : on dit bien pour quelqu'un ayant des jambes en allumettes qu'il a des mollets de canaris ! (Sic ma belle-fille, parlant de son père...)
Les canaris ne sont pas des poulets, on ne consomme pas leurs cuisses. Tant d'efforts, pour rien, alors...
L'atavisme ne se commande ni ne se dresse : la canari est un oiseau, et l'oiseau sait son salut en haut. S'il a des ailes, c'est bien pour s'élever, pas pour se traîner par terre, proie trop facile de tous les prédateurs terrestres à l'affût. Le mettre en cage, hors de portée des chats, ne lui enlève pas cette idée bien enracinée dans sa petite tête d'oiseau. Il s'y tient, et se raccroche, comme il le peut, aux branches. La SPA devrait interdire ces perchoirs suspendus, instruments de torture silencieuse pour ces pauvres oiseaux encagés. A l'occasion, je lui en parlerai.

Moi, mon salut est dans le parti-pris définitif de regarder le bon côté des choses.
Le cerveau paraît-il fait voisines les sphères où l'on évalue les signaux de façon positive, et celles où on broie du noir aux mêmes perceptions. L'information se présente, et, à l'aiguillage, elle se fourvoie dans les contrées grises, ou s'élance toute guillerette vers la lumière colorée.
Ce petit croisement est tout petit, petit, subtil, et facile à rater. J'essaie de le signaler au mieux, d'y apposer des panneaux lumineux suffisants à envoyer le train sur les bons rails.
Ca aussi, c'est un travail. En plus de ma fibre musculaire sur-sollicitée, mes synapses neuroniques sont eux aussi tenus en condition.
A ce prix, j'espère gagner, non pas le ciel, mais, au moins, une jolie petite île, tranquille et verdoyante.

Philippe a bien voulu rire de mes analogies fantasques, et ce qui aurait pu dégénérer en échange aigri et stérile, a fini en éclats joyeux et libérateurs, pour tous.

Là aussi, l'aiguillage était étroit, et la mauvaise option toute proche.
Ca tient à peu, tout ça. A presque rien. Ca mérite d'autant plus qu'on se donne la peine de s'y exercer.




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire