lundi 25 juin 2018

25 juin



Lundi 25 juin 2018 9h51

Enfin, les belles journées d'été sont là !
Le soleil conquérant à gauche de ma pinède, maintenant véritable, ses rais obliques allongés jusque dans les chambres tournées vers le presque nord, cueille des réveils où s'invite l'enthousiasme.
Ces jours magnifiques, il fait bon vivre dedans comme dehors, toutes portes et fenêtres ouvertes de jour comme de nuit.
Petit déjeuner sur le balcon, en admirant la baie scintillante et calme dans le tout petit matin, Zaldi, belle comme jamais, venue chercher son quignon de pain en hennissant un murmure, la journée démarre dans la belle lumière.
On saute dans un vieux short, on est prêt !
Tout semble plus facile et plus léger, en ces matins d'été resplendissants.

L'histoire des foins s'est tout à fait bien terminée : la grange est remplie de balles joufflues au parfum frais.  Les jours maussades ont évité de "saisir" le fourrage lourd de pluie. Le dernier brin de soleil à peine plus fort a parachevé un travail impeccable.
Les beaux jours continuent, le paysan travaille dans les meilleures conditions. Les tracteurs vrombissent partout, les champs zébrés des lignes de coupe reverdiront vite. Partout, les balles enroulées en spirales serrées tels les tournesols de Van Gogh attendent d'être rentrées.. 
La terre restitue son eau, dressée en côtes de labour elle offre sa gorge au soleil. 
Ces quelques jours rattrapent la saison mauvaise, si l'on s'attelle avec ardeur à la tâche.
Le paysan connaît ses brusques sauts de rythme, et sait s'y couler.

Ce temps des fanaisons maintenant mécanisées laisserait une petite nostalgie de l'époque où l'on chargeait les bottes à la main. 
La charretée s'élevait par étages, en une construction géométrique. Il fallait croiser les bottes pour pouvoir monter haut, sans risquer l'effondrement de la pile. Une ligne en long, deux en travers, puis une en travers et deux en long. En bout de ligne, quand le ballot ne s'insérait pas correctement, une oblique foulée vigoureusement pour ancrer la récalcitrante. Ou encore deux ballots soulevés bord à bord, en un triangle où un saut ou deux sur le sommet imbriquait le tout, en une clé solide.
On montait, montait, les "approcheurs" à la fourche hissaient les balles de plus en plus haut, de plus en plus difficilement. Le "chargeur" hissé tout en haut rétrécissait la pile, terminant en réduisant le nombre de lignes, pour finir par un crénelé final digne des remparts fortifiés médiévaux. 
C'était beau, une belle charrette bien chargée. La réputation des hommes forts et adroits se faisait aussi là.
Les enfants et les femmes rapprochaient les lignes du champs, où la presse avait craché les ballots rectangles.
J'ai peu connu le temps précédent de la botteleuse, où le chargement était plus difficile, avec les bottes molles et moins régulières. Je me souviens juste du bras de la machine, dont le coude sortait en cadence au dessus du châssis, ingurgitant le foin pour le rendre ficelé au bout d'un cheminement métallique et bruyant.
Le vrac, c'était avant encore, du temps de mes parents jeunes. La charrette montée en tas rond, où l'on apercevait juste la paire de bœufs.

Ce temps des foins, ces journées chaudes, longues et lumineuses, rapprochaient alors les jeunes. On faisait les foins de fermes en fermes, en équipes tournantes. C'était le "mytic" de l'époque.
L'occasion de se rencontrer, de se tourner autour. Le grand soleil appelait au jour les peaux tannées, luisantes de sueur, lisses et roulant sur les muscles tendus. Ils étaient beaux, les hommes, dans leurs efforts, et les femmes aux bras nus les regardaient, le ventre un peu serré d'une émotion charnelle.
Elles préparaient des repas somptueux, où le vin coulait à flots. La fatigue de la journée, les soirs tièdes où la pénombre invitait à oser les gestes amoureux, furtifs, un sein appuyé un peu trop sur une épaule nue, en passant un plat, tout y était !
C'était bouillonnant de vie, d'énergie.

Les enfants du printemps sont conçus dans cette période où la fièvre dans le sang fouette les ardeurs. Ils doivent en garder un bouillonnement intérieur. J'en suis…

Aujourd'hui évidemment, regarder une "roundballeuse" arrondir sa grosse balle et les frontales charger le tout sur les remorques tirées par des tracteurs dont les cabines enferment les chauffeurs, c'est moins sensuel !
Les paysans sont moins musculeux, moins dorés, plus "urbanisés".
Je garde la nostalgie de ces temps. J'éprouve aussi le grand confort de ne plus avoir à faire ces efforts dont je serais bien incapable aujourd'hui !
Ces évocations restent empreintes de couleurs, de parfums, d'émotions.
J'en garde le meilleur, et me préserve maintenant sans scrupule de cette saine mais réelle fatigue.
Mes semis de citrouilles et de betterave dans la terre chaude, là encore préparée par les machines, suffiront à contenter mes frénésies paysannes du moment.
Les graines affolées devraient bien vite étaler à plat leurs premières feuilles rondes et charnues.
J'irai surveiller ça, le soir, au soleil couchant, quand la grosse chaleur cède la place à une ambiance assouvie.

A la jardinerie, nous préparons l'inventaire de jeudi. Là aussi, je sens les échauffements d'une petite fièvre : l'excitation de connaître précisément le résultat final. La saison a été courte, coincée entre le printemps pluvieux et l'été où la chaleur incite plus à la plage et aux ombrages qu'au jardinage.
Ca ne devrait pas être si mal. La pépinière a même maintenu le chiffre pourtant record de l'année dernière. Satisfaction et confiance, plénitude d'une saison réussie malgré les conditions difficiles.
Les granges sont pleines, et les caisses aussi...



vendredi 22 juin 2018

22 juin



Vendredi 22 juin 2018 8h50



Le paysan fibrille par ces journées fanaisons. Le temps est sec, mais le soleil parcimonieux.
Ma théorie du foin séché doucement va pouvoir s'illustrer en plein. Si tout va bien, mon hangar sera rempli pour la fin de journée, ou demain au plus tard. Une belle réserve de foin pour Bigoudi et ses filles, une satisfaction pour l'éleveuse inquiète.
Au retour de la jardinerie hier soir je suis passée à la "montagne". Célia rentrait, nous avons bavardé un peu. Le Jaizkibel encore noyé dans les nuages nous privait d'un magnifique coucher de soleil. Le grand sourire de la belle brune irradiait, en compensation.
Les andains sont épais, bien soufflés. Le foin ne sera pas mauvais, il sera là, surtout, quand mon tempérament anxieux me représentait une grange désespérément vide. 
La peur de la misère, le manque réel de mes grands-parents instillé jusque dans ma moelle, se fraieront toujours, je le crains, un chemin sinueux à l'ombre de mes  sous-bois. Déraisonnable et irraisonné, ce sentiment pollue mes jours, et les polluera sans doute encore. Je vais devoir faire avec, admettre chez moi l'amplitude exagérée des simples inquiétudes légitimes, ailleurs.

Mes théories encore d'une perception plus aigue de la chance d'une vie simple et saine devront cohabiter avec ces écueils là, et je m'y soumets, faute de pouvoir m'en affranchir !
Ma vie, la vie de tous passée la cinquantaine, prend une nouvelle tournure. La balance penche à ce moment résolument du mauvais côté, vers la pente descendante. 
J'en vois se débattre, nier l'évidence, s'accrocher. 
J'en suis moi aussi pour essayer de maintenir l'existant, au mieux. Je ne cède pas à la décrépitude sans m'accrocher aux branches. Je veux juste éviter de m'y fatiguer trop, au point de dépenser là une énergie mieux utile ailleurs. A vivre bien, justement, sans agitation inutile mais dans la saveur encore exquise des jours donnés.

J'y pensais hier soir : savourant ma petite crème au chocolat, plongeant sans trop y prendre garde la petite cuillère dans la surface encore lisse du pot juste ouvert. On déguste, dès le départ, mais avec moins d'attention qu'ensuite, quand la cuillère  heurte d'un tintement cristallin le fond en verre. Les dernières cuillerées sont les meilleures, les plus appréciées, parce-qu'elles sont les dernières, justement !
Encore un de ces exemples simplets et prosaïques. Pour moi, une image bien parlante, tout ce qu'il y a de plus terre à terre, comme je le suis moi-même, dans mon naturel paysan.
Ce naturel revendiqué avec fierté, lui aussi solidement arrimé dans mes pensées profondes et mes cheminements intérieurs.
Ce naturel où je me fonde en confiance, pour rayonner, pas trop loin, mais juste. Du moins, j'essaie...

mercredi 20 juin 2018

20 juin



Mercredi 20 juin 2018 10h15

Premier lever de soleil radieux depuis un bon moment, ce matin !
Maintenant, quelques bancs de nuages voilent cette belle impression. Le foin ne sera pas saisi en un séchage trop rapide. Pirouetté lestement l'après-midi, au beau soleil revenu, il perd son eau progressivement. Avec un peu moins de poisse, ce serait aussi bien, mais bon, ne soyons pas trop exigeants !

Je reviens du potager. La terre est encore mouillée, les mottes un peu lourdes. Nous allons sursoir l'opération Rotavator pour les citrouilles à encore une ou deux journées.
Je vais sûrement tenter un rang de betteraves. Mes graines datent un peu, je ne vais pas les garder indéfiniment. Elles seront aussi bien en terre qu'au fond de la boîte !

Une petite tentation fresque murale me titille à nouveau. Signal d'une humeur plus guillerette, ou alors incitation à la même… Comme j'expose sur des pans de murs secondaires, pas en pleine façade, tout de même !, les possibilités se réduisent : je pense œuvrer dans le grenier, là où la peinture tient mal, pour cause sans doute d'un revêtement en crépi assez peu homologué.
J'y serai bien, préservée de la chaleur peut-être ardente, les chiens allongés près de moi.

J'y serai bien, comme était bien  aussi le couple de promeneurs croisés dimanche, près du lac.
Assis sur des pierres rouges à la bonne hauteur, l'homme lisait "l'Equipe". La femme aussi feuilletait un magazine. Je n'ai pas pu en voir le titre : un vieux chien au museau blanchi, lové contre elle, m'en empêchait. Ce chien beige aux yeux ourlés de poils blancs m'a rappelé mon Ballurdo, lui aussi fidèle au point de me suivre partout, y compris sous la pluie, lui pourtant assez délicat en conditions froides ou humides. 
Ces chiens à petit gabarit se hissent volontiers sur vous, et leur poids chaud est pour moi un plaisir. Parfois, ils sont boueux, ou sentent mauvais. Ca m'est égal. Leur présence, leur confiance et leur plaisir nourrissent le mien, bien au delà des quelques désagréments de surface.
Les caresses, les doigts triturant l'arrière des oreilles, les gratouillis sur le dos et autres marques affectives d'un maître contenté leur font fermer les yeux à demi, ralentissent leur respiration, comme s'ils voulaient rallonger ce temps particulier. 
Cette détente amène la mienne, j'étire moi aussi ce moment, j'en sens du bien-être. et le goûte intensément.

Encore une de ces choses insignifiantes,  une de ces choses dont on peut penser qu'elles ne méritent pas de commentaires. Pourtant, moi, j'aime y penser. J'y pense en invocation quand le temps présent m'est moins agréable. Le rappel de ces moments paisibles, le projet d'en connaître d'autres, m'insuffle suffisamment de paix pour passer outre un désagrément passager.
Je pense de la même façon à mes chemins creux de promenade, aux arbres du bois, à la baie grise immobile les jours maussades, à mes vaches quand, rentrées à l'étable, elles tirent avec satisfaction le foin de mon beau râtelier.
Ces moments tout simples me sont précieux, et leur répétition monotone ne me lasse jamais.

Ce couple assis près du lac, plongé dans une lecture légère, ce vieux chien contemplant les yeux à moitié fermés les ondes molles de l'eau, tranquille et rassuré sur les genoux de sa maîtresse, semblaient des habitués de l'endroit et de la posture. 
Je me suis imaginée qu'ils venaient là souvent, s'installaient invariablement sur les mêmes pierres, et y passaient un très bon moment.
Ils devaient s'en relever au bout d'un temps long, presque arrêté, là aussi, poser par terre le chien gratifié de cette pause bienfaisante, lui ébouriffer les oreilles. 
L'animal se secoue, un peu. Il est vieux et bouge moins vivement maintenant. Il s'étire, d'abord les pattes avant, puis les postérieurs. Là encore, l'amplitude du mouvement est étrécie en regard du temps de ses jeunes années, où il frétillait vigoureusement, sautait autour de ses maîtres en jappant de joie. 
Les maîtres eux-mêmes ne sont plus tout jeunes. Eux aussi dans le temps auraient eu d'autres loisirs pour occuper leur dimanche après-midi. Ils auraient marché plus longtemps, plus vite. Quand ils se seraient arrêtés, ils n'auraient pas eu l'envie de s'assoir. 
Peut-être auraient-ils quand-même admiré le paysage, senti cette ambiance parfaite, le lac, les flancs de montagne où les fougères hautes soulèvent les frondaisons des arbres ouverts au dessus. Perçu la grâce de ces rochers rouges arrêtés hasardeusement là dans une chute lourde, pourtant. Aimé le silence bercé dans le clapotis de l'eau tranquille, ondulé en vaguelettes scintillantes dans les rayons solaires.

Je pense avoir dans ma jeunesse su engranger la couleur  délicate et profonde de ces moments.
Je pense le faire encore. Je pense surtout le faire mieux, davantage, d'en ressentir la gratitude de recevoir toujours ce qui peut se perdre si vite. 
La lenteur du mouvement étire la longueur d'un temps sinon fugace. La profondeur d'une sensation fugitive lui donne primauté et importance.

Mes priorités sont celles-là. Mes joies ne demandent pas davantage.

Tiens, le soleil retrouve la force. Les nuages se retirent vers la Rhune en amas boursouflés d'indignation.
La journée sera belle. Et je la vivrai comme un cadeau, un de plus, encore.

lundi 18 juin 2018

18 juin


Lundi 18 juin 2018 11H

Mon horaire des jours où je fais une pause entre la logistique et la préparation du repas.
La petite bruine agaçante fait des siennes, encore, le matin.
Samedi à la jardinerie, je rangeais les oliviers, et les feuilles humides s'insinuaient désagréablement dans mon cou. 
Hier dimanche, encore des gouttières, ténues mais entêtées, avant le grand soleil d'après-midi. Promenade au lac, station allongée sur la large pierre plate au bord. Un coup d'œil au foin de la montagne au retour. Là où les moutons ont pacagé au printemps, l'herbe est encore assez courte et n'a pas perdu sa substance nourricière. 
Beñat avait lancé la fanaison, allez, allez ! Il y a un moment où il faut encourager le sort, même s'il paraît indécis. La semaine est annoncée jolie, avec des pointes de températures propices à faire sécher tout ça. A grands coups de pirouettes, les andains soufflés d'air en mouvement vont s'alléger de l'humidité plaquée au sol. Nous verrons bien, avant la fin de la semaine en principe, comment la petite histoire se termine…
Ce matin encore, après une percée presque ensoleillée, le Jaïzkibel s'est noyé dans la brume, fondue en gouttelettes. Là, ça s'éclaircit.

Mon article dédié météo peut sembler vide et navrant. Et bien, il est le reflet de la préoccupation du moment. Souvent, mes pensées tournent autour de ces petites choses prosaïques, bien plus souvent qu'elles ne s'envolent vers les grandes hauteurs de la réflexion philosophique. 
A écouter parler les gens autour de moi, je ne suis pas la seule… Et, sans risque de me tromper beaucoup, je suppute l'universalité de mon insignifiance naturelle. 
Notre président lui-même ne serait-il pas tracassé par une rage de ventre, dont les crispations douloureuses occuperaient ses pensées bien mieux que la portée historique d'un énième amendement débattu pendant des heures à l'Assemblée Nationale ?
Les grands empereurs n'étaient-ils pas aussi des amoureux passionnés, des anxieux gouvernés par des lubies aux comportements parfois puérils ?
Les philosophes dont les noms ont traversé les siècles devaient eux aussi, quand la faim les ramenait à leur basse condition de mécanique à combustible, s'inquiéter du prochain repas dont la perspective devait un tant soit peu brouiller parfois leurs réflexions les plus profondes.
Je serais bien en peine de donner des exemples précis : ma culture est intuitive et sans science. De plus érudits l'ont mieux illustrée que moi, cette théorie là, tout de même. Alors, je pense pouvoir me fier à leurs connaissances éprouvées, pour appuyer mes présomptions hasardeuses.

Le monde est vaste, nous sommes petits. Le temps universel est long, le nôtre est court. C'est ainsi. En consolation de ce qui pourrait décourager les ambitions, je garde la vision à horizon lointain de cette continuité, de cet ensemble où chaque point, chaque instant, participe à la vastitude et à l'éternité. Sans grain de sable, pas de plage. 
Lieux communs, oui, Lapalissades, aussi, et bien, bon sens avéré tout de même, de ce qui se répète sans perdre son fondement, et ne peut se contredire.

Mon goût des mots, mon penchant pour la mélodie des phrases, se roule partout. Dans la chronique météorologique, dans les pseudo dissertations bavardes en logorrhées, dans les métaphores faciles.
Mon plaisir n'est pas tant dans ce que je dis ou décris. Il est dans la trace de ces moments, retrouvés à la lecture en décalé. Il est surtout dans ces ruisseaux de mots, dans ces coulées de sons, dont la lecture à haute voix me berce. Je lis mes suites de mots pour leur mélodie, et, tout simplement, je l'aime bien, cette mélodie. Elle me vient sans recherche, elle coule, fluide et légère.
J'apprécie ce plaisir aussi à ma portée. Pour le satisfaire, nul besoin d'efforts ou d'investissements. Juste laisser venir les mots, les tracer, tapoter les touches dociles du clavier.

Allez, je vais maintenant surveiller mes marmites. Assurer là aussi le premier maillon de l'échelle, le moins élevé et pourtant nécessaire.
Ma contribution pérenne à l'histoire se résumera sûrement à ce déversement de mots, à ce flot insignifiant.
Et bien, si mon plaisir y trouve sa source, le plaisir d'autres aussi peut s'y nourrir.
Mes plats ne sont pas raffinés, eux non plus, loin de là. Ils nourrissent  quand-même et leur saveur authentique et sans sophistication amuse le palais.
A mon échelle toute modeste, j'ai la prétention de vouloir distribuer du plaisir. N'est-ce pas déjà bien ?
Allez, allez, là encore, il faut parfois forcer le sort, et ne pas par timidité s'empêcher d'offrir son obole.
Tout ce que je risque, c'est qu'elle soit bien reçue, ...ou écartée. Alors !

vendredi 15 juin 2018

15 juin



Vendredi 15 juin 2018 14h40

La pluie semble avoir déversé son content. Nous espérons des journées sèches, d'abord, et, qui sait ?, ensoleillées !
Tous les coupeurs de foin sont sur la bande de départ, genoux pliés et jarrets tendus.
Le foin de cette année sera de moins bonne qualité. Je pense le distribuer en mélange avec du regain, si regains il y a …

Mon ouvrage à la jardinerie avance rondement. J'en suis à ces préparatifs d'inventaire : rangements, tris, "répertoriations". Cet inventaire, moment souvent peu apprécié de mes collègues, exercice rébarbatif et minutieux, où il faut faire les comptes !
Moi, j'aime assez, et je m'y adonne avec plaisir. C'est une constante sur plus de 30 ans d'activité : on peut penser que c'est un fondement solide de mon fonctionnement de pensée ; état des lieux précis, analyse, enseignements. Rien de très olé olé, mais du bon vieux concret, nécessaire aux candidats à la fantaisie par ailleurs dans mon genre.

Ce matin, j'ai fait aussi l'état des lieux de mon potager. En allant vider la bennette mercredi matin, j'avais de loin constaté le désordre causé par le grand vent de la veille.
Les hautes fanes de patates étaient jetées à terre, enchevêtrées, leurs tiges charnues ployées et mises à nue. J'ai quelque part dans un autre article utilisé cette expression de jouvencelle renversée, à la crinoline retournée. C'était ça, là encore. Mes girouettes métalliques récupérées à la jardinerie tournaient comme des perdues, face au ciel, moulins à vent désarticulés.
Tout était chiffonné, sali des éclaboussures de boue. Un triste spectacle…
Ce matin, c'était déjà beaucoup mieux. Les rangs de pomme-de terre s'étaient redressés, alignant même une jolie quantité de fleurs violettes pâles. Les feuilles grasses rhabillaient de nouveau les tiges. Bien.
Les girouettes replantées retrouvaient immédiatement leur allure d'éoliennes miniatures.

J'ai rattaché les tomates, un peu tassées le long de leur support. J'utilisais jusqu'il y a peu ces tuteurs métalliques spiralés. Le plant, guidé dans les premières courbes, grimpait ensuite tout seul, s'appuyant sur les lacets avant de repartir vers l'étage supérieur. Comme un quinquagénaire bedonnant rentrant du travail le soir, s'affale dans un haut fauteuil de cuir, les avant-bras confortablement posés sur les accoudoirs. Ou alors, si l'on préfère une image plus gracieuse, telle la danseuse arrondissant ses bras pour assurer l'équilibre avant de se hisser sur les pointes.
Mes tuteurs actuels sont les piquets plastiques de la clôture électrique, dont je n'ai plus besoin depuis la réfection de la clôture traditionnelle, autour du pré des vaches. Ils proposent sur toute leur hauteur des encoches, pour y fixer le fil conducteur, à l'origine. Tout à fait pratiques pour y glisser le lien d'attache, de façon à maintenir la fixation à la bonne hauteur. Ces piquets plastiques ne sont pas très jolis, dans mon potager. Leur commodité compense.
Un petit éclaircissage du rang de carottes, un sarclage de surface, la terre est encore bien trop mouillée pour la travailler plus profond.
C'est bien agréable, de vaquer ainsi entre ses plates-bandes, de se pencher ici, cueillir une framboise là, se délasser la lombaire en regardant la Rhune ennuagée.
Les plantes, le végétal sont aussi une constante dans mon parcours. Avec les bêtes, le goût des mots, les miens et ceux des autres.
Mon univers tourne là, mon salut pas ailleurs.
Ma chance est d'avoir tout ça à portée chaque jour, ici et à la jardinerie. 
Ca peut paraître étroit, à ras de terre et sans ambition. Ca l'est pour beaucoup.
Moi, ça comble mes attentes et mon aspiration. 

Le monde autour se rappelle à moi, je ne vis pas complètement hermétique dans mon quotidien à périmètre réduit.
Pourtant, j'ai le pressentiment du tout est dans le tout, quand on sait l'y voir.
Alors, moi, avant d'aller chercher loin, je regarde d'abord à mes pieds. Observer ce que je vois me semble déjà riche en enseignements, et emplit toute ma vie.
Il est des gens aux visées plus larges. Je n'en suis pas. Leurs voix me parviennent. Je les écoute : elles m'intéressent, oui, mais ne m'encouragent pas à élargir mes horizons étroits.
Par exemple, j'entendais hier matin un chroniqueur radio, toujours ce France-Inter pour accompagner mes trajets. Il évoquait les plaintifs. J'ai compris à l'écouter le sens de ce mot dans sa bouche : le plaintif est celui qui se plaint sans raison. Pas le plaignant, qui a des griefs, et les fait valoir. Non, le plaintif se plaint comme mode vie. La plainte est sa réponse à tout. On critique son action, il se plaint de l'offense, courroucé, et paralyse ainsi toute velléité de débat et toute action de correction, évidemment. Le simple fait de faire une objection contre lui vous rend coupable, et fautif. Il crie de douleur  avant qu'on ne le touche, vous démontre votre méchanceté gratuite avant d'entendre le début du premier de vos arguments.
De cette façon, le plaintif noie toute tentative dans sa plainte infondée. Il asphyxie les tentatives de réformes et envase les réalisations au stade de projets.
Celui qui parlait était un grand philosophe, reconnu et tout. Encore une fois, je n'ai pas retenu son nom. Juste son propos : il parlait bien, d'un débit agréable, assené d'une autorité tranquille.
Lui-même convenait de l'inutilité de son combat, puisque, par nature, les plaintifs l'annihileraient.
Il rappelait alors cette maxime : il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. Certes !
Pourtant, moi, j'entreprends mieux quand j'espère, et un brin de réussite ravive ma persévérance.
Ces plaintifs, je les voie dans mon poulailler, quand la glousse gonfle toutes les plumes de son cou en croassant une plainte courroucée.
Mon univers est bien étroit, c'est vrai. Il représente quand-même pas trop mal le vaste monde, à mon humble avis. 
J'écoute les savants et les érudits. Ma curiosité est paresseuse, et je ne vais pas chercher loin les conclusions de leurs travaux. Je tombe dessus par hasard, quand ils viennent jusqu'à moi. J'y trouve matière à réflexion, parfois. Confirmation de mes modestes observations, souvent.
Comme disait Candide en revenant de son tour du monde : cultivons notre jardin…
Ce n'est pas d'aujourd'hui, mais c'est toujours d'actualité, je le crois.


mercredi 13 juin 2018

13 juin


Mercredi 13 juin 2018 11H



Pour le coup, la pluie est tombée, hier.
Toute la journée, encapuchonnée sous le ciré, j'ai travaillé dans ma pépinière. Je ne risquais pas d'être dérangée par la clientèle ! Je changeai de veste comme on change de monture, quand l'humidité refroidissait mes épaules et mes bras. J'aime bien, travailler sous la pluie, bien couverte.
A la dixième heure pourtant, le charme reposant du clapotis mat et régulier des gouttes sur la toile m'était devenu un tantinet lassant. J'étais bien contente de rentrer à la ferme, de m'occuper dans l'étable de mes vaches restées au sec. Je m'y suis attardée, reposant à leurs mâchouillements mes courbatures de la journée.
Ce matin, je regarde les hordes mouillées traverser le paysage derrière les fenêtres. J'irai tout à l'heure dehors : une journée entière en intérieur ne me réussit pas. Sortir, prendre l'air, prendre l'eau, même, quand on sait pouvoir revenir au sec, c'est comme sursoir à la satisfaction d'un plaisir en s'en distrayant par un autre. Double récompense, double dose de bien-être !

Quelques visiteurs  nous viennent, les bavardages légers autour de la grande table de la cuisine remplissent agréablement ces heures où les occupations extérieures sont à l'arrêt.
Ces journées oisives se prélassent comme les chiens au soleil. Je m'y détends, en toute bonne conscience, exonérée par le mauvais temps. Rien ne m'empêche de couler des jours paresseux par grand soleil, non plus. Mes activités sont de loisirs. Mon travail salarié à la jardinerie emplit mon quota citoyen. 
Je me libère mieux maintenant de ma condition formatée, où le travail est la valeur suprême.
Je ne suis pas pour autant complètement affranchie : une petite culpabilité me taraude encore. Je justifie vite mon rythme de travail un jour sur deux, en expliquant à qui ne me le demande pas que mes journées sont longues, mes fins de semaines pas chômées.
Je suis imprégnée d'une culture exigeante, et la dépollution raisonnée m'en coûte.

Et bien je dois forcer ma nature, faire voler en éclat ces schémas contraignants et stériles.
Comme je dois me détoxiquer des ces atroces histoires de guerre et de souffrance, ces histoires familiales terribles instillées dans mes nuits, ces histoires lues ou entendues gravées dans mes circuits intérieurs, ces vieilles histoires qui n'ont jamais été les miennes, moi dont la vie a été préservée de toute brutalité et violence.
Mes tourments naissent aussi de cette absorption massive d'une douleur pourtant étrangère.
Je vois ce mécanisme de restitution à l'œuvre, comme je vois mes comportements soumis à des obligations que rien ne justifie.
Le savoir est une chose, s'en libérer en est une autre…

Le grand vent d'hier, la pluie lancinante qui fait rouler les pierres et creuse les ornières entraînent avec eux les souillures et les miasmes.
Juin aura été lavé, et les beaux jours revenus en resplendiront d'autant mieux.
Les boues déposées se nettoieront.
J'en suis là, en plein grand ménage intérieur.
Il est un temps pour ces rangements là : le mien est arrivé, je crois.





lundi 11 juin 2018

11 juin


Lundi 11 juin 2018  11H


Le temps est toujours terriblement incertain. 
Le paysan se désole : le foin devient paille creuse, le maïs stagne, jaunissant. Les vers gris ne vont pas tarder à décimer les rangs, les adventices verdissent  déjà les interlignes.
La petite course contre la montre pour la survie de la jeune plantule est engagée. Le moment est critique mais pas désespéré allez ! 
Quelques journées ensoleillées suffiront à ramener la situation à la normale. Cette semaine encore, ça paraît compromis. Comme disait l'autre, puisqu'il faut attendre, attendons !

En attendant, je m'occupe encore de ces divers administratifs, toujours en affaires avec ces maudites mutuelles, connectées comme par magie, déconnectées, dont le système de communication mutuelle, justement, semble impossible. L'une demande tel document, l'autre propose tel autre, qui ne va pas à la première, laquelle ne voit pas pourquoi, etc...
Au milieu de tout ça, quand il semblerait pourtant qu'un coup de clic et deux mails feraient l'affaire, le temps passe, le nerf, même en très bon état de départ, se vrille.
On a l'impression d'avoir tout fait bien comme il faut, et puis non, ça ne va toujours pas !
C'est un très bon exercice à la patience et à la ténacité, j'essaie de le considérer comme ça…

Le port de mes audioprothèses au moins me satisfait totalement, si leur remboursement le fait bien moins. Là encore, puisqu'il faut attendre, attendons !
La nouveauté, avec ces appareils, consiste en la modification notable de la perception de mes acouphènes.
Jusque là, j'avais, schématiquement, en continu, nuit et jour, un réfrigérateur ronronnant sur l'épaule gauche, et une cithare entêtante en boucle sur la droite. Quelques sifflements aigus intempestifs, et une montée en gamme musclée, dans les moments de fête.
Comme par exemple là, quand j'en suis à mon douzième mail et quinzième interlocuteur pour une affaire paraissant assez simple, au demeurant.

Depuis que je suis "appareillée", l'acouphène intérieur se dilue dans les bruits perçus. Il passe au second plan, et je l'y oublie volontiers.
Au soir, quand je me démonte, tel le robot bionique, l'acouphène reprend du service, enfin libre, telle la génisse lâchée dans le pré après l'hivernage à l'étable.
Il s'en donne à cœur-joie, et, maintenant, modifie son registre, particulièrement dans l'oreille droite, où son ancienneté lui donne sans doute le privilège.
La cithare est devenue chaton miaulant son désespoir. Plus entêtant, crispant.
Accoutumée depuis le temps à ces hallucinations auditives, j'arrive  à me persuader de leur inoffensivité, et à passer suffisamment outre, pour m'endormir avec.
Dans la nuit, le chaton se calme, ou s'enroue, se décourage, du moins, et me laisse retrouver ma cithare plus mélodique.
Cette petite voix alarmée en moi doit avoir peur de se laisser oublier, noyée dans le bruit réinvesti.
Je tâche de la rassurer : elle s'est suffisamment faite entendre, qu'elle ne s'inquiète donc pas !

Cette voix intérieure est comme mes appels sur les boîtes mails. Elle panique à l'idée de se perdre dans la masse.
Allons, allons, de toute chose il reste trace, et l'agitation ne mène qu'à la fatigue inutile.
Le fatras des interventions brouille les ondes et gêne la communication efficace.
Là aussi, il faut éviter de se laisser entraîner dans le tournis, et privilégier l'intervention efficace. 
Encore une petite affaire à suivre...


dimanche 10 juin 2018

6 au 10 juin



Mercredi 6 juin 2018 16h08



Un passage rapide ici, entre le jardinage et la promenade.
Le grand soleil invite à s'y baigner voluptueusement : j'en profite à fond !



La sale rate puante vient se lover dans ma tiédeur en fin de nuit. Je la reconnais, et me mets vite en mouvement pour ne pas lui donner l'opportunité de faire son nid dans mes entrailles.
Je sens la faille fragile, cette sensation de vide en creux. 
J'ai maintenant la molécule et l'expérience aussi pour éviter de me faire aspirer. 
Je mobilise mon énergie sans l'user, sans m'y fatiguer. 
Le rituel matinal, les gestes répétés et rassurants, les bêtes, l'exhortation fervente à l'objectivité, la mise à l'écart obstinée de cette vision dénaturée par la maladie, arment ma défense et galvanisent ma lutte.
Ensuite, la journée se déroule agréablement, calmement, dans une attente plus tranquille de la suite.
Je ne sais pas si c'est l'effet seul de la molécule. Peut-être. A ce moment là, merci la molécule, dont l'action psychotrope éloigne la mauvaise bête aux yeux jaunes.
Je ne sais pas si j'y suis pour quelque chose, aussi.
J'ai lu il y a quelques temps un traité psychiatrique de vulgarisation où les spécialistes s'accordaient pour dire que la participation du patient à son traitement chimique n'était pas nécessaire. A partir du moment où il le prenait, ce traitement, serait-ce même à son corps défendant, la chimie agit, et la non-adhésion de celui qu'elle soigne n'amoindrit en rien son efficacité.
C'est un peu vexant, comme information. Cela réduit le malade à un hôte passif et impuissant.
La bonne nouvelle, c'est qu'on peut être soigné malgré soi. La mauvaise, c'est que croire avoir un pouvoir sur son fonctionnement cérébral "organique" est illusoire.
Cela revient à notre mise à l'écart par les technologies de pointe dont nous sommes quotidiennement tributaires, et dont la maîtrise nous échappe. 
Nous n'avons plus la main, nous devons accepter cette soumission et nous y résoudre, le plus docilement possible. Laisser la main, comme quand une maintenance à distance sur votre ordinateur vous laisse passif et impuissant, les mains sous le bureau, à regarder la petite flèche voleter sur l'écran, dirigée comme par magie par un autre.
Je commence à m'y faire, à me laisser manipuler, par la molécule, l'audioprothèse, et autres artifices. J'y trouve confort de vie et bien-être, alors, fi de toutes les révoltes contre les allégeances, et laissons-nous mener, gratifiés même de l'être mieux que par nous-mêmes !

J'ai au moins la satisfaction et le confort d'accompagner mon soin sans contrainte faite à mon petit for intérieur.
Je ne suis pas dans le déni, dans cette politique de l'autruche :  prendre un traitement signifie bien être malade. Etre malade ne se choisit pas, être malade se subit. Etre malade ne s'évite pas, on peut s'en préserver, au mieux.
Refuser cet enchaînement, considérer le traitement comme une punition, signant la maladie avant de la contrer, revient à considérer la maladie elle-même comme injuste, ce qu'elle est, évidemment, mais revient surtout à s'obstiner à croire qu'on peut la faire disparaître en refusant de la voir. 
La maladie est suffisamment pénalisante par elle-même, sans qu'on y ajoute le sentiment culpabilisant de honte. Voir quelqu'un se traîner, fracassé, sur des béquilles, suscite mieux la compassion et l'admiration, évidemment. L'évidence de la souffrance, ses signes physiques et bien visibles, la font admettre et reconnaître.
La maladie mentale, elle, soulève davantage mépris et absence totale d'une reconnaissance dont le souffrant aurait pourtant bien besoin, lui-même ne comprenant pas la faille qui le déchire et l'engloutit ! 
L'inconnu, l'intangible, le cerveau et ses mystères, sont pays inconnus. Les neurosciences et autres avancées médicales sur le fonctionnement cérébral tâtonnent encore de découvertes empiriques en trouvailles hasardeuses. On ne dissèque pas le cervelet comme on examine un muscle ou une articulation !
On s'accroche  généralement ferme à l'idée de les maîtriser, ces pays profonds et lointains, pourtant. On voudrait pouvoir en contrôler les mécanismes, justement, sans doute à cause de la peur de perdre la main sur sa propre vie.
Je me suis longtemps appuyée sur cette certitude fausse, sur cette illusion, sur cet espoir bien humain. La faculté de maîtriser sa pensée, la capacité de jugement et de raisonnement, me semblaient acquises, et inattaquables, pour moi. C'était ma force et ma fierté, pensais-je. 
Sentais-je.
Et bien j'ai du dernièrement changer de braquet, virer à 180 ° d'optique.
J'ai été touchée par là où je pensais être intouchable… Et oui ! 
Je garde encore cette présomption d'avoir su prendre les bonnes décisions. D'avoir eu la lucidité de prendre les signes au sérieux dès leurs apparitions visibles.
L'expérience fraternelle m'y a aidée. L'exemple encourageant m'a guidée très vite sur la bonne voie.
J'ai l'impression de m'en tirer plutôt bien. Pour le moment ! Si je dois retirer une seule chose de mon expérience, c'est bien la certitude de l'absence de certitude, en tout… Ce n'est pas un mouvement naturel chez moi, mais je m'y fais, cahin-caha.

Un de ces matins de la semaine, une chroniqueuse radiophonique s'extasiait de la qualité artistique d'un musicien dont j'ai oublié le nom. Honte à moi !
Les extraits entendus ne m'ont pas emballée, ignare que je suis en la matière.
Cet artiste avait signé la pochette de son disque, ou quel que soit la dénomination du support moderne musical, d'une phrase manuscrite : "je déteste être bipolaire, c'est génial !"
Là encore, la chroniqueuse, avec la caution d'une station reconnue pour le sérieux de ses analyses, France Inter, s'emballait sur le génie de cette phrase.
Je n'ai pas partagé son enthousiasme, reconnaissant tout de même le concentré de l'ambivalence de la bipolarité : infiniment séduisante par ses exaltations, infiniment désespérante en pendant.
Les fluctuations gentiment amorties, la sensation de ne pas perdre le côté lumineux de la maladie, en fait un état séduisant, globalement. 
Je ne renoncerais pas facilement à être ce que je suis, maintenant. Optimiste, enthousiaste, tonique et intensément vivante, la majorité du temps. Quelques passes plus dolentes, mollettes, et le retour de la lumière. Histoire de mieux en savourer la couleur claire.

La vilaine rate puante aux dents jaunes existe. Je l'ai vue, je la sens s'approcher encore.
Je sais aussi pouvoir la tenir à distance, et je suis bien décidée à tout faire pour ça.
Les prochains jours me diront si mon système de défense est suffisant. J'ai des munitions en réserve, de ces munitions dont il faut user avec parcimonie, sous peine de les dilapider trop tôt.

J'observe, attentivement, l'avancée des flux. 
Pour le moment, ça va.
La belle promenade ensoleillée ne suffirait pas à elle seule. J'ai expérimenté l'inefficience de ces parades là. 
En complément, en baume apaisant, elle fait parfaitement l'affaire.
Je rameute à moi toutes les jolies choses, et m'en fait renfort.

Les pauses ici où j'examine les stratégies ne doivent pas me détourner trop longtemps de ces aides là.
J'y vais !

Vendredi 8 juin 2018 9h13

Ca y est, la chaleur nous incommoderait presque !
Hier à la jardinerie, au soir d'une bonne journée de travail, je me sentais désagréablement alanguie, ployée par une fatigue pesante.
Une saine fatigue, cependant, pas cette dolence figée en vase.
Une excellente nuit de repos plus tard, je me trouve bien plus légère !
Je suis toujours du coin d'un œil très attentif, (trop), les éventuels assauts de ma rate aux yeux jaunes.
Il y a dix ans déjà, dans ce "La pause" où j'avais dilué mes maux d'alors, j'avais pressenti cette bête, plutôt féline à l'époque. Je ne la connaissais pas bien, encore. Je la devinais, déjà.
C'est tout de même remarquable combien mes références restent animales. Le bestiaire me tient lieu d'étalon or.
Je dois circonscrire le niveau de l'aumône minimale à consentir à cette fichue créature.
Pour le moment, elle reste raisonnable, cette aumône, et ne m'empêche pas de vivre des jours agréables.
Le seuil de tolérance est bien chose subjective, et le rabaisser un peu reste à portée.
Je ne dois pas m'attendre non plus à filer des moments toujours enthousiastes. Une certaine langueur peut s'y inviter, et je dois là encore l'accepter, comme l'impondérable qu'elle est.
Ma tactique activités-plaisirs simples reste efficiente.
Mon abandon contrôle complet et activisme forcené m'est une aide appréciable.
Je tiens ce cap, et, tant que je le garde en vue, j'ai bon espoir de ne pas me perdre en haute mer…
A suivre !


Dimanche 10 juin 10h15

Grand soleil pour ce dimanche matin.
Vendredi après-midi, après les réglages de mes oreillettes, (l'homme de l'art se fait un tantinet expéditif maintenant), au retour à la ferme, un petit chantier se présentait : épandage du fumier.
Nous comptions sur une épandeuse mécanique. Elle ne venait pas. La saison avance, mes citrouilles n'attendront pas indéfiniment. Les créneaux météorologiques favorables sont suffisamment fugaces : il ne faut pas les rater !
Ces petits deux ares à fumer à la fourche ne me paraissaient pas chose extraordinaire. Je voyais très bien l'opération, les petits tas noirs et fumants approchés en lignes serrées, à éparpiller d'un leste coup de fourche.
Il faisait bon, quelques volées venteuses sans colère rafraîchissaient le travailleur échauffé.

Je commençai guillerette, sifflotant, éparpillant la noire nourriture autour des tas. Ma fourche d'étable est bien usée, ses dents sont courtes. La fourchée n'est pas lourde.
Très vite pourtant, le fumier détrempé me parût amalgamé en une masse difficile à effriter.
Les fourchées devenaient compactes, leur distribution moins régulière.
Antton prenait dans le tas au bout du champ, avec la fourche frontale du tracteur, il amenait, renversait, et repartait. Très vite, son avancée décourageât la mienne. Les tas s'alignaient, et moi, je peinai.
L'arrivée de Beñat soulagea mon découragement montant. Il attaqua à l'autre bout de la ligne.
Mon rythme soutenu de départ s'était bien alenti. Je tournai beaucoup autour du tas à éparpiller, essayant de trouver une brèche plus facile dans le monticule tassé.
Un petit échauffement gagnait dans ma paume gauche, là où le bout du manche de la fourche s'appuyait le plus fort.
Pfouuuuhh…
Une petite pause reconstituante avant la dernière ligne, un dernier raout d'efforts de plus en plus sentis, la perspective quand même du chantier bientôt fini, et nous vînmes à bout de l'ouvrage.
Antton s'était mis à la charrue; il arrivait sur nous, qui peinions à finir.
Nous donnâmes tout, aiguillonnés par le tracteur de plus en plus proche au fur et à mesure des allers-retours des sillons hauts.
Il ne nous rattrapa pas. Nous finîmes par considérer que quelques fourchées envoyées bien près de la pile suffisaient. Là où le tas avait été déposé, le noir fumier luisait en couche épaisse. Autour, quelques pépites éparses piquetaient à peine la terre blanche.

Enfin, nous terminâmes, fourbus mais contents de nous.
Ca faisait bien longtemps que nous n'avions pas épandu de fumier à cette échelle, pourtant modeste.
La vigueur de nos jeunes années est bien derrière nous, allez !
Qu'importe ! Notre satisfaction en est d'autant plus pleine. Le mérite plus grand de la fatigue engagée.
Je me demande si cette saine activité ne m'a pas fait grand bien au moral, finalement.
Je me sens ces derniers jours, mieux, moins près de la faille.
La bête a eu son content. Pour cette fois encore.




lundi 4 juin 2018

4 juin



Lundi 4 juin 2018 15h18



Le ciel bien bas n'annonce pas de percée de soleil pour aujourd'hui.
C'est désagréable, ce temps à contre-saison. Les foins ne se font pas, les cultures semées s'asphyxient d'eau, l'humidité insidieuse poisse tout.
J'ai laissé mes vaches à l'étable. Patauger dans la boue est pénible pour elles. J'ai pu examiner les sabots de ma Bigoudi, quand elle s'est couchée, vendredi. Déjà, à la rentrée, sa démarche avait retrouvé souplesse et fluidité. L'avancée chaotique et pénible du matin avait levé mes inquiétudes. Ses étirements de bien-être au soir et son pas régulier me les ont ôtées.
Pour cette fois, le bon sort a bien voulu se ranger de notre côté !

Je garde ma braise intérieure tiédotte. Comme le cheval au galop du Mont-Saint-Michel sentant la vague laper ses sabots, je donne moi aussi un coup de reins, pour éviter de me laisser reprendre. Comme pour Bigoudi, je mise sur le sort ami…

Evidemment, la flamme vive réchauffe bien mieux l'allant et l'enthousiasme. 
Le grand soleil de juin réchauffera aussi bien vite l'atmosphère. Il faut pourtant faire le dos rond, et traverser aussi ces passes moroses et maussades.
Je m'emploie sainement, enchaînant les activités faciles, histoire d'entretenir ce "smooth" salvateur. Souplesse et fluidité à rechercher, pour contourner les grippages.

J'ai relu dernièrement quelques bribes de mes vieux carnets. Les postérieurs à l'enlèvement des premiers. Comme cette pathétique péripétie date un peu, ça laisse une petite mine sur plusieurs années, là encore.
J'y ai retrouvé traces de ces passages bousculés, déjà. Travaillés dans la vigueur de mon énergie d'alors, ça donnait des périodes nerveuses et agressives, où il ne devait pas faire bien bon vivre dans mes parages. Je faisais d'ailleurs assez périodiquement un vide sanitaire drastique.
Maintenant, mes moments off s'alourdissent d'une dolence bien moins confortable pour moi, mais, d'après les dires de mes tout proches, mieux supportables pour les autres.
Que cela me soit consolation charitable…

J'ai relevé aussi la différence entre mes écrits "ouverts", et la véritable intimité d'une écriture solitaire, destinée à ma seule lecture, en principe !
Je livre une sphère personnelle dans ce "bloc", une petite actualité ordinaire et appliquée.
La connaissance de l'éventuel regard des autres modifie tout de même la teneur du propos.
Mes babillages restent de surface, et, si j'essaie de rester sincère, je garde un arrière-plan bien gardé. 
On ne se voit pas comme on se montre. On se donne à regarder, et l'image tendue propose des contours arrangés, ou floutés.
J'ai bien l'impression d'être authentique, pourtant. Ma "représentation" et mon personnage vécu ne divergent pas en trajectoires opposées. La "congruence" n'est sans doute pas parfaite. La distorsion reste quand-même limitée dans une marge étroite.
J'ai plus le sentiment d'une profondeur préservée, d'un domaine protégé comme une chasse gardée.
J'ai le pressentiment aussi de la nécessité de cette mise en retrait, de cette porte fermée dont je veux être la seule  à avoir la clef, quitte à ne pas m'en servir, même.
Un sas de décompression, entre le monde ouvert, et le monde intérieur et ses mystères, même très ordinaires. 
Je ne suis pas sûre de ce que je perçois, je me perds encore une fois dans mon propre sous-bois.
Je ne comprends pas tout de moi, loin de là, et ces pièces fermées m'intriguent toujours. 
Je pense maintenant cette ignorance confortable, séduisante, même, puisque elle laisse l'opportunité de se surprendre, et l'aventure ouverte de se connaître mieux, au moment où cette connaissance sera accessible, si elle le devient un jour.
Je regarde en moi comme j'ouvre mes vieux carnets, en faisant attention de ne pas déchirer le papier mince.
Je regarde en moi comme mes quelques lecteurs amicaux, prenant ce qui se laisse voir, et respectant la pudeur du reste.

La pluie s'est arrêtée.
Je me suis un peu abrutie ce matin à démêler les circuits complexes de notre système social, où nos données errent et se perdent, elles aussi, dans un mystère dont il vaut mieux renoncer à lever les voiles…
Sauf que pour arriver à ses fins, il faut bien aller démêler tout ça, aussi rébarbatif que cela soit. Quand on a la chance de tomber sur des agents diligents et efficaces, ça va ! 
Le préposé MSA du jour était un bonheur de compréhension et d'audace, intervenant, comme il me l'a dit, à la marge, pour faire avancer le dossier. Les télétransmissions à une mutuelle caduque de plusieurs années, faisant évidemment la sourde oreille (je parle d'appareils audio, quel à propos !) exonèrent celle en charge de tenir son rôle. Elle se garde bien, celle-ci, d'avancer sur le devant de la scène, restant gentiment planquée derrière le paravent de l'ancienne, inopérante, mais bien pratique pour ne pas rembourser, sait-on jamais !
Un vrai méli-mélo de mails, d'appels, de documents à retrouver, scanner, envoyer. Ces choses agaçantes pour tout le monde, et destructrices pour mon cerveau à demi brûlé. Dieu merci, la partie sauve prend un relais suffisamment efficient, pour le moment !
Je pense y être arrivée, enfin !

Mes  neurones irrités s'en souviennent. Je vais les soulager dans l'ambiance paisible de mes chemins creux ourlés de fougères hautes.





vendredi 1 juin 2018

30 mai 1er juin



Mercredi 30 mai 2018 10h

La grise poisse nous colle à la peau.
Les rares percées ensoleillées sont piquantes, mauvaises, lourdes.
Les travaux agricoles sont à l'arrêt. Je pense à mes semailles citrouilles et betterave. Le fumier doit être épandu, la terre labourée, puis préparée en lit de semence douillet.
Pour le moment, elle est juste gorgée d'eau.
Les épis des herbes blanchissent, les tiges ploient sous le poids de l'eau. Les toiles d'araignées champêtres dans les fossés s'emperlent de diamants ronds brillants.

Une ambiance tropicale,  les frondes de fougères impériales se déroulent presque à vue d'œil. Les jeunes pousses violines des spirées sauvages s'étirent, colorant les sous-bois de leurs feuilles carmines et vert tendre.
Les herbes frôlent  les mollets nus en une caresse un peu trop froide et humide pour être agréable.
Dans les flaques, les petites capsules d'eau dérivent en bateaux libres, et éclatent sans bruit, en surprise un peu déçue.
Bah ! le soleil nous reviendra bien : nous rattraperons ce temps d'attente, et la terre gorgée d'eau et réchauffée impulsera une germination exubérante. Enfin, c'est ce qu'il faudrait...

Je déchante déjà de la technologie tant vantée dernièrement : mon oreillette gauche est en panne, depuis hier soir. Changement de pile, pourtant nouvellement installée de la veille, au cas où. Bernique, silence total et absence complète de réponse au petit frottement de vérification. Mince, déjà !
L'adaptation est tellement rapide qu'en quelques jours à peine, j'avais l'usage de cette perception numérique. En être privée m'a déstabilisée quelques heures. L'oreille droite est devenue lourde, emplie d'une gravité déséquilibrante. Le port des lunettes modifié par l' absence de la petite coque derrière l'oreille a lui aussi perturbé le cervelet.
Il faut le comprendre, aussi, le pauvret : on lui demande de se faire à une nouveauté un tantinet invasive. Plein de bonne volonté, il se discipline, s'applique, s'adapte. A peine pris ce pli, bim ! on lui retire brusquement cette béquille ! Allons bon...
Pour ce matin, le cervelet reposé s'est souvenu du  temps d'avant l'appareillage. Souple et plastique, il a retrouvé son positionnement antérieur. Bon.
J'ai confié la technologie défaillante à son spécialiste. Nous verrons bien.

Les bruits revenaient vers moi comme des chiens fugueurs rentrent furtivement à la maison, queue basse, un peu piteux de leur escapade. J'entendais de nouveau le tic-tac de l'horloge, le vrombissement sourd de la centrale électrique. Je les avais perdus, et en avais fait mon deuil, comme on oublie à la longue le chien enfui.
Les retrouver par surprise m'était une joie et un réconfort. On ne réprimande pas son chien, quand il vous tend sa bonne tête à caresser en s'aplatissant d'allégeance. On se baisse, et on lui frictionne les oreilles, en tenant sa bonne tête à pleines mains, pour s'y remplir  de soulagement et y réchauffer son manque.
Cette petite panne se réparera, et j'apprécierai d'autant plus le retour de mon robot miniature d'avoir ressenti son vide.

La lumière s'allège, dirait-on : l'après-midi sera peut-être plus claire.


Vendredi 1er juin 2018 11h18

Les journées prennent un rythme mousson indienne du matin, puis, Amazonie  tropicale l'après-midi.
Bah, on a au moins la consolation de voir le soleil, en percées, mais agréable quand-même. 

Ma Bigoudi s'est blessée le sabot avant gauche. Sans doute est-elle gênée par un caillou incrusté dans son pied. Je vais la surveiller, voir si elle s'en défait dans l'herbe mouillée. Sinon, je tâcherai d'intervenir ce soir, quand elle sera couchée, en admettant qu'elle le soit du bon côté... Je pourrais encore tenter de l'entraver comme je l'ai fait pour la prophylaxie annuelle, tête bloquée contre le muret. Une bonne cordelette ensuite pour relever la patte, deux trois hommes forts pour éviter qu'elle ne bouge. La dernière perspective sera celle de la cage à bovins, où, "contentionnée" entre les barres galvanisées solides, la patte maintenue sanglée, nous pourrons examiner tout ça plus facilement. La difficulté consistant évidemment à l'y faire entrer, dans cette cage barbare. Un renfort musclé sera là encore nécessaire : ma Bigoudi n'est pas bien forte, mais bien assez pour résister !

J'ai récupéré mes appareils auditifs : un nettoyage à l'ultra-son d'un filtre quelconque a fait l'affaire prestement. Je me suis imaginée un instant une opération à la soufflette du compresseur, pffuittant vigoureusement un souffle puissant. Avant de me rendre compte que cette technologie miniature de pointe se traite un peu différemment.
De la même façon que l'on s'approche maintenant d'un moteur de tracteur avec une valise électronique, et non plus deux trois solides clefs de 23, la maintenance de nos engins nous échappe totalement. C'est bien dommage...
J'aime pour ma part cette idée de pouvoir participer à la bonne marche de mes petites affaires. Là, je suis bien obligée de m'en remettre à ceux qui savent, et dont je ne suis pas. Sentiments, un, d'impuissance, et deux, d'incapacité ! Un peu vexatoire, n'est-ce pas ?
La haute sophistication nous éjecte hors d'une sphère élitiste, et nous soumet. Ployons,  puisque telle est notre destinée, ployons, tel le peuplier dans le vent !

La petite préposée, mignonette et douce, choisit délicatement ses mots : elle aurait pu me dire que je vivais comme une pouilleuse, encrassant en quelques jours ce dispositif de laboratoire. Et bien non, elle a simplement souligné que la fréquence des nettoyages nécessaires était très variable, selon la vie que l'on mène...  Quel petit bijou de délicatesse !
J'ai retrouvé le confort d'une écoute facilitée, les sons amplifiés et reconnus. Je perçois d'ailleurs prioritairement les chants d'oiseaux, même à la jardinerie où le chahut les noie autrement dans la masse sonore. C'est ma foi bien agréable !

Je suis cette semaine d'humeur moins enjouée, moins énergique et plus molle. Cette petite contrariété m'a pincée plus fort qu'elle ne l'aurait du. Je sens combien ma réceptivité est aiguisée, particulièrement aux "zondes négatives", en ces périodes. La molécule est là, elle pare, faisant bouclier efficace. Je suis là, aussi, avertie et en valant plus d'une, peut-être pas quand-même deux !
J'essaie de me regarder de l'extérieur, de me voir faire et d'en sourire, gentiment. Sans ironie ni culpabilité, juste gentiment, comme la petite préposée auditive.

Ainsi, la molécule évite le survoltage, et la traversée du désert de cendres subséquent, et moi, je tourne le regard résolument vers les grands arbres à l'ombre protectrice.
Pour le moment, ça paraît marcher...

L'heure du déjeuner approche. Mes préparatifs culinaires demandent intervention.
Ces petites choses toutes prosaïques sont aussi un bon rempart contre les vagues grises.

Tiens, je vois Bigoudi marchant dans l'herbe. Elle ne marque pas de boiterie. Foulant le tapis moelleux et gorgé d'eau, elle a peut-être été débarrassée de ce caillou blessant. Nous verrons ça ce soir, quand elle rentrera, marchant sur la surface plus dure de l'étable.
Il arrive bien que les choses s'arrangent d'elles-mêmes. Supposer par anticipation la version la plus compliquée ne la rendra ni plus ni moins probable. Elle m'empoisonnera inutilement, seulement.
Allez, là encore, gardons le bon cap !