lundi 28 mai 2018

25 au 28 mai


Vendredi 25 mai 2018 11H

L'orage gronde. Un long ourlet boursoufle le flanc montagneux au dessus de Biriatou.
Ce Xoldoko Gaina est cousine du Jaïzkibel. Elles se font face, à l'ouest et à l'est.
L'une est plus ronde,  semble plus vieille.
L'autre plonge dans la mer, les tempêtes marines et les coups d'embruns salés l'ont affûtée en arêtes plus vives. Les rondeurs rousses et grises à Biriatou, les méplats bleutés et verts à Fontarrabie.
Deux reliefs, deux montagnes anciennes encadrent mes paysages, entre Mère Rhune la bleue isocèle, et les Trois Couronnes bousculées quand on les regarde de côté, bien plus assagies vue d'ici.
L'horizon océanique ouvre le champ sur le vaste monde, libérant l'enclos des montagnes protectrices. On se sent à l'abri, pas enfermé.

Je vais aujourd'hui faire ma révision périodique : oreilles et cervelet.
Je veille en bonne élève disciplinée à tenir mon carnet de route bien à jour !
Mes angoisses de milieu de nuit, quand l'inconscience du sommeil vous livre sans barrages à vos tourments intérieurs, habitant les rêves tracassés des peurs mal enfouies, s'apaisent maintenant facilement. Je sors du sommeil, je me hisse sur la rive d'une berge amie, et remets l'onde à sa juste place, dans son lit de rivière calme.
Je me rendors ensuite tranquille, savourant les deux ou trois heures de repos encore, assurée de ne pas être reprise dans ces flots bousculés par mon imaginaire.
Comme c'est bon de se sentir ainsi rassurée, d'avoir cette latitude de revisiter sa vie et de la trouver belle.

Le tonnerre roule sa colère dans un ciel déjà souffreteux. Je vais faire le tour des ouvertures, préserver la vieille ferme de ce courroux là.


Lundi 28 mai 2018 10h16

La grisaille poisseuse est installée pour la journée, sans doute. Pas de fanaisons cette semaine.
J'étais à la jardinerie, hier, dans une ambiance calme, sous le gris immobile. J'ai fait le tour des rosiers, coupant les boutons fanés, retirant les feuilles jaunies. Ma jauge après nettoyage paraissait de nouveau fraîche et marchande, les fleurs voluptueuses posées sur le fond de feuillages luisants. Un petit travail de restauration très vite appréciable à l'œil, le genre d'ouvrage qui vous régale d'une réalisation bien tangible.

Mes visites médicales de vendredi ont confirmé mon mieux-être, à touts points de vue.
Une petite rallonge sonore, pour arriver au niveau espéré. 
Cet homme incisif ajuste mon acoustique d'un seul clic de souris. C'est intimidant, de se sentir ainsi à la merci d'un geste aussi furtif. On n'ose pas trop bouger, attentif à ne pas provoquer un mouvement si vite répercuté dans le tréfonds du pavillon, bien près du cerveau, tout de même...
Une pression d'index, le son est coupé. Une autre, il revient, trop fort, aigu comme une crécelle énervée, ou alors déboulant comme un gros rocher dans une galerie souterraine.
Non, vraiment, cette technologie avancée, c'est quelque chose !

La sensation d'être robotisée est un peu déstabilisante, aussi. Ce son plat, mécanique, numérisé, déshumanisé de sa profondeur et de ses émotions, le cerveau l'ingère et le digère pour le faire sien. On ne se souvient plus très vite avoir entendu autrement.
Une prothèse en titane introduite en place d'une articulation doit produire un ressenti similaire, la perfection métallique jetant d'abord un froid dans la chair tiède et vivante, pour être ensuite investie par cette même chair animée.
A quand le petit implant cellulaire redressant les anomalies chromosomiques ?
A quand l'humanoïde parfait, programmé pour une durée préétablie, histoire de lui laisser l'illusion et le plaisir d'une éternité approchée par procréation ?

C'était hier la fête des mères, ces mères chainons de la transmission de vie.
J'avais samedi préparé une affiche, incluant une citation de je ne sais plus qui : les hommes tiennent le monde. Les femmes tiennent l'éternité qui tient le monde et les hommes.
La phrase a laissé perplexe ses rares lecteurs.
Mon fond d'image, un arbre immense à la ramure large, irradié de rais lumineux obliques, gage d'une longévité à une échelle bien plus longue que la nôtre, la représentation en médaillon d'une jeune et jolie mère tenant contre elle un nouveau-né, était d'après moi la quintessence d'une pensée profonde.
Pour mes collègues, elle était juste la démonstration de mes fantasques errances, amusantes, au mieux. Soit !

Je garde ce penchant pour la philosophie de bazar, cette démocratisation à tous les étages du plaisir de se sentir penser, de se croire pensants, au moins.
Une aspiration assez répandue, pour ce que j'en vois.
Je suis comme la plupart, tentée de visiter des contrées plus élevées, quand les basiques sont satisfaits. Le ventre plein et la couenne au chaud, je phosphore volontiers, sans grand résultat, mais avec un plaisir certain. C'est déjà beaucoup !

Nos ancêtres pris dans l'urgence de la course pour la survie, en ces temps reculés où l'homme était une proie pour les grandes bêtes carnassières, elles-mêmes poussées par l'urgence implacable de se nourrir, devaient moins être portés sur les philosophades. Encore que... Regarder les étoiles, c'est déjà un peu rêver, non ?

Je me souviens avoir commis une tirade là dessus dans mes nouvelles.
Ces atavismes primaires nous tiennent, je persiste à le croire. Nous nous sentons vite en danger, conditionnés par ces temps ancestraux.
Les bruits, les sons, s'ils ne sont pas identifiés, sont vite perçus comme dangers potentiels. L'homme à demi-nu au fond de sa caverne, armé de son seul gourdin, entendant le rugissement de la bête approcher par les galeries aux résonnances terrorisantes, ne devait pas apprécier le rendu acoustique particulier de son habitat. Non, il devait trembler, se blottir au plus près de la plus profonde paroi, tenter de s'incruster dans la pierre et de s'y fondre, de devenir minéral, et non plus chair vivante et convoitée.

La surdité, quand elle ne mène pas au silence total où le monde devient seul mouvement et lumière, quand elle vous prive de la reconnaissance immédiate de votre environnement sonore, réveillant vos peurs venues du fond des âges, rendant les bruits indéfinis signes de dangers potentiels dont l'approche trop brusque vous fait sursauter, la surdité éveille une vigilance épuisante.
La machine, le petit robot miniaturisé, cette invention de l'homme pour défier son humaine vulnérabilité, ce minéral moderne, ne remplace pas une perception humaine, fine et infiniment adaptable. 
Elle en pallie la défaillance, sans âme mais sans fatigue ni usure. La machine se remplace, quand l'homme décline irrémédiablement.
Les investigations scientifiques progressent, notre capacité à réparer les failles humaines devient pointue et performante.
Elles peuvent sauver, elles peuvent perdre, aussi. Renvoyer l'humanité à son imperfection, et l'y oublier.
Le vivant vit, quelle trouvaille ! et meurt... quel dommage !
Le vivant donne la vie, par nos mères fertiles.
Le vivant transmet, une science, un savoir, une sagesse et un espoir.
Aucune machine ne transmettra jamais par elle-même l'espoir. Elle en sera la voie, ou la perte !

Je suis équipée d'une perception mixte, maintenant.
Le seul souvenir des sons d'avant se diluera sans doute très vite. Mon cerveau ingèrera ces informations numérisées et les traitera de son mieux.
Je suis un peu l'homme des cavernes : je crois en la protection du minéral, et je reste la proie du danger de me perdre, bien voisine de celle d'être mangée.

Allez, allez, je tâche de tenir ferme le filin me reliant à ces émotions authentiques et charnelles irremplaçables. De garder en arrière plan solide le souvenir vif de mes perceptions intactes.
J'ai eu plus d'un demi-siècle pour les engranger précieusement. Il est temps maintenant d'en tirer profit et d'utiliser cette manne précieuse.

Je m'y emploie.






mercredi 23 mai 2018

21 au 23 mai



Lundi 21 mai 2018 9h42


Nous avons eu un dimanche magnifique.
Matinée détente, avec visite à la biquette, pis, ongles, caresses et contemplation du paysage depuis le haut du champ, où les arbres de mon enfance, quand nous ramassions là-bas les patates, sont devenus de grandes silhouettes aux racines noueuses, à l'ombre desquelles il fait bien bon vivre.

Mercredi 23 mai 2018 11h00

J'ai été interrompue en plein élan lyrique lundi. Cousinou Pelli est venu pour une des multiples réparations électriques nécessitées à la ferme.
Je remercie le Seigneur chaque jour d'avoir à portée de telles compétences, si serviables et disponibles, quand l'installation ici défaille de tous côtés, vétuste et fatiguée comme elle l'est. Pour le moment, tout fonctionne, et, jusqu'à la prochaine panne, nous nous estimons totalement satisfaits.
Ces jours-ci, l'extérieur est tellement bénéfique à vivre, que mes pauses écritures se font sporadiques et brèves.
Je suis à fond potager, fleurettes, jouissance de la campagne en pleine effervescence.
Les semailles vont bon train, les fanaisons ont déjà commencé. Le top-départ des travaux agricoles bat son plein, donnant au jardinier amateur le feu-vert.
La jardinerie ne désemplit pas. Le retard cumulé de ce printemps maussade se grignote chaque jour. 
J'aime cette ambiance un peu fiévreuse, cette énergie tonique et collégiale.

Pour revenir à notre dimanche, il fût des plus agréables et diverti.
Après la matinée biquette champêtre, déjeuner à Ibardin, en famille, pour fêter le nouveau râtelier, encore objet d'admiration. Nous l'aurons bientôt dans l'œil, familier et fondu dans son environnement. 
Le grand soleil, un petit air vif, les bosquets déclinés entre verts profonds des conifères, feuillages tendres des caducs, fleurettes bucoliques et discrètes sur les talus ombrées de grandes fougères déployées.
Le lac, toujours tranquille et apaisant.
Il me semble bien que ma dernière visite à ce lac était toute tristotte, enlisée que j'étais dans ma vase intérieure fétide.
Ca fait du bien de revisiter le même paysage dans un tout autre état d'esprit, d'en savourer les senteurs et les couleurs avec légèreté et plénitude. On fait la différence, on mesure le bon chemin parcouru, on souffle et on respire à grandes goulées soulagées.

L'occasion durant le repas de tester grandeur nature mes appareils audio : un grand gaillard jovial et expansif en diable éclatait sans préavis d'un rire fracassant. Les attablés s'en retournaient, saisis dans leurs assiettes.
J'entendais, moi aussi, comment faire autrement ? Mais aucune gêne, aucune agression dans mes conduits acoustiques protégés. Quel confort ! Quel plaisir de suivre à table la conversation, percevant les éclats de voix autour, sans qu'ils prennent le dessus et vous isolent de vos convives.
A la jardinerie déjà la veille, j'avais pu pratiquer des exercices musclés : la patrouille de France, avec ses avions de chasse rasants et sifflant bruyamment dans notre ciel.
La violence sonore de ces passages à grande vitesse et basse altitude m'aurait jetée au sol, tétanisée telle le scarabée retourné, en d'autres temps, le temps d'avant l'appareillage.
Là, la stridence fulgurante m'était pénible, évidemment, mais, pour ce que j'en percevais, pas tellement plus que pour les autres, les "entendants".
Au soir, une petite fatigue acoustique me vrombissait dans le cervelet. Après une journée à la clientèle nombreuse, animée, aux chariots tressautant sur le bitume inégal, à un Philippe survolté, non, vraiment, c'était inespéré, et j'étais tout à fait satisfaite de mon équipement.
Quelques réglages vendredi continueront le perfectionnement de la compensation robotique.
Je progresse, je progresse...

Je n'ai pas revu la famille hérisson mise au jour vendredi, quand mon frère a charrié les balles de foin, pour les entreposer au grenier. La nouvelle récolte est annoncée, il faut faire la place.
Une mère et deux petits nichaient derrière la dernière balle. Surpris par le soudain grand jour, hébétés de se retrouver ainsi offerts à la vue, ils ont trottiné aux abris, derrière les panneaux de bois isolant la maçonnerie des balles de foin.
Nous les avons regardé faire, un peu attendris. Les chiens les ont vus aussi. Aïe !! Les petits étaient déjà armés d'épines et précédés de cette puanteur répulsive. Ils devraient repousser les assauts, je l'espère, du moins.

Les vaches à la rentrée le soir ont humé ces effluves putrides nappant le plancher du grenier investi par ce foin parfumé à la pestilence hérisson.
Comme je venais d'étrenner mes appareils acoustiques, ces souffles m'ont paru bien bruyants, plus inquiets qu'ils ne l'étaient en réalité.
J'entends mieux mes vaches respirer, happer leur foin, croquer le pain sec.
Je réinvestis les bruits de la ferme, les bruits de la rue, les bruits de la jardinerie.
Je réinvestis le plaisir d'une conversation à plusieurs, en dehors de celles en face à face.
Je redécouvre l'intensité des bruits de la nature, dépoussiérés de ce feutrage atténuant insidieux.

Vendredi, je retourne voir le spécialiste, pour les premiers réglages.
Je dois bien réciter ma leçon, récapituler les premières expériences, pour les lui donner en informations à traiter :

1/ le positionnement dans l'oreille, la profondeur, l'angle.
2/ le "jingle" départ, à peine perçu une seule fois. 
3/ le chuintement-provespan, l'hyper-perception de tout ce qui froisse, crisse, grésille en radiophonie
4/ le grand confort dans le bruit répercuté en échos, la meilleure perception de ces bruits et l'absence de gêne à les percevoir ensemble.
5/ la persistance de la difficulté au téléphone
6/ l'impression de ne pas avoir beaucoup gagné en perception de conversation face à face

Ce sera un bon point de départ. Nous peaufinerons ensemble par la suite.
L'audioprothésiste, c'est comme le dentiste : on sait quand on commence, jamais trop quand ça va finir...
Je ne suis pas pressée. L'important, c'est de se sentir dans la bonne voie, de progresser vers le meilleur.
Les journées sont magnifiques. La technologie est au point. La vieille carcasse se montre encore adaptable.
Alléluia !!













vendredi 18 mai 2018

18 mai



18 mai 2018 14h52

Le soleil est là, tout près, tout presque !! Celui-ci, il a l'art de se faire désirer !

La grande affaire du moment, pour moi, ce sont mes appareils audio phoniques.
Après les lunettes il y a deux ans, nous passons aux oreilles. Ca annonce une jolie décrépitude, mais bon, la technologie est là pour pallier la chute...

J'en suis à H plus 4.
Je suis étonnée du confort de ces petits robots miniatures. Je m'imaginais une certaine gêne, cette petite coque lovée derrière le pavillon sensible, cette liaison nylon glissée dans l'anfractuosité auriculaire. J'étais prête pour mieux entendre à souffrir un peu.
Et bien, là, j'oublie déjà que je suis appareillée, tant ces petites machines savent se fondre dans la masse. On ne les sent pas !
Quelques difficultés pour la mise en place : faut-il enfoncer davantage l'embout, l'insérer au fond tout au fond ?
Le petit fil thermoformé rebique : faut-il lui imposer un pli, ou bien le laisser gentiment prendre sa forme ?
La petite patte d'ancrage, elle, est facile à manipuler : si elle n'est pas en place, vling, un effet ressort tonique vous la met hors du lobe, tel le brin persillé de la tête de cochon sur l'étal du boucher.
Les branches des lunettes se posent douillettement sur les coques lisses et arrondies. C'est même plus confortable comme ça. Le plastique suave et caressant amortit la trop fine tige limite fil à couper le beurre.
Ma foi, je pense m'y faire. Je dois, m'y faire, et m'y ferai !

Pour l'acoustique, au final, c'est tout de même l'objectif premier, la restauration se fait par étapes progressives. J'entends au naturel un quart environ des sons. J'ai pourtant l'impression de m'en sortir, avec ce petit quart : c'est dire la capacité d'adaptation de notre vieille mécanique !
Si d'un coup d'un seul, on m'envoie dans le cornet la totalité du volume normal ambiant, je risque d'exploser ma pauvre membrane, de vriller les nerfs acoustiques gentiment assoupis en un réveil au sursaut dévastateur. Je n'ai pas besoin de ça !
Dieu merci, l'audioprothésiste est efficient, et il connaît son métier. Il a programmé le minuscule ordinateur pour compenser un poil ma perte auditive. J'y retourne la semaine prochaine, pour rajouter une tranche sonore à ma perception endormie. Un réveil en douceur, comme un baiser léger de prince charmant, pas une fanfare à plein régime parachutée au pied du lit..
Comme tout cela est bien pensé !

Cet homme d'aspect sec et tranchant, un tantinet incisif, serait donc capable de patience et de douceur : alléluia !!
L'homme est grand, mince, affûté d'une retenue un poil pincée. Pas un cheveu ne dépasse, pas un faux pli, pas un geste surnuméraire. Tout est circoncis dans l'espace et le temps, rien ne se perd en superflu. Efficace, 100 %. Ca me plaît !
Ce matin, au milieu de plusieurs appareils haute technologie aux surfaces parfaitement lisses, noires luisantes ou chromées, un peu intimidantes, voilà-t-il pas que l'homme de science me sort une haute cale en bois, oui, en bois brut, même pas trop poli. Ca alors, me suis-je dit, toute cette avancée de science fiction pour en revenir à ça ! Etonnant ! La matière brute et naturelle aurait donc encore son mot à dire ? je reprenais espoir en mes fondements.
Pas pour longtemps : la cale de bois servait uniquement de support à un haut-parleur gris et noir, plus dans le ton du reste, lui. Tiens donc... Cet homme devait avoir besoin de retrouver un contact plus charnel avec un élément mieux authentique, sans doute. Il aurait sûrement eu à portée un quelconque dispositif de résine anthracite, pour le même usage. Mais non, ce billot de bois lui allait, et ramenait un peu d'humanité dans tout ça.

Au bout d'une heure d'essayages et de réglages d'attaque, je suis sortie, audioprothésée.
La rue m'a parue bruyante, sonorement très animée. Les conversations dans les magasins longés pour rejoindre la voiture me sautaient au visage, reçues 5/5. Le claquement de la portière, le tic-tac du clignotant, le balai nylon du cantonnier sur le bitume, Ton John dans l'habitacle, tout était plus vif, plus coloré.
On ne se rend pas compte d'une perte progressive. On n'en mesure pas la décadence sournoise. Tout me parvenait atténué, feutré, lointain. Pour les bruits agressifs que je percevais par contre trop fort, le petit robot là encore me vient en rescousse. Il filtre, trie, écarte et autorise mieux que le meilleur videur de boîte de nuit.
Non, vraiment, je suis satisfaite.
L'investissement est conséquent, il est vrai, mais tout de même, là, ça en vaut la peine.
Comme le disait notre bon vieux Cavada, paix à son âme, "tou paye, oui, mais après, tranquillo, hé !". C'est ça, après, tranquillo.

J'entends les oiseaux chanter à tue-tête dans le figuier, j'entends mes frères parler autour de la table quand je suis dans le coin à l'évier, j'entends mes pas, j'entends l'opercule du pot de yaourt quand on le tire, j'entends un tracteur sans me demander si c'est l'orage qui gronde.
J'entends, j'entends mieux déjà, et entendrai mieux encore.

J'entends, et je comprends surtout que des soutiens se proposent à moi, des relais et des étais pour compenser mes défaillances.
Je n'étais pas trop accoutumée à ce confort là.
J'y goûte maintenant et ne m'en prive pas.

Vive la technologie et la science, vive la modernité et son confort.
Gardons aussi le bois, en support... 




mercredi 16 mai 2018

16 mai



16 mai 2018 14h52

Le soleil est presque là, pas tout à fait encore.
Une tiédeur dans le fond de l'air titille les impatiences. Les tracteurs vrombissent, la terre ourlée du labour se fait écraser en mottes encore grasses. La saison avance, les semis de maïs ne devraient pas tarder à se faire. Pourtant, la petite graine confiée à une terre fraîche lèvera moins bien, envoyant timidement ses radicelles sous elle. Le soleil quand il se montre a vite fait c'est vrai de réchauffer les premiers centimètres de croûte, d'impulser l'élan de vie. Un petit pari à prendre, la vie de paysan, soumise aux caprices de mère-nature, dans sa souveraineté implacable.

Nous espérons à la jardinerie la meilleure fin de semaine de la saison, un chiffre record. Lundi férié, le beau temps annoncé, la marchandise largement avancée, tout y est !
Pour le moment, ma pépinière tient gentiment la route, flirtant même avec les performances de l'année passée, saison exceptionnelle par sa météo optimale.
Nous verrons ça très vite, l'exercice tire à sa fin, avec notre inventaire fin juin.

Mes petites préoccupations prolétaires se livrent ici sans complexes. 
Ce bon vieux Ternet a démocratisé l'expression écrite. Nul besoin maintenant d'être grand clerc ou esprit élevé pour pouvoir noircir des pages, et les donner à lire. Ou pas !
Il y a de tout, par ici. De quoi faire bondir les puristes, les érudits, de quoi divertir, ou ennuyer à mourir. 
Un petit microcosme reflet de la diversité humaine s'expose, et chacun pour le coup y trouve sa place. J'aime bien cette latitude donnée à chacun. Personne n'est obligé à rien, même si la masse pollue le genre, noyant les pépites dans un magmas épais.
Et bien, à chacun de faire son tri, sa recherche, et ses trouvailles...

J'aime bien me faire la voix d'un petit monde sinon taciturne, ce monde paysan où l'on se méfie ataviquement de l'écrit, de cette science mal acquise, dans les temps où paysan signifiait sans éducation.
Les choses ont changé, sans doute. Pourtant il reste toujours quelque chose de ces vieux mécanismes de pensée, quand ils s'ancrent sur des siècles d'histoire.
La plupart de nos réflexes viennent bien de quelque part, même si nous n'en comprenons pas toujours les ressorts.
La plupart de nos idées sortent aussi de quelque chose, même si les rapprochements n'en sont pas transparents.

Tiens, mon lever de soleil derrière la pinède à la mitan du mois de mai.
Bon, d'accord,  je situai cette "pinède" à l'aplomb arrondi du bosquet d'acacia. 
Vendredi matin, dernier jour où le soleil a daigné se montrer à son lever, il a bien incendié pacifiquement les pins, de véritables pins, élevés, eux, à...oooh, une bonne centaine de mètres de là où je les plaçais, romanesquement.
Il y avait bien des pins, à la mitan du mois de mai, devant le soleil levant. Ah !
Les approximations ne sont qu'usures du temps, flous d'une perception distraite et facilement trompée.
Le fond est là, pas trop loin, s'y l'on veut bien s'y pencher.

Ces pins, je les ai aussi longtemps importés des Amériques, par les mains voyageuses de mon oncle Nicolas.
Alors, là encore, il faut trier : c'est bien Nicolas qui a planté ces pignes de pin, il y a plus d'un demi-siècle maintenant. Simplement, il les ramena des Hautes-Landes, où en ces temps les jeunes garçons trouvaient à s'employer, du côté de La-Bou-Aïre, comme disait mon grand-père paternel, pour Labouheyre. Cet y au milieu de la terminaison le rendait sûrement perplexe...

Il en va ainsi de tant de choses, le temps et l'usage floutant les contours et les images.
On y perd en précision, on y gagne en confort, cette latitude élargissant les possibles d'un passé sinon trop figé, comme un vieux vêtement souvent porté comprime moins.
L'interprétation dit mieux que la mémoire trop vive, allez !

On s'accroche ainsi à des lambeaux diffus d'idées plus ou moins fausses.
Avec mes théories obstinées sur la bienveillance et autres naïvetés nécessaires, je ne fais pas mieux. Mais je persiste !
Mon aveuglement volontaire se fait parfois piétiner.

Hier, une scène  tragique m'a montré le véritable visage de la mère nature que je voudrais croire protectrice.
Nature végétale, humaine ou animale, nature est nature et nature est parfois bien cruelle :

Notre chatte de la jardinerie, cette minette isabelle si jolie,
a hier dans l'après-midi,
surpris une grande sauterelle grise.

Egaré dans l'allée entre deux jauges de plantes hautes, 
le scarabée aux longues jambes pliées
cherchait un abri où se mettre.

Minette l'a trouvé là, bien visible sur le bitume bleuté.
L'insecte immobile s'aplatissait entre ses membres en flèches.
Peine perdue !

Minette le prit comme jeu, aplatie elle aussi au sol,
dans la posture du grand fauve à l'affût.
La sauterelle grise comprit le danger.

D'un bond désespéré, elle se jeta aussi loin qu'elle le pût :
Pas assez !
La chatte d'un coup de patte la retourna.

Elle lui brisa la cuisse, lui mordilla le flanc.
La sauterelle se traîna, incapable alors de sauter
Sa carapace grise se désarticulai
comme de la tôle froissée.

Minette s'amusait,
Minette la cruelle jouissait de cette horrible torture
qu'elle imposait à sa victime.

La scène durait, sans bruit,
rendant l'agonie de la grande sauterelle grise atroce.

Je m'approchai,
écrasai la grande sauterelle grise.
Le craquement sec sous mon pied me fût plus pénible encore
que l'horrible vision de cette mise à mort perverse.

Minette s'éloigna, mécontente,
privée de son jeu.

Je ramassai le grand insecte désarticulé pour le jeter.

Cette scène banale d'une incroyable violence silencieuse me rappela celle, dans la cour de la ferme, de la semaine dernière.

Nous revenions du potager, avec ma nièce et ses petits.
Bullou fourrageait dans le pied du jasmin étoilé. Elle en ressortit, un oisillon dans la gueule, et passa près de nous pour l'emporter. 
Je vis le bec en double triangle jaune grand ouvert au point de déchirure, sur un cri muet de terreur et de souffrance.
Je criai sur la chienne, elle lâcha sa proie. L'oisillon sonné tomba au sol, le ventre gros, sans plumes encore, complètement vulnérable. C'était un petit moinillon. Jeté d'un nid sous le toit, il avait atterri là, sans défense. 
Bullou ne se laissa pas longtemps détourner de son projet : elle happa de nouveau l'oisillon, et ses mâchoires serrées firent craquer le minuscule squelette, la petite tête ronde et chauve pendant maintenant sans vie.

Ainsi va la vie, ainsi va le monde, dans un ordre naturel où la cruauté et la force brute mordent à belles dents nos sensibleries humaines.
Dans un ordre naturel aussi, où la large feuille protège la fleur naissante, où le petit grain se gonfle de la chaleur solaire, et devient plante vigoureuse.
Dans un ordre naturel où l'énorme vache pousse d'un mufle précautionneux vers son pis son veau encore mouillé, où la grande jument brune laisse la biquette grimper sur son dos large et lui mordiller la crinière.

Je vais de ce pas la voir, tiens, la biquette, alléger son pis lourd et lui gratouiller l'entre-cornes.

Dans ce monde où je crois bien avoir raison de chercher la douceur, triant là encore, au milieu du reste, comme on le fait sur Ternet...

Ceci est la représentation d'une pensée en arborescence, où, une chose en amenant une autre, l'idée première se dilue en volutes et erre dans un espace  élargi.
C'est ma façon de penser, la trame de mon cerveau enflammé, où les cheminements se présentent en désordre. On s'égare un peu, on revient sur ses pas, on retombe sur ses pieds, ou pas !
Ma tête est un sous-bois plein de surprises...







lundi 14 mai 2018

14 mai



14mai 2018 17h54

Retour de promenade.
Un vent froid pour la saison vous transpercerait, quand le soleil se laisse passer les nuages devant.
J'ai soulagé la jolie biquette blanche de son lait. Son fils n'en veut plus. Elle, elle en produit encore. Hélène la semaine dernière n'avait pas pu supporter la vue de ce pis tendu à craquer (en plus de celle du veau à tuer, pauvrinette...) : nous étions intervenues. Pour le coup, je me suis sentie obligée de continuer, puisque l'avoir traite une fois et l'abandonner ensuite ne rimait à rien.
Aujourd'hui, elle est parfaitement assouplie du côté droit, le gauche restant encore tendu, mais bien moins qu'avant. Nous sommes elle et moi sur la bonne voie. Elle est toute douce, cette petite, se laissant faire sans trop bouger. Quand j'ai terminé, je la laisse aller, et elle reste là, près de moi, babillant en silence contre ma paume ses lèvres souples.

Joseph-Louis demandait après son chien. Il a retrouvé la chaîne décrochée, et cherche son animal, ce chien de berger, son assistant et compagnon. Quelque malotru l'aura pris, je ne vois pas comment sinon la chaîne intacte se serait détachée. Il est en ce bas monde des gens bien plus chiens que nos bons chiens...

Le temps est très incertain, entre belles éclaircies rayonnantes, et averses drues sous les coups de vent. C'est plutôt désagréable.
J'ai tout de même réussi à peindre le balcon et la descente d'escaliers, ici. Le rosier grimpant rouge est sur le point de fleurir, tendant ses bouquets de boutons gonflés en offrandes fragiles et précieuses. Ce serait pitié de le sabrer maintenant ! J'attendrai pour terminer les barreaux une époque où mon rosier se fera moins envahissant.
Le vert, nouveauté par rapport au blanc d'avant, rend une profondeur soutenue par le blanc derrière. Ici, on tranche, on ne souligne pas, comme dans la cuisine en bas où le gris acier accompagne galamment le gris beige, plus chaleureux. Pas d'opposition, une cohabitation respectueuse et synergique. Toujours d'après mon œil très bienveillant, bien-sûr !
Je suis à fond peinture, ces temps-ci.
Je me souviens comment pour mon frère le signal des périodes fastes était le tracteur, le vrombissement énervé d'un moteur poussé à plein régime.
Pour d'autres, ce seront les crises de boulimie, ces kilos gagnés et perdus au fil des moments fluctuants.
Pour moi, c'est le pinceau, enfin, la peinture. Les couleurs, les rénovations superficielles mais bien visibles. ces choses manuelles gratifiantes et immédiatement appréciables. Le chuintement d'un rouleau glissant sur une surface terne, ce passage fluide où l'après n'a plus rien à voir avec l'avant. l'avènement facile d'une ère nouvelle et lumineuse, colorée, coloriée. je suis restée une vieille enfant dans l'âme...

Dans un registre cousin, chaque passage dans l'étable est une bouffée d'admiration : admiration pour mon grand mari, rapide et adroit de ses mains. Il a posé ce long râtelier de main de maître. Nous étions avec mes frères ses manœuvres. Le travail s'est fait fluidement, dans l'entrain et la bonne humeur.
Nous sommes très fiers de nous. Contents de cet ouvrage là encore fondu dans le reste, introduit respectueusement et sans déranger l'habitant. 
Je pensais mes belles plus capricieuses. Je croyais qu'elles me feraient quelques simagrées, à la rentrée, le soir. Pas du tout ! Elles se sont gentiment présentées  à leur place, humant la nouveauté, avec curiosité mais sans inquiétude. Beltza et Rubita ont juste décidé d'intervertir leurs places, comme ça, histoire de marquer l'innovation.

J'aime ces petits projets modestes et prenants.
J'aime les réaliser avec les miens. J'aime notre contentement collégial.
Toujours, une petite amélioration ici ou là nous donne cette impression d'avancer, vers le mieux. Impression illusoire et aveuglée, mais impression indispensable à nourrir la joie de vivre.

Je vais préparer le dîner. Préparer une jolie soirée. Restaurer et entretenir sans relâche ce bien-être tellement agréable...

dimanche 13 mai 2018

13 mai



13 mai 2018 14h13

vendredi matin, lever du soleil au mitan de la vraie pinède, bien à gauche de la mienne...





L'étable, vieille et fatiguée.
Mes bêtes, jeunes et en pleine forme, têtes à l'ouest;

Ce matin dimanche, opération râtelier !
Tout le monde s'y met :





Et le résultat est là !




Je me méfie des images montrées.
Je préfère les mots, maintenant. Quand ça dit, avant de donner à voir.

Pourtant, par moments, c'est bien, aussi...

mercredi 9 mai 2018

9 mai


9 mai 2018 9h30

La grisaille repose, quand elle ne s'invite pas sur trop de journées consécutives.
Hier, j'ai eu froid, à la jardinerie. L'activité du jour consistait essentiellement en l'étiquetage de l'arrivage de plantes méditerranéennes. Rien de très physique, station debout figée, torsions inconfortables pour apposer correctement la bande adhésive d'identification sur les plantes serrées. Tout cela rend ensuite un très bel effet, bien disposé dans les jauges, généreusement déployé et bien lisible pour la clientèle. Cette étape, après celle du déchargement, n'est pas la plus séduisante, mais il faut bien en passer par là !

Demain, j'aurai la meilleure partie, la présentation, l'affichage... et la vente !

Puisque je n'étais pas intellectuellement trop sollicitée par mon travail, je réfléchissais à mes tribulations dernières. Cette fois-ci, je ne tournai pas en boucle comme le papillon se jetant sans cesse sur la lampe, et s'y brûlant les ailes.
Non, ma visée était bien plus constructive. J'examinai tout ça, en tâchant d'en retirer des enseignements profitables.
Je n'ai rien découvert de bien inédit, juste posé et conforté mes bases.

J'ai déjà évoqué ici ou là les conclusions de Lise Bourbeau, encore une fois, je ne suis pas sûre du patronyme exact. Elle avançait un enchaînement qui m'avait laissée perplexe, à l'époque.
Elle conseillait de savoir repérer chez les autres les blessures derrière les postures, de dépolluer les réactions agressives ou négatives à la lecture de cette grille plus bienveillante. Ainsi, la réaction-retour, spontanément mauvaise elle aussi, mutait en une réponse bien plus favorable à un échange apaisé et constructif.
La continuation bénéfique de cette attitude amour et paix, serait de mettre cette même compréhension à son propre service.
Bénéfique pour soi, j'entends, puisque le bénéfice pour l'autre se conçoit aisément. Quand on a tout de même l'impression qu'une bonne répartie cinglante comme défense à une petite attaque mesquine vous libère bien mieux qu'une compréhension paisible et pacifique.
Ainsi, on détecte avec acuité et lucidité ses propres blessures, derrière ses réactions exacerbées, et la bienveillance offerte à autrui se partage aussi à soi-même.

J'avais l'impression, en première lecture, d'être tout à fait bienveillante pour moi-même, me pardonnant aisément ce que je reprochai aux autres. 
Erreur... Je m'étonne aujourd'hui de cette culpabilité exigeante nourrie dans mon tréfonds. 
Non seulement ses propres blessures se masquent habilement, et on se les cache à soi-même bien mieux qu'aux autres, pour lesquelles elles sont assez vite visibles.
Pas de blessure identifiée, pas de protection mise en marche, pas d'alarme, et la chair boursouflée en inflammation offerte sans défense aux morsures. Une douleur vive, trop vive, et une réaction vive elle aussi, trop vive.
Très mauvais, ça, très, très mauvais !

Ici intervient le sain enchaînement à la Lise : on est clairvoyant pour les autres, puis, par contagion, clairvoyant pour soi-même. Bienveillant pour les autres d'abord, puis, toujours pareil, bienveillant pour soi-même, ensuite.

Je me targue, encore maintenant, de mon côté direct et franc. Les fourberies chez les autres me restent insupportables. J'y réagis spontanément en montant en épingles le moindre incident où cette fourberie intervient.
Pourquoi ? D'où vient cette réponse vive à un stimulus donné ?
Je relis Lise, je reprends son schémas, et là,... oui, là...ah ! je vois.

Cette fourberie, cette capacité de manigance, de calcul, je la déteste et la réprouve, oui, comme le vilain masque qu'elle est... chez moi, d'abord et avant tout.
On ne se sert pas de méthodes retorses, si on peut faire autrement. Je ne suis pas la seule grande pensante à avoir remarqué combien il est plus facile et confortable de faire confiance, d'avancer dans la lumière, sans se lester de manœuvres tortueuses.
Je ne suis pas non plus la seule à avoir remarqué que cette clarté et cette franchise sont parfois contre productives, et mènent à l'effet inverse de celui escompté. Au lieu d'avancer à grands pas tranquilles, on se bute contre un mur, ça bloque, et ça grippe.

Je ne dois pas non plus être la seule à refuser de voir cette petite bête noire nichée au fond de moi. Pas la seule à ne pas en être fière, à en avoir honte, même. 
Je masque les fissures de mes murs derrière des fleurs. Les fleurs, c'est sûr, c'est plus joli qu'une fissure. Pourtant, les fleurs peintes, c'est sûr aussi, ça ne la répare pas, la fissure. Elle reste là, cachée, bien ou mal, derrière, et continue son travail de fissure à bas-bruit.
Je sais mes fleurs jetées là en leurres. Je sais la fissure derrière. Cette science, cette conscience, est saine et m'évitera de grosses déceptions, quand mes fleurs se craquèleront lamentablement.

Je ne sais pas toujours garder en tête ma propre capacité à la fourberie, ma propre adresse à manier cette méchanceté mesquine. Je ne sais pas toujours repérer dans ces stratagèmes fatigants et peu flatteurs le masque de mes propres blessures.
On tourne vite en rond dans ces mécanismes alambiqués de nos circonvolutions mentales.
Il  faut des Lises et du temps pour démêler ces écheveaux serrés en nœuds.

J'ai été, et serai encore à l'occasion, tout à fait capable de manier la perfidie, l'ironie.
J'ai été, et serai encore à l'occasion, tout à fait capable de manigancer, calculer, échafauder des combinaisons compliquées et tortueuses, pour arriver à mes fins.
J'ai pour moi des armes bien affûtées, une bonne connaissance de la nature humaine, sans vouloir me vanter, un maniement avéré des mots, et de leur force. Ces atouts, je les utilise bien, et pas toujours dans des visées honorables.

Je le sais. Je dois surtout savoir que ces agissements sont des masques, des leurres. Qu'il ne faut pas se laisser prendre à leurs grimaces, tendues en trompe l'œil, comme mes fleurs jetées sur les murs.
Je dois identifier la faille derrière, et, si je ne peux pas la réparer, au moins la préserver au mieux, éviter qu'elle ne me fende en deux.

En combinant ce savant et patient chemin, en en plaçant méticuleusement les pierres, j'ai reconstitué une trajectoire bien plus claire, mieux tracée vers une clairière ouverte au soleil.

Je suis finalement bien contente de ma journée d'hier.
Il faisait un peu froid, la pluie fine gouttant sur mes lunettes troublait ma vision, j'étais courbatue par les stations prolongées. Pourtant, au soir, je me sentais bien, éclaircie et allégée.

J'essaie de simplifier au mieux les propos de Lise la savante.
J'ai du mal à condenser mieux que je ne le fais ici.

C'est que c'est compliqué, la nature humaine. C'est qu'elle est compliquée, la mienne.
Passionnante aussi, avec ses mystères et ses trouvailles.

Finalement, entre une plage étale de sable blanc bien lisse et un sous-bois aux ronces enchevêtrées, et aux taillis imprévisibles, je crois bien qu'en promenade, je préfèrerais le second. Comme ça, par goût.
C'est plus facile et moins risqué peut-être de fouler le sable plat.
Plus captivant et plein de surprises quand-même de se confronter à ses ombres et à sa lumière, ensuite.



mardi 8 mai 2018

8 mai



8 mai 2018 8h50

Encore un de ces fériés de mai. la jardinerie ouvre à 10h.
J'ai pris la latitude d'une vingtaine de minutes de battement, mais, au delà, je me serais sentie trop décalée !

Je suis un peu bousculée ces derniers jours par des remugles d'amertume.
Entre l'algarade de samedi matin, et la contrariété d'hier en fin d'après-midi, j'ai du mal, moi la ruminante exacerbée, à évacuer au fur et à mesure ces "zondes négatives".
Je suis suffisamment renseignée sur mon fonctionnement mental maintenant pour savoir le poison de ces ruminations. L'idée tourne en rond dans votre tête, elle s'accélère en boucles de plus en plus rapides, et vous entraîne dans une spirale descendante.

Fi ! Fi ! Fi ! de ces tourbillons là ! Je dois privilégier ceux qui montent, s'évasent et s'élargissent en horizons grands ouverts. Comme ce n'est pas dans ma nature fondamentale, je dois distordre ce pli, le redresser, comme on tire une branche tordue en la tuteurant pour la ramener dans le bon axe. La traction doit être suffisamment forte pour être efficace, pas trop pour ne pas casser la branche anarchique. 
Ce n'est pas le but : elle est utile cette branche, elle fait partie de l'ossature et peut contribuer à son équilibre, aussi.

Je ne manque pas de sujets de satisfaction, pour m'y accrocher ferme, y maintenir ma lumière et l'y alimenter.
Hier, la visite de mon amie Hélène a été un petit joyau précieux. Le grand soleil chaud, des bavardages, des rires, toute notre amitié de presque trente ans font contrepoids avantageux à la seule petite ombre de la journée.

En la personne certes imposante mais pas centrale dans mon paysage de B; (Encore ces précautions un peu ridicules, transparentes pour les intéressés, et complètement inutiles pour les autres).
Ce B est un éleveur amateur dans mon genre. Enfin, dans mon genre d'avant. Lui continue, peut-être par nécessité ou plutôt sans doute par idéologie, à vouloir rentabiliser ses quelques vaches. Il veut comme prétexte à son goût pour cette activité paysanne, vendre des veaux, au meilleur prix.
Comme je le faisais il y a encore peu, il fait abattre ses bêtes à la maison, pour s'épargner les frais d'abattoir. Sauf que de maison pour la tuerie, il n'en a pas.
Pour lui rendre service, par amitié pour ce garçon partageant mes intérêts bovins, je lui cède ma cour de ferme, le temps de l'opération.
Pour les premières tueries, il m'avertissait des mois à l'avance, prenant moults précautions et délicatesses. Il ne voulait pas déranger : arriver avec un veau à tuer, souvent chiasseux de peur, le boucher, le sang à flots, les meuglements déchirants pour des âmes sensibles comme moi, ce n'est pas non plus comme déposer un petit colis ou amener une machine muette et inerte.
Au fur et à mesure, ce garçon a pris de l'aplomb, et il se sent sûrement maintenant autorisé à faire à la ferme comme chez lui. C'est une preuve de confiance et je suis contente de l'avoir mis si à l'aise. 

Cet homme joue beaucoup sur un statut de victime, se plaignant souvent de ses difficultés, de son courage à maintenir une activité paysanne dans un environnement qui l'est de moins en moins. Je déplore comme lui cette tendance à l'urbanisation, mais bon, il n'est pas non plus obligé de s'accrocher coûte que coûte, éparpillant son élevage sur quatre ou cinq points, et en rendant de fait la tenue un tantinet compliquée.

Moi, je me fais plaisir et je continue, j'ai choisi de ne plus m'encombrer du prétexte d'une rentabilité illusoire. J'ai la chance d'avoir les meilleures conditions pour le faire. 
C'est sûrement injuste, mais la vie l'est injuste, on le sait.

Hier en milieu d'après-midi, B arrive, avec son veau à tuer.
J'étais prévenue de la veille. Pas trop de délai pour décaler la visite d'Hélène, prévue elle depuis le vendredi.
Je ne reçois mon amie que deux ou trois fois dans l'année. Je la sais sensible à la cause animale, et évite de lui imposer le désagrément d'une scène violente, les rares fois où elle est présente à la ferme.
Là, pour le coup, avec les appels poignants de ce pauvre veau encagé,  la perspective d'appels plus poignants encore au moment où on le tire de là pour lui planter le poinçon en plein front, le sang de l'égorgement, la bête suspendue, encore agitée de soubresauts nerveux, la viscère encore fumante répandue comme la lave d'un volcan vivant, ça faisait beaucoup pour elle !

J'étais plus ou moins coincée entre le fait de ne pas vouloir reporter B au dernier moment, de l'embarrasser, lui et le boucher, une connaissance appréciée, en plus, par une sensiblerie dont je me sens encore un peu coupable, même si je la revendique maintenant mieux, et mon envie de faire une jolie journée à mon amie.
Même si B, lui,  ne s'était pas privé de me mettre devant le fait accompli, 
Je n'aime pas, être coincée. Surtout être coincée à cause d'autres; j'aime beaucoup ce B, certes, mais mon affection pour lui ne va pas au-delà de celle pour mon amie, et pour moi-même !

Résultat des courses, là encore, une pointe d'agressivité difficile à arrondir, Hélène bousculée de partir avant le moment prévu, une belle journée écourtée.
Une rumination supplémentaire, pour moi, à peine remise de la précédente...

Enfin, l'exercice m'est salutaire, l'entraînement sûrement profitable.

C'est aujourd'hui jour d'armistice, jour de pardon et d'oubli.
Les mêmes qui se tiraient dessus devraient se serrer la main, au lendemain.
Humm... pas facile, ça, non, pas facile...
Deux trois générations après, peut-être ?


A l'aulne d'une vie humaine, 73 ans, c'est beaucoup. Pas assez pourtant pour oublier la souffrance de ses aïeux, dont certains vivent encore, et doivent avoir beaucoup de mal à oublier, justement.
La souffrance  et la colère ne sont pas bonnes conseillères, dit-on. La rancune use davantage celui qui la nourrit que celui qu'elle vise.
J'y pense, j'essaie de garder ça en première ligne dans ma petite tête échauffée.
Je n'y arrive pas tout à fait encore. Je ne désespère pas, allez !



Même jour 14h10

La matinée m'a lavée de mes bouillonnements fétides.
Nous pratiquons la fermeture au déjeuner, toujours jours fériés obligent.

De belles ventes encore, des clients agréables et divertissants.
Je sors de ma sieste, après un déjeuner où nous avons bien ri, avec mes jeunes collègues, au détriment des absents, évidemment !
Cette tendance à s'amuser de méchancetés n'est pas bien honorable, mais tellement répandue...

Je vois bien la perfidie de mes écrits : je déverse ici un peu de fiel, m'en libérant sainement, oui, mais le laissant aussi filer avec une certaine sournoiserie. 
Je ne suis pas meilleure que les autres, je le sais. pas plus mauvaise non plus. Quand mes habituels se dégorgent entre eux, et tout près de moi, de leurs sanies, je les étale autrement. 
Je suis peut-être lue de certaines de mes connaissances. Je suis désolée, un peu, si je blesse ceux qui m'ont contrariée en me défendant par ces biais, moi soi disant franche et directe ! Je suis presque sûre aussi qu'ils me rendent la pareille, essaimant dans ma petite sphère des vilenies à peine moins méchantes.

Moi, mes mots trouvent davantage preneurs dans les contrées éloignées de la Nord-Amérique. Là-bas, mes bassesses amusent et divertissent suffisamment pour susciter un petit intérêt dont je ne suis pas peu fière.

Pour ceux d'ici, que j'intéresse aussi, si leur intérêt est bienveillant, je leur en sais gré et les remercie sincèrement.
Pour ceux que j'intéresse en se demandant seulement si je parle d'eux, qu'ils en soient satisfaits : parlez de moi, dit-on, parlez-en en bien ou parlez-en en mal, mais parlez-en !
Pour ceux que j'égratigne, qu'ils se disent au moins que je pense à eux, et que mes coups de griffe sont encore des marques presque affectives.
Et pour ceux enfin qui m'ont oubliée, qu'ils continuent, et n'en souffrent pas, puisqu'ils ne les lisent pas !

Pour moi, quand je me relis, mes meilleurs sentiments et salutations distinguées...









dimanche 6 mai 2018

6 mai



6 mai 2018 9h30

Un bien beau dimanche matin, ensoleillé, clair et pur. Enfin!!
Ces dimanches du mois de mai où communions, confirmations, baptêmes, mariages religieux et autres cérémonies chrétiennes, dans le désordre de leur survenue dans une vie, font contrepoint à des fêtes païennes, du travail, de l'armistice, des mères, mêlant joliment le spirituel, le guerrier, le social, en un canevas plus hétéroclite encore que mes mosaïques, sont souvent festifs.
Par d'aussi belles journées, ces réunions célèbrent un culte bien plus ancien et profond, celui d'une renaissance, de l'avènement des beaux jours, de l'adoration à un soleil bienfaisant et pas encore écrasant.
Nous allons faire ça à notre manière, à la ferme, avec Olivier, encore et toujours autour de nos plantations et aménagements. Le râtelier est prêt à être posé : dimanche prochain, sauf contretemps, nous attaquons ! Olivier a préféré s'y mettre un dimanche où je travaille. A croire que ma présence ne l'aide pas trop... je me demande bien pourquoi !
Au soir, à la rentrée, j'aurai la joie d'admirer ce râtelier tout neuf, posé respectueusement, en harmonie avec l'habitat, matières nobles et travail artisanal.

La petite fébrilité printanière fait des siennes partout. A la jardinerie particulièrement, où nos plantes et fleurs exultent en pousses et couleurs, l'ambiance est presque fiévreuse. Tonique, aiguisée, tendue, par moments.
Hier matin, la petite crispation évitée l'autre jour nous a presque explosé à la face; une mise au point pointue nous a menés dans des contrées hérissées. De ces contrées trop tumultueuses où rien de bon ne se fait, d'où il vaut mieux vite vite s'expatrier.
Je n'y ai pas eu l'adresse du jeudi, et mes collègues n'ont pas su prendre mon relais.
Comme au billard, où les coups déviés s'enchaînent en stratégies politiques alambiquées, l'un a pris l'autre à partie, soupçonnant un influx du troisième. Le troisième évidemment s'étant abrité derrière le deuxième, il a fallu aller le débusquer dans son repaire. L'en extirper, lui, adroit aussi à s'y cacher, a provoqué une réaction vive. La dite réaction amenant une contre réaction toute aussi musclée.
Résultat des courses, rien de plus, une montée en nerfs fatigante et stérile.

En bons professionnels, à l'ouverture du magasin, passant le portail de la réception, lieu du pugilat, tout le monde a repris son rôle, souriant mécaniquement aux clients déjà présents.
Chacun a remis dans sa besace ses récriminations, justifiées ou pas, fondées ou non.
En d'autres temps, j'aurais harcelé les belligérants tout au long de la journée, ressassant avec hargne mes meilleurs arguments, et les tirant comme des flèches tous azimuts.
Là, au moins, même si je n'ai pas eu la sagesse au départ de désamorcer la petite mine sans avoir à la dégoupiller, j'ai quand même fait taire mes ruminations, les reléguant en mon for intérieur, faute de pouvoir les y oublier. les échanges courtois et quelques signaux de paix de parts et d'autres ont créé suffisamment l'illusion, pour que chacun puisse reprendre le cours de ses relations professionnelles aux autres, sans plus de dommages à venir. C'est déjà bien, allez !

La journée a été bonne, le chiffre à l'avenant.
Pour cette petite altercation désagréable, beaucoup de satisfactions parallèles.
Olivier a joué le confesseur au soir, continuant le sain travail d'expulsion. 
Je dois libérer mes émotions, c'est une nécessité thérapeutique, dans ma configuration mentale.
Comme il est improductif et inefficace de le faire en franc, selon ma nature, en confrontation directe et faciale, je dois biaiser, moi aussi, comme les autres.
C'est une stratégie politique que je comprends, je suis capable d'en démonter les mécanismes. Les enchaînements de ces méthodes indirectes et sournoises ne me sont pas inconnus.
Je ne les pratique qu'en cas de force majeure, contrainte et mal à l'aise.
Je ne peux pas demander à tous mes contemporains de partager mes préférences. Je dois m'adapter à eux ; ils s'adaptent bien à moi !

Ces petites roublardises me font penser au jeu de billard : les coups les plus tordus sont les plus admirés !
Attaque au centre, coulé, coup naturel et autres coups fourrés (!), plus le chemin est long, plus la boule doit percuter d'autres boules et rebondir sur les bandes pour finalement atteindre son but, mieux c'est !

Je reste quand même persuadée que le plus court chemin d'un point à un autre reste la ligne droite. La franchise, le coup direct, me paraissent moins fatigants, plus simples.
Je dois l'être trop, simple, parfois, simplette ?
Non pourtant, je n'ai pas cette impression... Me trompe-je ?
Peut-être... et peut-être pas !

vendredi 4 mai 2018

4 mai



Vendredi 4 mai 2018 15h19

Aaaahhh !!!
Que de superlatifs en ponctuation...

C'est ce grand soleil, cette bénédiction enfin de retour. Ca vous fouette le sang et vous titille les ardeurs ! Je n'ai en ce moment pas besoin de grand chose pour m'enflammer, alors là, évidemment, je prendrais vite feu...
Je suis à la ferme aujourd'hui, à œuvrer en extérieurs toutes. Pelouse tondue tel le golf de Fontarrabie, potées fleuries nettoyées à la pince à épiler, rafraîchissement du blanc sur les contours de la terrasse au dessus du grenier. 
Je vais tout à l'heure promener avec la jeune génération, aspirer par toutes les pores ces rayons solaires printaniers. Tout exulte, et moi avec.

A la jardinerie, cette ferveur se sent aussi. Je ne suis pas la seule à exsuder les frémissements de la nature en presque ébullition. Je m'en inquiéterais plus vivement, sinon !
Les collègues sont eux aussi ardents et enfiévrés d'une tension joyeuse. Enfin, certains, pas tous. Il en est de bien placides, insensibles et imperméables aux variations climatiques, aux flux ou reflux d'activités, dupliquant du 1er janvier au 31 décembre la même cadence débonnaire.
Il faut de tout pour faire un monde, ça tombe bien, il est dans le genre humain des spécimens bien différents.

Je tiens le cap, plus confiante maintenant de cette période passée haut la main. Je ne fanfaronne pas, trop occupée à maintenir l'acquis.
Un exercice assidu et exigeant.

Philippe me faisait une remarque acidulée hier, quand je lui demandai de remonter à l'étage un document quelconque, pour m'éviter la peine d'une volée de marches. Il est de ceux pour qui les variations excitent une frénésie toujours latente. Peu de choses le fait bondir, et son agitation n'a pas toujours l'effet escompté : au lieu de propager par ondes sa fébrilité, accélérant les rythmes environnants, il donnerait un tournis improductif et même, contraire, à la bonne marche de la boutique.
Je lui faisais en usant de toute la diplomatie dont je suis capable (ce qui ne fait pas, je le concède, bien lourd), cette pertinente remarque. Il réagit à sa manière suave et politique, en me rétorquant qu'un peu d'exercice supplémentaire me raffermirait le fessier...
Sont-ce des choses à dire à une quinquagénaire avancée, ménopausée, un peu hystérique et sur le retour d'une fraîcheur perdue ?
Non, vraiment, il est des sorties dont on se passerait bien ! Si encore elles allègent la montée de fiel d'âmes chagrines et torturées, passe encore. Cela se peut supporter dans un esprit charitable de bienfait pour son voisin.

Pour me persuader de cette hypothèse positive, me vint à l'esprit cette image de canaris se balançant sans repos sur leurs perchoirs oscillants : je me sens un peu comme eux, tâchant pour retrouver un semblant de stabilité de rectifier tout le temps mon axe vertical vacillant. C'est un travail discret mais très exigeant sur les orteils, les mollets, les cuisses et les fesses, justement. J'imagine aussi la partie buste engagée dans la bataille. En gros, l'ensemble de ma musculature est mise à rude épreuve, à chacune de mes stations debout, c'est-à-dire plus des trois-quarts de mon temps d'éveil.
Cette tension musculaire constante a ceci de bon qu'elle tonifie les chairs à tendance relâchée à cette époque de mon parcours féminin.
Les canaris pourraient rester tranquillement dans le fond de leurs cages, mieux au repos. L'exercice qu'ils s'imposent en compensant les balancements de leurs perchoirs ne les sert pas terriblement : on dit bien pour quelqu'un ayant des jambes en allumettes qu'il a des mollets de canaris ! (Sic ma belle-fille, parlant de son père...)
Les canaris ne sont pas des poulets, on ne consomme pas leurs cuisses. Tant d'efforts, pour rien, alors...
L'atavisme ne se commande ni ne se dresse : la canari est un oiseau, et l'oiseau sait son salut en haut. S'il a des ailes, c'est bien pour s'élever, pas pour se traîner par terre, proie trop facile de tous les prédateurs terrestres à l'affût. Le mettre en cage, hors de portée des chats, ne lui enlève pas cette idée bien enracinée dans sa petite tête d'oiseau. Il s'y tient, et se raccroche, comme il le peut, aux branches. La SPA devrait interdire ces perchoirs suspendus, instruments de torture silencieuse pour ces pauvres oiseaux encagés. A l'occasion, je lui en parlerai.

Moi, mon salut est dans le parti-pris définitif de regarder le bon côté des choses.
Le cerveau paraît-il fait voisines les sphères où l'on évalue les signaux de façon positive, et celles où on broie du noir aux mêmes perceptions. L'information se présente, et, à l'aiguillage, elle se fourvoie dans les contrées grises, ou s'élance toute guillerette vers la lumière colorée.
Ce petit croisement est tout petit, petit, subtil, et facile à rater. J'essaie de le signaler au mieux, d'y apposer des panneaux lumineux suffisants à envoyer le train sur les bons rails.
Ca aussi, c'est un travail. En plus de ma fibre musculaire sur-sollicitée, mes synapses neuroniques sont eux aussi tenus en condition.
A ce prix, j'espère gagner, non pas le ciel, mais, au moins, une jolie petite île, tranquille et verdoyante.

Philippe a bien voulu rire de mes analogies fantasques, et ce qui aurait pu dégénérer en échange aigri et stérile, a fini en éclats joyeux et libérateurs, pour tous.

Là aussi, l'aiguillage était étroit, et la mauvaise option toute proche.
Ca tient à peu, tout ça. A presque rien. Ca mérite d'autant plus qu'on se donne la peine de s'y exercer.




mercredi 2 mai 2018

2 mai



Mercredi 2 mai 2018 16h04

Aïe ! Je comptais sur une après-midi ensoleillée pour mes rattrapages de peinture.
Ca a failli arriver : le soleil perçait derrière le rideau de nuages, ses rayons cueillaient, de plus en plus péremptoires, les pans de murs et les bosquets fleuris d'acacias.

Malurosli, comme diraient les anglais, cela fût, et n'est plus. Pour rester dans la touche polyglotte : "estos tiempos fuéron !"
Je ne veux plus me perdre en lamentelles. Je prends ce qu'on me donne, avec gratitude, et m'interdit de convoiter le reste, du coin d'un œil torve.

J'ai pu dans la matinée peinturlurer ici et là, ça ira comme ça.

Mère-Rhune attend placidement le bon vouloir de son Bel-Astre capricieux de fils :





Il s'est éloigné, au delà de ma fameuse pinède d'acacias !
Bah ! il se souviendra, oui, et reviendra...

Je fais pareil, captant les rais lumineux quand ils daignent pointer leurs doigts jusqu'à moi :





J'ai pu avoir un aperçu éclairé de la ramure large et généreuse de mon œuvre dernière. Pour une image complète, j'attendrai, puisqu'il le faut.

Sans m'impatienter, j'ai peaufiné l'entrée du grenier. J'avais en tête de reprendre la tranche du balcon, toujours salie des gouttières d'eaux sinuant entre les dalles au sol. Mon pot de peinture verte à la main, pinceau levé, j'ai considéré mes simili-marguerites :



Elles me plaisaient déjà, telles qu'elles.
Pourtant, un flou, une dérive, me chiffonnaient un peu. Ca ne manque pas de mouvement, l'énergie et l'allant y sont, oui. Les fleurs pâlottes, les contours timides des pétales étoilées, là, c'est plus mou, moins enlevé.
L'intuition m'est venue comme viennent les idées, sans trop s'annoncer.
J'ai approché le mur, lorgné la fleur... et 



réparé l'erreur !

Entretemps, le soleil m'avait abandonnée.
L'effet en est tout affadi. 
Derrière le gris, au delà du terne, j'imagine mes deux images mêlées, les dorures animées de la première et les étoiles toniques et jaillissantes de la seconde.
Je verrais ça comme une surprise, un soir, en rentrant de la jardinerie. Tout à l'heure, peut-être même, au retour de la promenade, déjà.
Je verrai ça, et même, sans le voir, je l'imagine et en retire par anticipation un plaisir vif et sûr.

Mon pot de dorure touche à sa fin. Mes peintures murales feront de même.
Je m'y suis bien amusée. 
Je verrai bien comment tout ça vieillit. Et puis, si une nouvelle lubie me prend, si mes similis marguerites ne me séduisent plus, je changerai, je ne suis pas en peine !

En attendant, je vais avec les chiens longer les chemins creux étrécis des taillis gonflés de sève. Arrivée sur une hauteur, regarder au loin les volumes drus des arbres serrés en silhouettes pressées. Les verts tendres des feuillus tardifs, ceux plus soutenus des chênes du pays, déjà aguerris, les blanches grappes ployées des acacias.

Je vais me régaler de mes paysages familiers et en sentir la force et la beauté.
M'en imprégner et revenir, comme d'un voyage lointain.
Espérer le retour du soleil chaud sur la peau, sans impatience ni aigreur. Il reviendra, et me fera alors oublier ses manques de maintenant.

Ah tiens, en parlant de manque : le nom qui me manquait, justement, la dernière fois. Ce Gérard pas du tout Arnouilh, non. Garouste, voilà, Gérard Garouste. Il y a bien peu de chances que cet homme tombe sur mes manques, aussi, il n'en souffrira pas. Moi, l'avoir retrouvé me rassure, comme on se satisfait de remettre la main sur un vieux bibelot fourragé au fond d'une armoire. On n'en a pas spécialement besoin, aussi bien, on le jettera.
Le savoir par là, quelque part, tout près, et ne pas mettre la main dessus, c'est quand-même agaçant.
Ces petites choses qui nous échappent nous narguent malicieusement. Titillent et pincent à l'orée de nos quotidiens, sans que l'on puisse en écarter la gêne. Mettre la main dessus, ce n'est pas que ça avance beaucoup, mais bon, ça débarrasse !






mardi 1 mai 2018

30 avril



Lundi 30 avril 15h40

Non, non, je ne fais pas des siestes de plus en plus longues !
Mon sommeil de nuit est maintenant parfaitement récupérateur, et je n'ai plus besoin de grappiller des moments de repos volés à une tension toujours en alerte. Je suis maintenant tout à fait détendue, suffisamment tonique pour les coups de collier à la jardinerie, où la seconde partie du mois concentre une activité soutenue. Nous ne rattraperons pas tout le retard, loin de là, mais au moins, nous avons la satisfaction de faire carton plein dès que le temps se met de notre côté.
Je me couche le soir contente de la journée, des jolies ventes, des clients satisfaits. Quelques courbatures et tiraillements musculaires parlent d'une saine fatigue, d'une fatigue naturelle et naturellement ressentie.
Quand je pense aux tristes mois d'avril (pour moi !) des deux années précédentes, mon bien-être se prélasse de la comparaison comme une vieille chatte dans un lit défait encore chaud.

En ce début d'après-midi, j'ai travaillé, enfin, je me suis amusée, à ma fresque murale, devant le grenier. C'est l'endroit le plus abrité de la ferme, et le petit vent de noroît assez désagréable ailleurs m'y oubliait.
J'ai orné les vieux murs sales et fissurés de fleurs, des grandes fleurs toutes simples, des grosses fleurs un peu dorées. Il me reste de mes travaux de restauration de la plaque mortuaire, et oui !, de la dorure. Ma décoration intérieure est épurée, un peu fantaisie, sans doute, mais nullement baroque. La dorure s'y sentirait invitée malvenue. Pour ne pas la laisser s'abimer lamentablement, je l'utilise, en ombre portée pour souligner mes silhouettes végétales.
Jean-Marc de la jardinerie m'a expliqué, fort de l'expertise de son épouse spécialiste en la matière, que ce n'en était pas l'utilisation convenable. Ah...bon !

Depuis quand attend-on de moi du convenable, des convenances et des conventions ?

Grand est mon désir de satisfaire mes semblables et de les rassurer. Je sais mon statut de malade mentale prompt à éveiller les méfiances, pour la plupart bienveillantes, d'ailleurs. J'aurais du dire inquiétude, et non, méfiance : je dois, moi, me méfier d'une inquiétude trop invasive... On s'inquiète, alors, on me veille, dans l'idée protectrice de prévenir une rechute.
Je ne fais pas autre chose, et n'hésite pas à consulter mes plus proches, pour recueillir d'eux un avis extérieur. Je n'ai jamais eu l'impression de perdre le discernement, y compris et d'abord sur moi. Les experts confirmés de la chose me l'ont certifié, de leur côté.
Comme le disait l'auteur de "L'intranquille", roman traitant de cette bipolarité, écrit par un Gérard Arnhouil ? (je ne suis pas sûre du patronyme, et toujours aussi fainéante pour pousser la recherche) : le fou est celui qui a tout perdu, sauf la raison. Je suis assez d'accord ! 
Il y décrit plutôt bien cette alternance épuisante entre périodes de grande énergie, voire d'énergie anarchique, et celles où le goût de vivre tombe dans un abîme noir et sans fond.
Mon avis pèse sans doute peu. Le sien, peintre de génie, d'après les sommités en la matière, toujours, puisque moi, ses personnages démesurés, j'y trouve malaise et torsions douloureuses, pas trop de plaisir, doit être mieux pris en compte.
Je trouve un peu dommage ce crédit accordé à celui qui a réussi, ou du moins dont le travail est reconnu. Sur quelle base ? Pour ce que j'en sais, sur celle de la valeur marchande. Les tableaux de ce Gérard se vendent à des sommes astronomiques, aussi, on le respecte et on respecte ses opinions. 
Curieux, tout de même, cet étalon-or de l'argent. Pratique, tout de même quand tant de choses se négocient en espèces sonnantes et trébuchantes. pas tout... Dieu merci ! Je penserais même, naïve que je suis, surtout pas l'essentiel !
Moi, mes valeurs repères ne se chiffrent pas en euros. Je suis comme tout le monde dépendante de la sécurité financière. J'ai bien remarqué qu'au supermarché, on est très sensible et réceptif à mon charisme. Pour autant, on me demande infailliblement ma carte bleue...
Juste après ce basique incontournable, ce basique qui devrait rester basique et ne pas polluer les étages supérieurs, j'ai la fatuité de penser qu'il existe des choses non mercantiles, et plus importantes.
Mon échelle de valeurs à moi est peut être désuète et décalée. Qu'elle le soit ! 
Mon échelle de valeurs à moi se construit sur le bien-être, le mien, d'abord, en charité bien ordonnée. Par propagation d'ondes positives, mon bien-être peut engendrer celui des miens, celui de ceux que je croise. Un sourire offert, quelques mots partagés, une chaleur, un éclat de rire, un joli moment. Voilà qui ne s'achète pas, ne se paie pas, ni même ne se mérite. Mais se cultive, se travaille, et peut s'acquérir.
Mes fleurs peintes sur les murs ne valent rien. Elles attirent au mieux des sourires amusés, des sarcasmes, aussi, sûrement. Je suis contente d'amuser, peinée de ce mépris que je ne pense pas mériter. Je ne nuis à personne, quand je me fais plaisir ainsi. Que l'on me laisse ma liberté de batifoler.
Si tout ça n'est pas de la justification, je ne m'y connais pas !

J'ai bien, et malheureusement, forte maille à partir avec ces survoltages de canaux sodiums grillés. Certaines zones de mon cerveau sont déserts arides de cendres où les neurotransmetteurs les plus "célères" s'enlisent et se perdent.
Pour autant, j'ai aussi dans ma petite tête des sous-bois frais et ombragés, des lacs de montagne transparents, des sources discrètes sous des pierres moussues, où l'eau vive chantonne et bondit d'allégresse.
Ca aussi, les meilleurs spécialistes me l'ont confirmé, et, même sans leur science, je le savais. Ces paysages là m'étaient perdus de vue, oui, mais je les savais, là, juste là, à portée d'un mieux-être espéré...et, enfin, reconquis, Alléluia !!

Je sens la vigilance des miens, je sens la mienne. 
J'ai vécu il n'y a pas si longtemps de ce côté là de la barrière. J'ai été moi aussi alertée par le seul bruit d'un tracteur démarré, l'unique éclat d'un rire aigu. Je me suis inquiétée, pas toujours à tort. J'ai pris des mesures préventives, et j'ai bien fait, souvent.
Maintenant, je suis bien placée pour être la meilleure gardienne de moi-même. Pour le moment, ma folie douce est plaisante et ne nuit pas.

Evidemment, si, un de ces jours, on me voit arriver pinceau à la main chez le voisin, installant une échelle contre une façade de trois étages, là, peut-être, il conviendra de s'interposer.
De me demander, doucement, s'il vous-plaît : que comptes-tu faire là ? 
Si une étincelle de raison ne me rattrape pas juste à temps, si je persiste et déclare tranquillement que cette grande et belle surface fera un arrière-plan magistral pour un immense champ de fleurs tournées vers le soleil, alors, là, oui, je le demande, solennellement, il faudra intervenir, saisir vite le mors et le serrer, m'empêcher de m'égarer dans des savanes où je me perdrais...

Allez, allez, je prends les mesures nécessaires, je suis élève assidue et disciplinée. je suis confiante et j'ai l'expérience d'une réussite fraternelle incontestable.
Je savoure pleinement cette contrée si plaisante. Pourquoi m'en priverais-je ? Au nom d'un principe de précaution peureux et inefficace ? Si je dois retourner dans mon désert de cendres, si, et seulement si, alors, je serais bien contente d'avoir au moins eu cette période de jouissance vive et lumineuse.
Et si le désert reprend vie, d'être baigné de moussons fertiles, je pourrai y retourner et m'émerveiller de voir cette vie tenace et entêtée, qui jusqu'au bout garde la prise.
Des deux possibilités, je choisis la plus optimiste. Mon option ne rameutera pas la seconde, au cas où elle est la bonne, et elle la rendra au moins transparente jusqu'à son avènement si elle doit lui céder la place.
C'était un peu le "pari" de Pascal. Pas la moitié d'un con, ce Pascal, tout de même ! Alors, si lui, après raisonnements et intenses réflexions, conclut ainsi, pourquoi pas moi, me fiant à lui ?

Je vais me promener avec mes chiens. Le ciel est gris, le soleil ne perce pas, le vent reste froid.
Quand mes enluminures s'éveilleront d'être touchées du doigt solaire, je les engrangerai en images, et les glisserai dans mon tiroir toujours aussi peu secret.


mardi 1er mai 2018  9h34

Je suis à la jardinerie, ouverte aujourd'hui plus tard, jour férié oblige.
Evidemment, dans mon lit, ce matin, éveillée à l'horaire des jours salariés, je n'ai pas résisté longtemps à l'appel du conditionnement. J'ai traîné, un peu, puis, agacée, je me suis levée.
J'ai juste un peu moins bâclé et bouclé plus tranquillement mon petit monde, plus black et boulé les jours ordinaires.
Maintenant, go, sus sur le client !!