mardi 2 janvier 2018

31 décembre et 1er janvier


Le 31 décembre 2018 8h00







Une aube magique. L'annonce en couleurs fantastiques d'une fragilité de la douceur, d'augures plus bousculées.
Je savoure ce moment, sans penser plus loin.









La nuit a été belle, le clair de la lune couchante argentait  la baie, au tout petit matin.





Les bêtes sentent bien l'imminence du temps mauvais.
Dans la vieille étable, Bigoudi me considère avec gratitude : elle sait son confort assuré !
J'aime les regarder après les avoir soignées, mes vaches. Elles me rendent bien cette satisfaction, apaisent et incitent à la joie simple du moment présent.
Les aigrettes se sont regroupées sous les chênes. Elles aussi pressentent les bourrasques proches.
Ces aigrettes ne se voyaient pas, ici, avant, aux dires de mon père. Là, une volée d'une centaine de volatiles pimente de blanc les prairies. A la belle saison, elles picorent près des vaches au pré, se perchant parfois sur les bêtes. Aujourd'hui, elles se sont parquées comme des oies, à l'abri.

Ce dimanche 31 décembre, nous allons avec Olivier faire de la"cochonaille".
Après les pâtés et saucisses d'il y a quinze jours,  ce matin, c'est parti pour les boudins et la hure.
Nous aimons bien tous les deux ces ateliers-cuisine en grand. Nous travaillons vite, et, d'après nous, bien.
Le verdict tombe de la bouche de mes frères et de mon père, le midi même !
Là, ça allait...
Pour la production du jour,  nos boudins seront au menu de ce soir. Je suis sûre que c'est très à la mode dans les milieux huppés, maintenant, de manger du bon vieux boudin un soir de réveillon. Comme la morue anciennement poisson du pauvre est devenue met raffiné. 
Comme quoi, chaque chose vient à son heure, et tous les espoirs restent permis !

Cette après-midi, après la sieste, nous irons cueillir le gui sur les carolins. Un 31 décembre, il me le faut ! J'en dissémine partout dans la maison. C'est comme le houx, ça, on ne sait pas si ça préserve ou porte chance, vraiment, mais bon, vu la facilité de mise en oeuvre, on ne s'en prive pas... Des fois que ça marcherait, tout de même !
Les branches de houx que j'avais fixées au râtelier à foin dernièrement n'ont pas fait long feu : Bigoudi et ses filles les ont happées, avant de les recracher dans la litière, où elles se sont perdues. Elles finiront de sécher dans le tas de fumier, essaimant peut-être là aussi leurs bonnes ondes. Il y a sûrement une histoire d'une quelconque émanation à la dessiccation, dans cette affaire de houx protecteur des gales et autres parasites. Nos anciens étaient fins observateurs, et la culture empirique mérite respect. C'est mon idée, et je m'y tiens, quand je peux le faire sans peine...



1er janvier 2018 8h







La journée se profile comme celle d'hier : matin calme, puis bourrasques tempétueuses.
Au sortir de la sieste, hier, quinze heures sonnées, le temps avait salement viré au vinaigre, déjà. Ma cueillette de gui dans ces conditions n'inspirait pas tellement Olivier. Le vent fort pliait les ramures du carolin, et sa silhouette penchée derrière la fenêtre où nous sirotions le café n'était pas une invitation séduisante. Fi de l'adversité : le gui, c'est le 31, ni avant, ni après !

Olivier se fit un peu prier, puis, comme il reste avant tout un mari aimant, il me suivit sous les rafales et scia quelques branches de gui, bien suffisamment pour en disperser partout.
Nous glissâmes les ramilles chargées de fruits blancs vitellins dans les endroits stratégiques de la ferme. Il en restait encore pour en distribuer à qui les voudrait.
Puisque mon houx n'avait pas résisté aux assauts des résidentes de l'étable, je devais m'en procurer d'autre. Tant que j'y étais, il me fallait aussi du laurier sauce, pour faire bon poids.
Le houx, pour être une protection efficace, doit paraît-il être cueilli dans un village voisin, et sans qu'il y ait de ruisseau à traverser pour l'atteindre. Sic le jumeau de Ganenia.
Bon... Il se trouve que j'ai ça tout près, à deux cent mètres peut-être, puisqu'Agorreta est limitrophe des terrains d'Urrugne, où un vieux pied de houx pousse près d'un châtaignier. Pas de cours d'eau sur mon chemin, tout va bien ! Du laurier-sauce, il y en a un peu partout.
Laissant Olivier au chaud et au sec, avec mon père et les bêtes, je ressortis, toute à ma quête.
Le vent était tombé, la pluie s'arrêtait. La promenade était agréable, sous les cieux roulant de nuages sombres, dans la tiédeur de ce dernier presque crépuscule.
Au détour du bois, je vois une silhouette marchant d'un pas décidé, un bâton à la main : ces grandes jambes, cette allure ferme, mais oui, c'est mon Olivier !
Nous terminons notre récolte ensemble, et rentrons à la ferme, juste avant l'averse. Bullou nous attend près du hangar, et nous fait une fête à tout casser, tournoyant sur elle-même. Les autres sont dedans.
Les soins des bêtes, les préparatifs du repas, et nous voilà attablés devant nos boudins fumants.


Le réveillon hier soir était réussi, à notre manière : boudins aux pommes, notre production du matin, tarte paysanne à ma façon (!).
Une soirée agréable et tranquille, en comité restreint, Beñat, Olivier, mon père et moi.
Contents de nous!

Pour aujourd'hui, jour de l'an, une virée dans les Landes est prévue, et nous amenons mon père.
L'homme est content de cette innovation dans son quotidien.
Mes beaux-parents sont des gens charmants, simples et gentils. Excellents cuisiniers, ce qui ne gâte rien.
Un bien bon repas, des rires, de la chaleur.
Le retour sous les giboulées, la ferme protectrice, et protégée !!


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