lundi 22 janvier 2018

19 au 22 janvier



19 janvier 2018 11h20

Mes logistiques m'ont tenue jusque là.
J'ai souvent l'impression de ne pas avoir grand chose à faire, puis, d'une tarte à une lessive, des mangeoires à vaches curées à quelques vitres à laver, finalement, la matinée me passe !
J'aime assez, une saine activité, un rythme soutenu, mais pas trop. L'impression de faire, sans celle d'être à la course.

J'ai ce matin entre autres mis fin à un petit agacement domestique : le bâton de mon père, cette simple branche de frêne séchée, qui lui sert de canne.
Ce bâton en lui même ne causerait pas de problème. Simplement, mon père, à ses heures perdues, assis sur le banc, au soleil, ou alors à la table de la cuisine, en bas, aime bien scander le temps qui passe lentement : quoi de mieux qu'un bâton à taper contre le sol ?




Ce tac-tac-tac tout sec, tout plat, en cadence, pas très fort, mais suffisamment pour résonner assez loin alentour, ce tac-tac-tac finissait par m'horripiler. Ce genre de choses insignifiantes que l'on ne devrait pas prendre en compte, que l'on sait ne pas devoir prendre en compte, et que l'on prend en compte quand-même...
En fait, c'est le genre de chose qui vous investit, sans que vous les ayez voulues. Cette invasion insupportable  rend la chose, aussi insignifiante et objectivement anodine qu'elle soit, insupportable elle-même.
Je n'ai peut-être pas bien compris le mécanisme véritable du phénomène, mais j'en ai suffisamment expérimenté le désagrément, à cette occasion, et à d'autres, toutes aussi déraisonnables, et pourtant hors de portée de ma capacité à m'en préserver.

Ne sachant pas comment amortir le symptôme, je tâche d'en corriger la cause. 
Cette canne, ce bâton, je l'ai par le passé équipé d'une pièce en caoutchouc. Pas du tout un tampon de canne, non, ce n'est pas le genre de la maison, d'utiliser les pièces à leur destination première. Non, j'avais détourné un embout du piston de la trayeuse, pile-poil à la bonne dimension, pour le visser sur le bois. Ca avait tenu un moment, puis, à force, l'usure avait laissé la vis à nu, rendant le bruit de la canne sur le sol encore plus crispant, en plus d'en rendre l'usage un peu dangereux, le métal ripant facilement sur le carrelage, par exemple.

J'avais enlevé la vis, et laissé le bois brut en l'état, tout content de résonner sèchement...
Ce matin, je me suis décidée à remédier à cet ennui : ces jours-ci, je remédie beaucoup !

Au passage, la Rubita ne s'est même pas chiffonnée d'avoir été accusée à tort d'être responsable de la fuite de son abreuvoir.









Non, brave bête, elle ne me tient même pas rigueur de cette coupable pensée. Sa mère avant elle, ma regrettée Pollitta, était bien placide aussi.







Enfin, jusqu'au jour où elle a vu le Petit Breton dans le champ, trop près de son petit Xokorrito, et l'a coursé, nous coursant dans le même temps, Olivier et moi. 
Il y aurait à creuser dans la psychologie animale, brute et instinctive, loin de la pollution de nos conventions civilisées.








Laissons-ça, c'est de l'histoire ancienne !

J'en veux retenir ce contentement de Petit Breton rassasié, confortablement étalé dans la litière fraîche.
Je lui ai donné ça, même si ce n'est que ça...





Ce matin, donc, j'ai encapuchonné le bâton de mon père d'un tampon de canne, impeccablement ajusté à son diamètre. Quelle chance !
Ce tampon de canne, je ne l'ai évidemment pas acheté, non, non, non...
Jean-Michel me l'a trouvé dans sa montagne de Zugarramurdi. Les marcheurs équipés perdent souvent ces embouts. On en trouve paraît-il beaucoup.
Ma foi, celui là est aussi bien en bout de canne de mon père, qu'à polluer la montagne !
Et, pour moi, quelle volupté, quel confort, ce Tchunk-tchunk-tchunk, souple et rond, bonhomme et feutré.

Non, vraiment, peu de choses suffisent à me faire voir la vie autrement, ces temps-ci !


Dimanche 21 janvier 2018 19h40

Je passe vite fait pour faire un tour de maison par ici.
J'aime bien parcourir les pièces de la ferme, avant de me retirer dans "mes appartements" pour la nuit.
Tout en ordre, paisible, bêtes et gens rassasiés et assagis pour la nuit, j'ai le sentiment d'une plénitude méritée.

Les enfants d'Olivier sont venus en famille déjeuner à la ferme.
Le temps a été assez accommodant pour nous autoriser une belle promenade le long de la baie.
La Bidassoa grise, les bateaux blancs, Fontarrabie ocre.
Une harmonie dominicale apaisée, là aussi.
Olivier heureux parmi les siens, de jeunes adultes sympathiques et pleins de projets d'avenir. De tout petits enfants, insouciants et innocents de nos tracasseries souillées.
Ca nous fait du bon air à prendre, aussi bon que les embruns marins sur nos vieilles peaux !

Lundi 22 janvier 2018 11h

La journée d'hier me remonte.
J'ai aimé cette jeune compagnie, ces rires, mon grand mari tout satisfait et fier des siens.
Je le comprends : ses enfants et petits-enfants sont beaux, et leur enthousiasme fait plaisir à voir.

Notre promenade touristique le long de la baie a aéré ces jeunes urbains, peu usagers des odeurs lourdes de l'étable.
Je comprends leurs narines pincées. Quand on est pas coutumier de l'élevage, la brusque immersion est un peu étouffante...

Cette odeur, moi, je ne la sens plus, j'y baigne !
Quand je suis ailleurs, par contre, en milieu clos, les fragrances rustiques de la ferme me parviennent, accrochées à mes vêtements. J'ai toujours la tentation de repasser par l'étable, quand je m'apprête à quitter la ferme. En passant par l'étable, j'ai évidemment la tentation d'aller retirer le foin tombé dans les abreuvoirs, d'enlever un tas de bouse encore fumant.
Pour finir, et avant de partir, j'ai encore la tentation de passer la main sur le flanc rassasié de mes bêtes, de leur frictionner l'échine ou de leur masser l'entre-cornes.
Toutes ces tentations bout à bout produisent une imprégnation de l'ambiance bovine, sur ma tenue de sortie...
Les gels douche, adoucissants parfumés et autres sophistications modernes artificielles abdiquent en armée défaite devant ces assauts primitifs, soulevés en hordes sauvages.

Le résultat, quelques brins de foin accrochés aux lainages, quelques poils de vache retenus en bout de manches, et cette odeur, chaude et enveloppante, charriée partout.
Cette odeur perçue en milieu manufacturé, dirait-on, loin de l'organique primitif.
Nous sommes issus de ces odeurs d'entrailles, pourtant, mais elles nous assaillent trop durement, maintenant.

Je suis la première à allumer des bougies de senteurs chez moi. A me laisser séduire par ces parfums bois précieux, bambou de chine et autres attrape-nigauds artificiels et synthétiques.
Dans l'étable, pourtant, ces mêmes parfums me dérangent, comme ils dérangent mes bêtes.
Là où l'authentique reprend le dessus, les mièvreries de ma sensibilité olfactive biaisée n'ont plus droit de cité.

Comme quoi, je suis un peu tout à la fois : bête avec mes vaches (comment ça, sans aussi...), et humaine soulagée de s'être élevée (?) de sa condition animale, ailleurs.
Tant que je le pourrai, j'essaierai de garder mes deux piliers assemblés, de ne pas m'écarteler au point de perdre le soutien nécessaire de l'un... et de l'autre !




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