mercredi 7 novembre 2018

7 novembre



Mercredi 7 novembre 2018 15h07


Les choses reviennent à la normale.
La période de crise autour des cahots paternels semble revenir à un temps plus serein. Nous avons tous repris le cours de nos journées ordinaires. 
L'épisode est terminé, jusqu'au prochain…

Je retrouve mes cercles familiers, toujours autour de la ferme, bien-sûr, mais moins centrés sur son vieil occupant.
Mes petits quotidiens procurent toujours des opportunités diverses et variées : dans ces vieilles bâtisses, une petite réparation ici en entraîne une là, et toujours, il y a une avarie à remédier ou une amélioration à faire.
Je vaque, parant de mon mieux au plus pressé. La ferme n'est pas une ruine, tout de même, et, si l'on est un tant soit peu rustique, on y vit même tout à fait bien. Rustique, je le suis. Attachée à ces vieilles pierres, je le sens.
Les quelques inconvénients inhérents à l'habitation d'une ferme dans son jus originel ne suffisent pas à me distraire de ce sentiment de bien-être à vivre dans un endroit où autant de temps a marqué les murs. 
Ce qui vient de loin paraît parti pour durer longtemps encore, et cette longévité rassure. Comme on se sent bien adossé au tronc même évidé d'un chêne plusieurs fois centenaire, comme on se sent fort de cette force, menacée,  mais nourrissant encore en défi une frondaison large, je me sens bien entre ces vieilles pierres, même branlantes.
En parlant de vieux chêne centenaire, il en est tombé un, en face de l'ancienne bergerie, sur mon parcours de promenade. Ces derniers temps, j'y étais moins assidue. J'avais bien vu l'immense liriodendron du petit bois déchiré en sa base, un lendemain de vent du sud. 
Ce vieux chêne là, évidé, justement, je me souviens avoir pensé en passant sous sa ramure généreuse qu'il s'effondrerait un jour, mais que ce jour serait peut-être bien lointain, bien au delà de ma courte  vie, et, peut-être bien plus loin encore. Et bien non, le jour est arrivé : la souche proprement sciée ouvre au ciel ses cercles serrés. Le bois se grise déjà.
On devrait vivre chaque jour comme le dernier, dit la chanson… Mais bon, il y a aussi des lendemains, parfois, et, une petite projection positive n'est pas complètement insensée, non plus !
C'est ma manière de sentir, juste ou pas.

Nous entrons dans ce mois de novembre, mon préféré. 
Les bosquets arrondissent les flamboiements pourpres et ors translucides. Les dernières feuilles des carolins s'agitent en frénésie tournoyante, secouées comme les plumes des danseuses brésiliennes.
C'est le moment des couleurs chaudes et profondes, des éclats fantasmagoriques, des aubes aux carmins saisissants et des couchants aux incendies poignants. 
Lundi soir, un arc en ciel arrondissait son prisme en pied de Mère-Rhune. Sur fond de plomb pommelé, le paysage prenait vie d'une enluminure fantastique. Je ne me souviens pas avoir vu jamais un arc-en ciel à cet endroit. Une jambe lovée contre le flanc du Jaïzkibel et l'autre plongée dans la mer, oui, souvent. 
L'effet était saisissant, émouvant, d'un merveilleux poignant de fragilité. Une lumière fugitive, la fugacité d'un instant en suspens, le cadeau d'une beauté à l'éphémère bouleversant.
Je sais bien mes mots emballés, je reconnais mes exaltations maintenant repérées. Je les savoure à leur juste valeur, comme des récompenses. Chacun de ces moments est précieux, et je veux à toutes forces le vivre ainsi.

Mes petits projets dans la ferme sont aussi des occasions de satisfactions plus prosaïques, certes, mais bénéfiques aussi au maintien d'un confort tout pratique du quotidien, d'abord, et de ma satisfaction personnelle, ensuite. Ce n'est pas peu de chose, à mon humble avis qui en vaut bien un autre !

Perturbée par les péripéties paternelles, notre ligne de réalisations a subi quelques entorses et atermoiements.
Bon an mal an, nous arrivons tout de même à boucler les affaires courantes, par ordre de priorité. 
Pour cet été, nous avions prévu le remplacement du râtelier de l'étable, la refondation impérative de la chambre du fond, en bas, et une petite mise en sécurité de la cheminée.
A intercaler dans les vides entre les tâches répétées d'une logistique routinière.
A superposer à quelques imprévus inévitables, de ces petites choses badines qui s'invitent à la fête, comme la mouche du coche.
Ces petits projets émaillent une vie comme les étoiles habitent le ciel : en petits éclats aux scintillements intermittents.
L'un prend le pas sur l'autre, au gré des circonstances et des opportunités.

J'ai toujours été très gratifiée de la réalisation concrète. Ma satisfaction se nourrit bien de ces travaux manuels, s'ils sont à ma portée. Je me lance facilement dans des domaines divers, si la mise en œuvre en est simple. Petite maçonnerie, peinture grossière, quelques tentatives plus risquées dans les domaines mieux techniques de la plomberie et de l'électricité, me donnent le sentiment d'une adresse toute relative, mais dont je suis assez fière, même si j'admets volontiers le bien-fondé des controverses suscitées à la vue des résultats pas toujours probants…

Allez, je sais maintenant demander de l'aide. Lacan, dans sa grande sagesse, l'a bien dit : toute demande est une demande d'amour. C'est pourquoi il est très embêtant de se trouver face à quelqu'un qui ne demande rien. Texto.
Et bien moi, je demande. J'essaie, d'abord, histoire d'éprouver mes capacités. Bien vite, mieux consciente de mes limites, j'appelle prompt renfort. Jusqu'ici, je l'ai trouvé.
Nos petits ouvrages de cette année en ont été la démonstration.
J'y reviendrai.
Là, je vais aller marcher en regardant le ciel, le reflet des ramures dénudées dans les flaques.
Avec un peu de chance, un rai de soleil couchant viendra cueillir les couleurs de l'automne et leur redonner vie.
Avec un peu de chance, je les regarderai, plantée dans mes paysages comme les arbres immobiles. Y puisant la ressource authentique et la joie profonde.




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