lundi 19 novembre 2018

19 novembre



Lundi 19 Novembre 2018 17h45


Je passe fermer les volets sur la nuit proche.
Le crépuscule est fondu en gris rose discret, ce soir. Pas de flamboiements poignants  à vous serrer le cœur. Une teinte grise brumée sur l'horizon, un gris vide dans le ciel immobile, et une bande rosée qui s'éteint entre les deux.
La brume a été taquine toute la journée. Tombée comme un drap ce matin, je voyais à peine la silhouette de mes arbres dans le pré depuis la cuisine. A midi, elle boursouflait ses joues gonflées dans la baie, coupant le paysage de son banc mouvant. Là, elle se dépose dans les creux et les combes, perle l'herbe rase et fait luire les tuiles
Ma tâche dans le coin de la hotte ici a meilleure allure. Je n'ai évidemment pas eu la patience d'attendre pour repeindre. Un apprêt dont j'espérais des miracles, a quand même bien aidé à atténuer la noire grimace coulée dans la courbure du plafond. Il reste une trace, une auréole longue et fourbe. Bah ! presque rien ! Je verrai mieux ainsi à la prochaine pluie si il y a infiltration ou pas. Avant, c'était aléatoire à évaluer, la teinte plus ou moins sombre, l'empreinte élargie ou non. Là, partant de ce presque parfait, ce sera mieux vu…

Puisque j'étais partie pour jouer du pinceau, j'ai rafraichi ici et là, aussi. Ca m'attrape assez régulièrement, et me donne toujours bonne mine au tempérament. Un résultat approximatif ne ternit nullement ma joie. Ca tombe bien : approximatif, le résultat l'est tout aussi régulièrement…

Parallèlement, toujours dans ma période lutte contre l'eau insidieuse et mauvaise, j'ai perdu ce matin quelques terminaisons nerveuses à gratter des couches superposées de silicone, le long de la baignoire. Je le disais il y a peu, ces mastics et autres étancheurs synthétiques ne me plaisent pas trop. Leur texture molle, cette onctuosité visqueuse, ces affaissements sans ossature, je n'aime pas. Je préfère et de loin le poids et la brutalité solide d'un bon vieux ciment, voire, mieux, quand l'usage s'y prête, d'un béton grumeleux. La pierre, la céramique, la faïence épaisse, voilà du matériau selon mon goût ! La silice dure, le cailloux lourd, le minéral indestructible à notre petite échelle humaine, voilà qui me parle et me séduit…

En attendant, je fais avec ce qui m'est proposé. Pour les joints de salle-de-bain, à part reprendre l'enduit entre les carreaux faïencés, reste ce bon vieux silicone. Les enduits, grossiers, ça va. Là, l'ouvrage demande une maîtrise que je n'ai pas. Résultat, j'attrape le pistolet au long bec, j'appuie sur la gâchette, et je mastique. La rapidité de la mise en œuvre plaide en faveur du procédé. Le résultat immédiat n'est pas négligeable non plus : sous l'arrondi du doigt mouillé, une bande immaculée incurvée et lisse, impeccable, file droit. 
Je m'y suis bien plu, à un moment donné. J'ai siliconé à tout va. Superposant les couches. De là vient le hic : entre les strates de ce feuilleté caoutchouteux, une vilaine moisissure grise a fait son nid. Le joint joli du départ s'est boursoufflé en un choux-fleur blet. Quel dommage, quelle vilenie…
J'ai repris tout ça, grattant précautionneusement tout en maudissant mes raccourcis passés. Tout vous rattrape, un jour : la fuite en avant n'est qu'atermoiement, on le sait bien… Ca n'empêche pas de courir avec conviction !

Le chapitre aqueux reste sur le gril, avec l'attente du résultat de mon opération étanchéité terrasse.
Depuis vendredi matin, pas de pluie. Impossible de vérifier la bonne tenue de mon procédé. j'ai la foi, j'y crois, mais je serai mieux convaincue, quand j'aurai vu. 
Là aussi, le masticage résineux me tendait ses bras de polyester. D'abord, même en y allant à la louche comme j'aime à le faire, il aurait fallu nettoyer un peu, au moins, dépoussiérer le plus gros, revenir à la couche-mère. Plus de 20 ans après, elle est loin, la couche-mère. Je l'ai dit, de l'autre côté de la terrasse, la fuite originelle s'est colmatée d'elle-même. Comme quoi, la poussière, la boue, même, disons-le, et quelques mousses rasantes et compactes peuvent être considérées comme des alliés. Aller râcler ce microcosme minutieusement élaboré sur tant de temps me paraissait contraire à mes convictions profondes et respectueuses des règles environnementales naturelles. 
Soulevant les dalles en béton, j'ai noté combien les plots de soutien en plastique s'étaient approprié le revêtement bitumeux. Ils y étaient intimement attachés, scellés par un agglomérat indéfinissable. La pensée sacrilège de toucher à une telle osmose ne m'a effleuré l'esprit que le temps d'un frisson. Religieusement, j'ai à peine retiré un ou autre débris satellites, électrons libres dans ce milieu inédit.
Considérant la bande damassée de bordure, cette matière jadis brillante aux figures géométriques estompées, je me suis dit qu'il ne fallait surtout pas aller y gratter. Je n'en avais d'ailleurs aucune envie : la matinée s'avançait, le déjeuner ne se préparerait pas tout seul.
J'avais mon petit plan.
Dans un premier temps, je m'étais vaguement mis à la recherche d'un solin en zinc. Il me semblait en avoir vu un alentour. En le positionnant sous le becquet du mur, bien à plat sur le revêtement goudronneux, il guiderait l'eau collectée, hors de cette zone perméable. 
Il devait être suffisamment long pour couvrir les deux joints défaillants, en partant de l'angle du mur. J'étais persuadée d'avoir vu ça pas loin, j'en avais l'image dans l'œil. 
Me redressant, je fis un tour d'horizon large, idéalement élevée sur la hauteur de la terrasse. 
Sur l'arrière du hangar, juste en face, nous entreposons quelques matériaux de cet acabit. Parpaings à peine écornés, tuiles fendues et autres linteaux éviscérés aux ferrailles rouillées tordues en suppliques, s'amoncellent gentiment, entremêlés aux ronces et autres herbes follettes.
De zinc, de près ou de loin, rien !
Aah… l'affaire se présentait plus compliquée que prévue. Pourtant, il me semblait bien l'avoir vu, ce solin, et tout dernièrement, même…

M'appuyant sur la murette pour me reposer les lombaires, je tombai dessus !
Là, à mes pieds, juste sous moi, le long solin idéal, bonne longueur, largeur correcte.  Oui, c'était bien ça, je l'avais vu il y a peu : lors de mes allers-retours sur le toit pour aller colmater l'ouverture de la cheminée. Mais bon, il était un peu en place, tout de même. Là où je l'avais vu, c'est bien là où il fallait qu'il soit : entre la toiture de la ferme, au dessus de l'ancienne porcherie, et le mur de soutien de la terrasse. Pas abandonné dans un coin, n'attendant que moi pour le glisser sur le revêtement poreux. Ennuyeux.
Bon, puisque le sort jouait contre moi, il me fallait un plan B.
Toujours aiguillonnée par l'avancée de la matinée, je fis un rapide relevé des possibilités opportunes. Dubitative, moi pourtant si souvent persuadée du bien fondé de mes idées, je me décidai en second choix pour l'application d'un bon vieux film en polyane, histoire de bâcher ma terrasse, comme on bâche une toiture. Puisque l'effet recherché est le même, ça devrait pouvoir faire, me suis-je dit. 
Et me dis-je encore, jusqu'à preuve du contraire, que j'espère bien ne pas avoir à déplorer.

Il reste dans le grenier une fin de rouleau de ce film plastique utilisé pour recouvrir le tas d'ensilage fourrager en une fermentation anaérobie. Etanche, donc, puisque ni l'eau, ni l'air, ni la lumière ne passent au travers. Des morceaux de ce film remontent encore au jour quand nous labourons près de cet ancien emplacement de l'ensilage. Ca date, puisque de l'ensilage, nous n'en faisons plus depuis bien longtemps. Je n'aime pas pour mes vaches cet aliment fermenté, fumant dans son tas, à l'odeur acide et agressive. Ceci en passant. Et pour dire combien ce plastique est de longue tenue, puisqu'il persiste longtemps, même enterré.
La matière première était à portée. Il fallait juste l'extirper. Deux trois contorsions et quelques gestes audacieux de levage en tension plus tard, je l'avais. Je découpai une bande plus ou moins ajustée à l'espace entre le bord de la murette et les premiers plots de soutènement. Un petit revers plaqué à la verticale par les dalles, une plongée en coulée sur la bordure au brillant passé, et juste une demie-lèvre coincée contre la deuxième rangée de plots, restés en place. Nous étions à près de midi. Je remis en place les dalles. Dans la précipitation, j'en inversai deux. Elles rebiquent un peu du museau. J'aurais pu rectifier leur agencement, depuis. Je les ai laissées en l'état, me disant que si, par cas, ce qu'à Dieu ne plaise !, je devais être amenée à intervenir encore à cet endroit, la petite saillie de la dalle mal posée m'aiderait judicieusement à la soulever.
Maintenant, j'attends la pluie. Je surveillerai par dessous l'ourdie, comme j'ai surveillé ici le plafond.
Confiante en moi, pas tout à fait sûre, quand même….

Je n'ai pas bouclé ce chapitre aqueux. Agorreta et l'eau, c'est une histoire sans fin !

Elle reste dans mon souvenir, avec le relent revenu de cette autre opération débouchage sanitaire compliqué d'une inversion de tuyaux d'évacuation. 
Le quartier de mandarine tombé par terre de ma mère.
Elle reste dans mon quotidien avec le rappel de Suez et de son charmant Olivier figé dans ses incompréhensions.
Elle reste dans mon imaginaire, avec ces rêves où je nage comme une sardine bretonne. Quand je coule plus vite qu'une hache abandonnée aux flots.
Elle reste dans mes peurs d'en manquer, dans mes crispations au moindre bruissement de l'eau qui coule, au premier clapotement de l'eau qui goutte.
Je ne sais pas d'où ça me vient : c'est comme ça.

Mes histoires d'eaux, je les reprendrai. Elles me poursuivront et me hanteront sans doute longtemps encore. De les raconter me les feront peut-être apprivoiser, qui sait...

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