lundi 26 février 2018

26 février



lundi 26 février 2018 10h18

Va pour la rime !
Une petite offensive de froid grise les paysages.
Les ramures des arbres nus, les fougères détrempées, perdent leurs reliefs et se fondent dans un gris monochrome. La végétation recroquevillée sur sa force de vie préserve son énergie, comme un animal s'arrondit en boule pour mieux protéger son ventre vulnérable.
La boue durcit : les crêtes étaient ce matin un peu craquantes  d'un givre brillant, sous les roues de mon Karraro.
La nature marque le pas.
Seuls, les mimosas défient avec arrogance cette "figétude" de leur jaune citron pimpant.
Le beau temps revenu laissera perdurer les pompons floconneux, si les températures ne descendent pas davantage.

A la jardinerie, nous avons rentré les plantes les plus fragiles, chacun y allant de sa compétence sur la rusticité de telle ou telle espèce...
Philippe couve les métrosidérus, Benoît craint pour les grévilléas. Vincent, lui, se fie aux scores d'après moi exagérés de résistances affichés sur les chromos.
Les jasmins glauques ont déjà frisé, pourtant, quand il les annonce rustiques jusqu'à -6° Voyons donc !
Moi, toutes ces méditerranéennes et assimilées, je m'en méfie : rien de tel que nos bons vieux laurier-sauces locaux, nos viornes tout terrains , et nos spirées de sous-bois.
Le fait est : la clientèle les bouderait. L'exotisme est de mode. Il faut bien suivre la tendance, s'y adapter, et garder ses préférences comme de la vaisselle fine, à l'abri de ces engouements de surface.

Hier dimanche, chez Lafitte,je me suis régalée, de la compagnie de mon grand et doux Benito, d'abord, le béni des Dieux, et de notre arrangement théâtral, ensuite.
Faisant fi des augures froides annoncées, nous avons sorti les cactus ! Rien de tel que le décalé pour se sentir exister dans la masse morne. Bien loin des associations classiques et attendues, nous avons rapproché une statue romantique de Dona italienne au panier, des buis cônes et boules, de ces fameux cactus hérissés. Pour faire bonne mesure, nous avons incorporé dans cet appareil surprenant, nos Chorisias spéciosas hirsutes et menaçants de leurs épines de rosiers géants.
Une poterie en pointes diamants de Triceratops polissé a peaufiné l'ensemble, agrémenté de grosses pierres crayeuses savamment disposées.
Le résultat nous paraissait attrayant, même si deux trois avis nous ont été délivrés défavorables.
Nous respectons, admettons et tolérons aisément maintenant la controverse, sans nous en formaliser, ni renier nos élans authentiques, pour plaire. 
Le progrès, la sagesse, c'est savoir dire non sans devenir agressif, reconnaissant à chacun son espace, tout en gardant sa juste et légitime place.

Là, avec Benito, une simple affiche nous a paru suffisamment efficiente pour concilier toutes les opinions, et justifier notre audacieux assemblage.
Le slogan disait :
"Tous les jardins sont dans la nature, et toutes vos natures se racontent dans votre jardin..."
J'aime bien, ces maximes un peu glauques (comme mes jasmins froissés), où on frôle l'absurdité et la profondeur, dans une limite vacillante. Ca ressemble bien à mes circuits brûlés, compensés par des dérivations secondaires de renfort impromptu !

Dans un tout autre genre, plus poétique et moins obtus, la floraison des Cornus Florida m'a inspiré un "papillon léger posé sur une branche..." Comme c'est "jeuli", disait une cliente aristocratique !
D'après moi, toujours, évidemment, d'après moi, commentatrice emplie de sollicitude envers moi-même !
Bah !! Si moi, la toute première, je n'aime pas : qui aimera ??

Allez, j'arrête là pour cette fois. Je me sens de nouveau partie en vrillettes. C'est bien amusant, tout de même... avec modération !

 



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