vendredi 16 février 2018

12 au 16 février



Lundi 12 février 10h20

Mes rendez-vous deviennent rites. Ces rites rassurants dont j'ai besoin pour rythmer agréablement mes journées.
Lever de bonne heure, la fête des chiens, le thé, deux gâches ou un chausson aux pommes, les jours de fête où Olivier est avec moi, encore la fête des chiens. Toilette, habillage, toujours avec les chiens autour. Quelques sautillements périlleux pour enfiler les jambes de pantalon, quand la fougueuse Bullou ou le plus délicat Txief s'en mêlent. Lola, plus vieille, est plus calme, mais, quand ça la prend, elle devient la plus exigeante des trois !

Je passe ensuite dans le grenier, pour faire descendre le foin dans les râteliers. Antton approvisionne les vendredis la réserve en grosses balles rondes, je me contente de délier les ficelles au fur et à mesure de la consommation. En ce moment, mes vaches mangent près de deux balles par semaine. Ma rénovation de râtelier fera économiser le foin qu'elles tirent trop facilement, maintenant, d'entre les barreaux trop clairsemés. Quand elles l'ont piétiné, évidemment, ils devient moins appétent. Si tout va bien, l'été ne passera pas sans que nous ayons arrangé cette affaire là...
Je descends ensuite à l'étable. Ouverture de la grande porte, jaugeage rapide de la météo du jour. Les vaches attendent, têtes relevées au dessus des murettes. Elles ont flairé le foin, mais savent le meilleur à venir, les bougresses. Les bols préparés la veille s'alignent sur le coffre à grains. J'enfile les bottes hautes, et, à chacune, je donne sa ration. Elles s'impatientent, et il ne faut traîner, sous peine de se faire bousculer !
Elles plongent dans leurs auges, happant d'abord les quartiers de citrouilles, puis la luzerne déshydratée. En dernier, les morceaux de pain sec, en mâchouillages voluptueux et craquants.
Je rafraichis la litière pendant ce temps. 
Un coup de balai, au passage un coup de brosse aussi sur les flancs et les échines. Mes belles en sont alors au foin, qu'elles tirent par bouchées, et mâchent consciencieusement. Elles flairent pour aller au meilleur, triant les brins, et écartant tout ce qui est tige dure, grise ou poussiéreuse. La sélection est drastique, et, quand je remets les fourchées dédaignées dans les râteliers trop vite vidés, elles me considèrent, navrées.
Une casserole de graines aux poules, les chiens dans mes pieds pour aller débusquer un hypothétique rat. En ce moment, inutile de s'inquiéter de l'eau, les cuvettes à la pluie débordent !
Vient ensuite la tournée en intérieur, le paternel, la logistique du jour, le poêle à nettoyer et garnir. Ouverture des volets, position jour dans la ferme !

Les jours travaillés, je remonte pour un café, le coup de fil à Olivier, trois commentaires  d'actualité et deux nouvelles de la nuit passée.
Ensuite, go ! direction Bayonne.

Les jours de repos, retour en bas, petite virée en Karrarro pour vider la benette à fumier. Un coup d'œil vers mère-Rhune, pour se régaler des lumières du soleil levant, ou alors la perdre dans les nuées grises des jours sans.
La logistique, encore et toujours, renouvelée et routinière, jusqu'en fin de matinée.
Ensuite, je passe ici, et j'écris, des messages à mes amies, des courriers plus prosaïques, ou quelques lignes libres comme celles-ci.
Il est vite l'heure de préparer le repas : les frérots vont arriver, l'appétit bien ouvert, et mon père installé à table attend déjà. Déjeuner familial, les nouvelles locales, quelques ragots, le tout en vrac et sans grande construction en débat. Une conversation de repas, quoi...

Petite sieste réparatrice, en haut, en regardant les branches du carolin contre le ciel avant  l'assoupissement.
Comme il est bon de sentir cet endormissement facile et fluide. De se sentir emporté dans un repos accueillant, de se laisser aller à cet abandon là. De se réveiller comme on revient d'une promenade en sous-bois, gentiment cueilli à l'orée par une lumière doucement attirante. Tout le contraire de ces couchers pénibles où le sommeil ne vient pas, où l'on se retourne et vire dans les draps froissés, où chaque heure scandée au réveil parle de nuit blanche et de la journée à venir, si longue, si vide et creuse, où l'on rêve de repos, de se coucher à nouveau, en sachant pourtant bien que de repos, il n'en viendra pas, que le coucher sera comme celui de la veille et celui du lendemain encore une épreuve, un espoir jamais exaucé. Une attente lancinante et usante, une fatigue collée au corps et chevillée à l'âme.
Tous ceux qui ont connu l'insomnie le savent et me comprennent...

L'après-midi, je vaque dans un cadre plus relâché. J'ai hâte de reprendre le potager, si un jour les pluies s'arrêtent !
En attendant, une ou autre bricolettes me tiennent, juste assez pour divertir et entretenir la fantaisie des jours heureux.
La promenade avec les chiens, au soleil ou sous la pluie, un temps de vacuité autorisée, de mouvement salutaire et d'aération bénéfique. Quelques rencontres, parfois, deux bavardages légers et agréables.
Retour à l'étable, soins aux bêtes, soins aux gens, dîner familial, tisane en regardant les vaches se coucher pour la nuit. Un moment de méditation lascive, presque, bienfaisante, toujours.
Je remonte après, pour la soirée. Quelques mots encore avec Olivier, les soins du corps, et de l'esprit, avec une séance lecture sous la lumière orangée.
Le sommeil, amical et enveloppant, accueilli en gratitude et bienfait.

Des journées comme je les aime, comme j'ai failli les perdre, dans ces périodes ou tout me fuyait, où je ne trouvais pas le repos, l'envie, le plaisir.
Des journées toute simples et ordinaires, des journées comme j'en veux beaucoup encore, pareilles et uniques.


Mon ambition n'est pas plus élevée. Elle suffit à mon bien-être et je n'en demande pas davantage...


Même jour 17 H
Je fais la tournée des volets pour le soir, dans ces pièces du vieil appartement où j'écris.
Je reviens d'une longue promenade au grand soleil arrivé comme une belle surprise. L'air vif, les rais caressants, la lumière plus pleine d'un soleil déjà chaud.
Les chiens en courses folles, batifolent autour de moi. Ils me reviennent pour quémander caresses, et s'en retournent flairer les cailloux du chemin.
Les véroniques bleues pâles s'ouvrent au soleil, les violettes plus profondes sourient sur les talus.
Les lances plates des asphodèles crèvent les mousses et s'ouvrent en gerbes décidées.

Tout bouge, tout travaille à bas-bruit, dans cette nature détrempée. L'eau coule et roule partout, dans les fossés et les ornières, chantant sur les pierres et murmurant sous les herbes.

Un mouvement tonique et enjoué animé de reflets dit la vie et sa force, l'énergie et sa constance.
Je marche sur les tapis moelleux de mousse gorgée d'eau. Les paysages étalent leurs flancs à la chaleur, un immense bien-être nous baigne.

Au retour, Zaldi dans son champ, immobile, capte ce bienfait, oreilles en arrière et yeux mi-clos.
Ca sent les beaux jours et le printemps proche.


Je vais soigner maintenant mes bêtes, retrouver cette ambiance plus lente et moins nerveuse.
J'ai besoin de ça, de ces mouvements alentis, aussi.
Tout ça est là, à portée, tout prêt. Alléluia !!


Mercredi 14 février 9h

Horaire inhabituel !
Je passe pour ma tournée ouverture de volets. Et je ne résiste pas à l'appel du clavier...
Mon délicat pilier s'annonce pour venir chercher son rosier. Cet énoncé sibyllin est pour moi clair. C'est amusant comme même dans mes écrits tout personnels (!) je garde réserve et méfiance !
Je le faisais déjà du temps où je ne confiais pas mes mots à Gueguel. En me disant que s'ils tombaient dans les mains de quelque malintentionné, mes carnets devaient rester  suffisamment discrets; je devais imaginer mener la vie romanesque d'une espionne russe, de cette "Nikita" de Ton John que j'écoute en boucle dans la voiture. Bien loin de ma réalité, mais nécessaire à nourrir la vie fantasmée où je m'évade comme on part en voyage.
Un mécanisme sans dérive, salutaire et sain, si on l'identifie comme mécanisme divertissant, et pas plus.
D'ailleurs, ils sont bien tombés dans des mains pas très bienveillantes, ces carnets, et mes prudences sans fondement ont eu au moins l'heur d'intriguer le malotru. C'est déjà une petite satisfaction en soi, ça !!

Je continue ma tournée, la ferme est grande et les pièces nombreuses !


Même jour 19h45

C'est le moment de la fermeture !
Une journée divertie, entre visite de la "ksy", un peu incongrue dans notre décor, parlant fort quand dans son officine elle susurrait comme le ruisseau menu sous les fougères.
Elle a été gentille et son regard captait ici et là autour de nous des détails dont elle doit être friande.
J'irai à mon tour la voir, lui planter ce rosier, quand la terre aura ressuyé : c'est pas encore demain la veille !
Une virée jusqu'à Saint Pée, aussi, pour étudier la possibilité d'appareiller mes oreilles. Un petit investissement, cette affaire...
Un dossier en attente, un de plus. Je ne suis plus impatiente, incommodée par "ce qui est à faire". Je garde mes petits papiers à jour, oui, mais j'ai moins la frénésie de clore, refermer, ranger, finir. J'ai appris la respiration, le temps des autres, moins rapide souvent que le mien.
Je reconnais mon ancienne frénésie chez d'autres, et en retrouve le trouble et les tourments.
Vieillir est plus doux, quand on en retire la sagesse de vivre mieux. 

Je vais rentrer dans ma tanière, allumer ma bougie parfumée "bambou de Chine", lire en buvant à petites gorgées une tisane brûlante.
Remercier le Seigneur pour une si agréable journée, et me remercier moi d'avoir appris à l'apprécier si fort.



Vendredi 16 février 10h50


Ces deux derniers jours sont bien agréables, doux, avec le retour d'un grand soleil pour hier.
Quand j'ai travaillé sous la pluie les jours précédents, il a évidemment fallu que j'assure l'intérim du marché au fleur, couvert, hier, quand il faisait si bon être dehors ! A d'autres moments, j'aurais été persuadée d'être maudite...
Là, je me suis consolée avec le parfum de l'origan, exotique et sensuel.

Ce matin, des nuages longs voilent la lumière solaire. Ca ressemble à une intensité de clarté estompée au moment de l'éclipse solaire. Une ambiance étrange, un peu, reposante, et dolente.
Je me sens toujours en harmonie avec mon petit monde.
Je vaque à mes petits dossiers légers, contente de débrouiller pour les uns ou les autres ces administratifs parfois nébuleux.
Les miens sont si simplifiés, j'ai du temps pour visiter plus large.
J'aime apprendre, j'ai toujours eu cette curiosité là, même des choses rébarbatives. Plongée dans les codes ruraux, civils, j'ai toujours été comme un poisson dans l'eau, décortiquant les tournures parfois absconses.
Je  prends maintenant comme un jeu, un divertissement. Je le fais sérieusement, bien-sûr, mais avec détachement et plaisir. Come il se doit, comme je le dois, moi !
Une semaine parfaite, encore, et celle à venir annoncée amusante, aussi.
Je vais tondre la pelouse. L'herbe a du sécher juste assez pour pouvoir faire un travail à peu près correct. Je ne suis pas perfectionniste, loin de là, mais tout de même...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire