lundi 19 février 10h40
Il ne fallait pas manquer le créneau jeudi vendredi : deux jours secs, presque chauds, le retour d'un soleil plus haut, plus ardent.
J'en ai profité pour tondre mon carré de pelouse. Mon système de préservation ornementale des jeunes plants repiqués cet hiver donne entière satisfaction. La tondeuse roule sur les plaques fonte et ciment, la lame sectionne les tiges follettes poussées au bord, et le plant reste préservé de tout accident, bien gardé en son fief protecteur. A breveter !
J'en ai profité pour tondre mon carré de pelouse. Mon système de préservation ornementale des jeunes plants repiqués cet hiver donne entière satisfaction. La tondeuse roule sur les plaques fonte et ciment, la lame sectionne les tiges follettes poussées au bord, et le plant reste préservé de tout accident, bien gardé en son fief protecteur. A breveter !
Ensuite, pluie en averses, pluie en rideaux mouvants, pluies en gouttes drues ou voile léger.
Pluie qui goutte, eau qui roule et boule, cascade et danse, sur les pierres lisses et dans les ornières creuses.
De l'eau, partout de l'eau, des flaques, de la boue molle et grasse, les fougères pourpres ployées au sol, les ramures dénudées perlées d'eau, encore, partout, de l'eau.
Cette eau gorge la terre et finira bien par s'arrêter de tomber. Les premières chaleurs sur toute cette terre gorgée feront jaillir un printemps exubérant.
Les tracteurs vrombiront, la terre creusée en sillons sombres offrira ses flancs ouverts et ses espérances profondes.
Plus près de moi, je retrouverai le plaisir de mon petit potager pour le moment abandonné.
En attendant, je cuisine, je lis, j'écris, et, dans la foulée, je vais dessiner. Je me sens l'envie de tout explorer, de vaquer et divaguer, d'errer dans un périmètre sans cadre.
Je le sais, ces errances doivent se contenir, ne pas tourner en dispersions anarchiques où le centre se perd, où le sens se dilue trop. Je tâche de veiller, sans "sur" veiller. Laisser la bride lâche, mais garder le licol au front de ce petit cheval sauvage vite emballé.
Le retour de mes petits malaises ces derniers jours m'alertent sur une limite approchée.
J'ai repris avec enthousiasme une activité soutenue, des interventions un peu éparpillées au delà de mon territoire. Je sens la sonnette d'alarme toute physique de mes vésicules auriculaires sur le point de frémissement.
Hop là, on freine des quatre fers, on rentre gentiment au box, et on laisse les grands espaces pour plus tard !
Samedi matin, à la jardinerie, un petit survoltage électrique dans mes synapses, trop échauffées sans doute, a failli m'emporter dans ce tourbillon dément, où plus rien ne reste en place, où le sol et le ciel s'emballent en une danse démoniaque, où plus rien n'a de sens ni de queue ni de tête.
Je commence à les connaître, ces tourbillons maléfiques, mais ils restent tellement saisissants, que je ne peux toujours pas en anticiper les effets. Leur assaut ne me laisse parfois même pas le temps de m'assoir par terre, là où je me sens en sécurité, ne pouvant pas comme on dit tomber plus bas !
Sous peine de me convulser en arrière et de me projeter toute seule en une chute tétanisée et dangereuse, j'essaie juste de m'accrocher, à quelque chose ou à quelqu'un, préférentiellement solide et stable, si j'ai ça sous la main.
Samedi, j'avais, et, agrippée comme une perdue à un rack de présentation, jambes écartées à la recherche d'un semblant d'appui, j'ai conjuré le mauvais sort en une prière psalmodiée comme une incantation désespérée, une injonction exigeante et impérative :
- Retiens-moi, retiens-moi !
Mâchoires serrées, regard fixe, seule victime d'un ouragan fantasmé, quand rien dans les parages ne bougeait.
Jean-Michel était là, en plus du rack. Sa présence et son soutien, ma résistance fervente et la tangible solidité du rack, m'ont arrimée à la réalité. Le diabolique tournis a ralenti. Le ciel et la terre se sont désolidarisés et remis à leur place, les choses ont arrêté de tourner.
Le calme revenait, le sang battait moins fort à mes tempes, le bourdonnement dans mes oreilles lourdes comme des masses de plomb est descendu de plusieurs tons.
L'alerte était passée, sans mal.
Après coup, je me suis avisée que la position aurait pu faire du dégât, si jamais mon malaise avait poursuivi sa route, jusqu'à la convulsion : à ce stade, je me jette en arrière, raide comme du bois, tendue comme un ressort bandé à l'extrême. Cette détente jaillit en une poussée fulgurante, et, à ce moment là, le choc contre le premier obstacle venu est assez brutal.
J'ai ainsi failli casser le joli nez de Sophie, ma collègue, assise derrière moi, lors d'une attaque semblable, l'année dernière.
Cette fois, Jean-Michel, a eu la sagesse de se déporter sur le côté, pressentant là tous les éléments réunis pour une impulsion offensive.
Dieu merci, il ne s'est rien passé de tel, cette fois, et j'ai pu continuer ma journée de travail efficacement, et sans plus de désagréments. Quand sinon, on embarque pour plusieurs heures de nausées crispées sur un estomac vite vide, vertiges, spasmes et frissons, vous maintenant par terre, misérable et impuissante.
C'est la visée des rééducations dites vestibulaires : familiariser le cerveau à ces sensations hautement déstabilisantes, de façon à lui rendre le contrôle de la situation, pour rattraper un coup si mal parti.
Dans mon cas, ce n'est pas une mince affaire : soit je suis une piètre élève, soit les vésicules de mes oreilles sont comme moi, fougueuses et excessives.
Un peu des deux, sans doute...
Cette scène m'a donné l'occasion de me souvenir d'une anecdote amusante et riche d'enseignements sur notre nature humaine bien alambiquée :
Un maquignon féru de bonnes affaires réussissait dans son métier.
Il avait pour épouse une femme au tempérament vif.
Les trop nombreuses et longues absences de son homme laissaient la belle sur sa faim.
Emportée par les bouillonnements de son sang ardent,
Elle prit amant.
Le maquignon, aguerri aux finesses et subtilités des rapports humains,
Ne tarda pas à s'en apercevoir.
Sa mésaventure fit le tour du village.
Le mari, la femme et l'amant savaient,
Ils savaient que les deux autres savaient,
Ils savaient aussi que tout le village, savait.
Tout le monde savait, mais personne n'en parlait, ouvertement.
Dans les chaumières et les réunions, évidemment, les langues se déliaient lestement.
La mari, rusé mais couard, prenait son parti de l'affaire :
Sa femme trop sensuelle exigeait davantage qu'il ne pouvait donner.
L'amant le déchargeait de ce surcroît d'énergie et le préservait d'une grande fatigue.
Le maquignon était homme d'affaires, plus qu'homme de lit.
Pour autant, ce fin négociant en bestiaux avait sa fierté !
Il tenait à sa réputation, et ne pouvait souffrir d'admettre sur la place publique
La débilité de ses appétits d'homme !
Il préféra se montrer magnanime envers sa femme victime de ses sens,
Pardonnant ses faiblesses plus fortes qu'elle-même.
Il fit porter tout le poids de la faute à l'amant,
Pardonnant ses faiblesses plus fortes qu'elle-même.
Il fit porter tout le poids de la faute à l'amant,
Pérorant partout que s'ils se trouvaient face à face, il le tuerait.
Tout en évitant soigneusement d'avoir à le croiser...
C'était une parade dont personne ne fût dupe,
Mais dont tout le monde admit le masque.
Tout en évitant soigneusement d'avoir à le croiser...
C'était une parade dont personne ne fût dupe,
Mais dont tout le monde admit le masque.
Tout le monde, sauf l'amant !
A une foire quelconque, le maquignon et l'amant se trouvèrent ensemble.
J'ai séduit ta femme ! lança l'amant à la face du mari penaud.
Et toi, homme de peu,
Tu me laisses faire sans combattre !
Les spectateurs nombreux de la scène s'attroupèrent autour de l'arène :
Le maquignon aux affaires florissantes était mal en point.
Certains paysans floués par l'homme habile dans son métier
Virent là une façon de consolation.
Leur déception d'une bête vendue au rabais ou de telle autre achetée trop cher,
Même ancienne, leur était restée en mémoire.
Cette confrontation où le rusé maquignon n'avait pas l'avantage
Adoucirait leur dépit et calmerait leurs aigreurs.
Le mari trompé saisit aussitôt l'inconfort de sa posture.
L'amant lui tenait la dragée haute, décidé à le mettre à terre.
La fuite serait une déroute.
Le combat pire encore.
Le maquignon était homme d'affaires avisé,
Pas combattant valeureux ni téméraire.
Que faire ?
Se jetant dans les bras d'un homme tout proche,
Il agrippa ses mains aux siennes,
De telle sorte qu'on ne démêlât pas qui tenait qui.
Donnant les signes de l'agitation la plus extrême,
Le maquignon faisait mine de vouloir se dégager d'une étreinte imaginaire.
Il n'était ni grand séducteur ni guerrier vaillant,
Mais de grand comédien il avait les talents.
Retenez-moi ! Retenez-moi ! hurlait-il en serrant les mâchoires.
Il se reculait, poussant derrière lui l'homme auquel il s'était accroché.
La scène confuse paraissait tout et son contraire.
Les paysans éberlués ne savaient plus que penser.
La surprise figeait l'amant.
Le mari battait en retraite en donnant tous les signes d'une terrible colère
Contenue par la seule force de cet autre entraîné bien malgré lui
Dans cette scène hautement théâtrale.
Le maquignon s'éclipsa, fondu dans la foule nombreuse,
Et tout le monde resta sur sa faim,
L'amant marri de son duel manqué,
Et les paysans frustrés d'un combat avorté.
Chacun rentra chez soi et tout le monde retrouva son rôle,
Dans cette partition humaine où la meilleure science est la connaissance de soi.
Les spectateurs nombreux de la scène s'attroupèrent autour de l'arène :
Le maquignon aux affaires florissantes était mal en point.
Certains paysans floués par l'homme habile dans son métier
Virent là une façon de consolation.
Leur déception d'une bête vendue au rabais ou de telle autre achetée trop cher,
Même ancienne, leur était restée en mémoire.
Cette confrontation où le rusé maquignon n'avait pas l'avantage
Adoucirait leur dépit et calmerait leurs aigreurs.
Le mari trompé saisit aussitôt l'inconfort de sa posture.
L'amant lui tenait la dragée haute, décidé à le mettre à terre.
La fuite serait une déroute.
Le combat pire encore.
Le maquignon était homme d'affaires avisé,
Pas combattant valeureux ni téméraire.
Que faire ?
Se jetant dans les bras d'un homme tout proche,
Il agrippa ses mains aux siennes,
De telle sorte qu'on ne démêlât pas qui tenait qui.
Donnant les signes de l'agitation la plus extrême,
Le maquignon faisait mine de vouloir se dégager d'une étreinte imaginaire.
Il n'était ni grand séducteur ni guerrier vaillant,
Mais de grand comédien il avait les talents.
Retenez-moi ! Retenez-moi ! hurlait-il en serrant les mâchoires.
Il se reculait, poussant derrière lui l'homme auquel il s'était accroché.
La scène confuse paraissait tout et son contraire.
Les paysans éberlués ne savaient plus que penser.
La surprise figeait l'amant.
Le mari battait en retraite en donnant tous les signes d'une terrible colère
Contenue par la seule force de cet autre entraîné bien malgré lui
Dans cette scène hautement théâtrale.
Le maquignon s'éclipsa, fondu dans la foule nombreuse,
Et tout le monde resta sur sa faim,
L'amant marri de son duel manqué,
Et les paysans frustrés d'un combat avorté.
Chacun rentra chez soi et tout le monde retrouva son rôle,
Dans cette partition humaine où la meilleure science est la connaissance de soi.
J'aime bien ces petites fables. Je me souviens avoir eu en main le volume épais et compact de celles de Lafontaine.
Envié cette science de repérer les faiblesses humaines, et cette sagesse de les habiller de peaux de bêtes...
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