Dimanche 6 janvier 2019 18h52
Un dimanche repos total m'amène ici.
La masse atmosphérique immobile étale un gris uniforme de la pointe du jour à son couchant. La lumière décroît sans qu'on perçoive de nuances.
Je n'ai pas pu m'ensoleiller hier. Nous avons à la jardinerie un projet de réaménagement de l'intérieur. Je suis toujours très adepte de ces travaux là, et on me demande volontiers de l'aide.
Nous continuerons cette semaine. Pour samedi prochain déjà, le projet devrait prendre tournure. Les petits jeunes s'attellent à la tâche avec des pics d'enthousiasme, modérés de moments flous, où ils disparaissent. La jardinerie est grande, ils se glissent facilement hors du champ d'action, à la faveur d'un client potentiel, là-bas, plus loin, ou juste en un mouvement coulé et furtif. Pfffuit, ils étaient là, ils n'y sont plus ! Les petits sacripants…
Je ne me fatigue plus à vouloir à toutes forces mobiliser des troupes fluctuantes. Je travaille avec plaisir, à une cadence convenable pour moi. Si j'ai de l'assistance, je sais l'employer efficacement. Si je n'en ai pas, je m'en passe. Les projets que j'initie, je prends la précaution de les limiter à une échelle où je me suffis, ou alors, je prends appui sur la haute hiérarchie, de façon à ne pas avoir à assurer le suivi de la main d'œuvre. Tout se fait, et je m'y fatigue bien moins, tant il est souvent plus facile de faire les choses soi-même que de les faire faire. J'ai du manquer quelques chapitres lors de mes rares formations à l'encadrement... !
Ici, les petites gelées frisottent les feuilles de l'oranger, et aplatissent les fleurs des cyclamens. Pas trop de mal pour l'instant, même si les dégâts se rendent visibles à quelques jours de distance. Nous verrons bien.
Je lis en ce moment une chronique relatant la "déchéance de Mrs Robinson". Une femme de l'aristocratie anglaise du milieu du XIXème siècle, tient un journal intime, où elle couche les péripéties d'une ou autre aventures extra-conjugales. Ce journal, mis au jour par son mari, va servir à l'accabler lors du procès en divorce. La défense tente de réduire les notes quasi quotidiennes aux fantasmes couchés par écrit d'une femme à l'imagination effervescente. Affabulations d'une âme oisive à la libido insatisfaite. Le tout étalé dans la presse, comme un feuilleton à sensations. Les carnets, d'intimes et secrets, deviennent pièces à conviction données en pâture aux juges, et aux curieux. Honte et décadence de la pauvre Mrs Robinson.
On commente dans cette chronique la propension des écrivains de cette période à utiliser cette forme d'écriture intimiste.
Les facilités, limites et dangers de l'usage sont décortiqués.
Je me suis évidemment intéressée au sujet.
En gardant bien en tête le côté faussement "intime" de ma chronique, puisque mes écrits pseudo introspectifs ne sont pas destinés au secret. Ils sont même plutôt le contraire !
Le danger reste celui de la complaisance à se livrer, à se penser sujet intéressant à observer et décrire, sujet intéressant en observateur ou narrateur, de soi-même ou du reste.
J'y ai réfléchi, un peu.
Et puis, je me suis dit : quelle différence cela fait-il de coucher ses pensées sur le papier, ou de les avoir en tête ? N'est-ce pas une opportunité de s'en dégager, plutôt ? Complaisance il y a, sûrement. Et pourquoi pas ? Depuis quand une entreprise devrait-elle être déclarée néfaste par sa vanité ? L'orgueil de se croire intéressant à lire, par d'autres ou par soi-même, la fatuité de croire ses pensées précieuses au point qu'il faille les graver sur le marbre pour ne pas les perdre, épargneraient-ils ceux qui n'écrivent pas ? Est-on moins névrosé quand on parle, ou quand on agit, avec le même esprit égocentré-narcissique ?
Je ne le pense pas.
J'y ai réfléchi, un peu.
Et puis, je me suis dit : quelle différence cela fait-il de coucher ses pensées sur le papier, ou de les avoir en tête ? N'est-ce pas une opportunité de s'en dégager, plutôt ? Complaisance il y a, sûrement. Et pourquoi pas ? Depuis quand une entreprise devrait-elle être déclarée néfaste par sa vanité ? L'orgueil de se croire intéressant à lire, par d'autres ou par soi-même, la fatuité de croire ses pensées précieuses au point qu'il faille les graver sur le marbre pour ne pas les perdre, épargneraient-ils ceux qui n'écrivent pas ? Est-on moins névrosé quand on parle, ou quand on agit, avec le même esprit égocentré-narcissique ?
Je ne le pense pas.
La mienne, d'entreprise, je veux bien la considérer vaine. Mais au pire, alors. Néfaste ou dangereuse, non. A mon sens, on n'aggrave pas l'étrécissement de son horizon en le mettant en mots, même s'ils tournent en boucles. Ils tourneraient tout autant, si ce n'est davantage, en boucles, autrement.
Le danger serait à mon avis que l'écriture introspective devienne addiction impérieuse et exclusive. Là, oui, comme dans tous les systèmes où un seul centre d'intérêt focalise toute l'énergie vitale, il y aurait risque d'aspiration dans une spirale destructrice.
L'écriture, introspective, narrative, fictive ou de n'importe quelle essence qu'elle puisse être, si elle donne du plaisir, ne peut pas, je le crois, être mauvaise.
L'écriture, si elle permet de déverser un trop plein hors de soi, dans des feuillets secrets ou sur la grand place, n'est pas le malaise, elle en est l'exutoire.
C'est le trop plein, sa nature, qui peut-être poison. Et poison violent s'il est couvé à l'ombre du secret à cacher.
Je ne démords pas de cette théorie là.
La "déchéance de Mrs Robinson", ce n'est pas d'avoir trouvé soulagement à écrire, c'est d'avoir eu à taire son tourment, à en faire un secret à ne pas dévoiler.
Je n'aime pas les secrets quand ils pèsent et étouffent.
Je respecte l'intimité et sa sphère, je discerne les périmètres et les cercles associés dans les relations humaines et sociales, je comprends la nécessité de parois moins perméables.
J'aime le secret du jardin secret, le secret partagé entre intimes, celui que l'on couve et qui réconforte, celui qui se garde au chaud et réchauffe. Le secret de l'individu qui se reconnaît dans son genre, mais se sait unique et différent, aussi, et préserve cette unicité et cette différence.
C'est étrange qu'une langue aussi riche que la nôtre ne différencie pas ces deux formes de secrets là. Le secret trésor, et le secret honte.
Ou alors, nos linguistes imprégnés d'une morale impérieuse, ont-ils postulé que cacher, ce n'est "pas bien" ?
Pour moi, ma morale est toute en nuances commodes : cacher, quand ça fait du bien, c'est bien. Quand ça fait du mal, c'est mal.
L'ennui, c'est quand le bienfait pour soi s'oppose au bienfait pour les autres, et inversement.
Là, c'est sûr, ça devient plus compliqué…
Mercredi 9 janvier 2019 14h58
La pluie de la nuit dernière a réhydraté la terre altérée par le froid vif. Les plantes ont meilleure mine, ce matin. L'air est bien plus doux. C'est agréable de sortir sans être pincé par la petite gelée mauvaise.
Mes réflexions profondes ayant comme souvent tourné court en me laissant aussi bourrique que ci-devant, j'ai abandonné.
Des préoccupations plus immédiates et prosaïques m'ont hélée.
Par ces petits matins gelés, je ne me suis pas préoccupée de nos installations d'arrivée d'eau extérieures. Honte à moi !
L'année dernière, j'avais calfeutré tout bout de tuyau apparent, emmitouflé les compteurs d'eau, chapeauté les abreuvoirs extérieurs.
Cette année, rien.
L'idée m'est venue tardivement, de m'inquiéter de la protection hivernale.
Deux ou trois matins en dessous de zéro avaient déjà sévi, quand je me suis souvenue de notre bon vieux surpresseur.
A une époque, nous étions si régulièrement à son chevet, que le soulagement de le sentir maintenant fonctionner sans embûches l'a exagérément éloigné de notre paysage. C'est bien simple, nous n'y pensons plus, quand, avant, les crachotements en soubresauts chaotiques au robinet nous le rappelaient trop souvent…
Cet appareil assure maintenant sa fonction sans se rappeler à notre bon souvenir. La dernière opération de réglage date : le lierre a rampé sur la petite porte de l'abri, et la terre fouillée par quelque bête terrassière a enterré la trappe de visite du robinet d'arrivée en direct.
Dieu merci, cette trappe de visite existe, et, par un ingénieux mais simple dispositif de repérage, (un tube plastique fiché verticalement en terre) nous avons accès à l'eau courante, même quand le surpresseur est en panne. Un très réel progrès, au lieu d'avoir à creuser au jugé : par là, non, peut-être plutôt par ici, c'est plus profond, non, là, on est trop bas. Nous sommes encore loin du compte, mais, nous avançons, allez !
Lundi matin, pendant le café pris en commun, nous nous sommes dit : tiens, il fait bien froid encore aujourd'hui. De fil en aiguille, et sans aller chercher trop loin, nous en sommes venus à ce fameux risque de gelée des installations extérieures, et, bien, vite, à notre surpresseur, bien vulnérable dans son cagibi en parpaings, au plein vent.
Ce cagibi est exigu et bas. Le "couvercle" posé sur le muret de parpaing est une plaque bétonnée de plusieurs centimètres d'épaisseur, impossible à enlever. Il faut se glisser par la petite ouverture, plié en deux, se faufiler entre les tuyaux, sans pouvoir se relever. Ce n'est évidemment pas très engageant.
Je me suis approchée du cagibi, lundi, serrant le col de mon gilet autour de mon cou. Le vent piquant mordait la peau. Repoussant la végétation devant le volet d'ouverture, j'ai du d'abord dégager la terre qui coinçait le volet. Et oui, du temps avait passé, et la vie avait continué, ici.
Quand j'ai pu rabattre le battant de bois, un seul coup d'œil à suffit à me désoler : au tout premier plan, le flexible de raccordement de la pompe à l'installation fuyait, juste au niveau du sertissage. De l'eau cerclait le fer tressé de nylon, débordait goutte à goutte hors de la bague brillante. Au sol, une tâche humide s'agrandissait gentiment. Aïe !
Je me penchai pour voir le restant de l'alambic, perdu dans la pénombre. Non, dans le fond, rien à signaler de particulier, ça allait.
Je me reculai, examinai de plus près l'avarie : petite fuite, suintement, presque, mais fuite quand-même.
Je ne savais pas si ma coupable négligence était à incriminer, si ce flexible avait cédé sous la pression de l'eau gelée, ou alors, si seule la vétusté avait sévi, implacablement. Je pouvais bien battre ma coulpe, ou alors, m'exonérer. Le résultat était le même : il fallait changer ce flexible, arrêter le surpresseur pour ce faire, et rétablir le circuit d'arrivée d'eau en direct, le temps de la manœuvre.
Je me mis en action.
Forte de la facilité de notre trappe de visite artisanale, je déblayai la terre poussée dessus. La plaque de béton circulaire était visible. Je la soulevai, tirai à moi le plastique enfourné dans le tube en PVC. Le robinet à l'ancienne dormait au fond, dans sa gangue terreuse, accessible.
Je pouvais débrancher le surpresseur. En ouvrant mon robinet mis au jour, l'eau arrive à la ferme. Mollement, mais suffisamment. Il suffit de viser le bon créneau, d'attendre que les vaches aient bu avant de se déshabiller pour sa douche. Nous sommes deux bipèdes, quatre bêtes à cornes, trois chiens et quatre poules dans la ferme. Avec un peu de coordination, nous pouvons juxtaposer notre consommation d'eau.
J'entends des voix en bas. Je vais descendre accueillir le visiteur. J'irai ensuite dehors.
Je finirai mon histoire une autre fois.
Vendredi 11 janvier 2019 10h49
La visite a duré.
Je reprends.
Assurée de l'alimentation en eau de l'habitant, je pouvais m'occuper de la restauration du surpresseur. Le flexible, au premier plan, belle corde incurvée et brillante, paraissait conciliant. Il était bien positionné, accessible, de bonne dimension pour la prise en main. Les raccordements, même pas rouillés, tendaient les pans d'écrous solides. Celui du haut était large, un raccord femelle d'un bon centimètre d'épaisseur, présenté sous un angle très favorable à la clé. Je me mis en recherche de la bonne, clé. Ca paraissait gros.
Dans ce surpresseur, pour les réglages de pression minimale et maximale, j'utilise une mignonette douille de 8. Là, il fallait passer à la gamme bien au dessus, carrément au matériel agricole. Une clé de 34 aurait été adéquate, à vue de nez. Je n'avais à disposition immédiate que du 32. Ou alors, une de ces clés à griffes que j'affectionne tant, engins lourds et suffisamment démultipliés pour donner une idée de force sophistiquée.
Toujours pliée en deux, je positionnai les mâchoires, tournant la mollette pour ajuster la prise. Je ne voulais pas endommager les angles de l'écrou. Les arrondir et les rendre impropres à toute éventuelle autre préemption efficace.
Une petite poussée, dents serrées plus sur la concentration que sur l'effort, l'écrou relâcha sa prise. Aussitôt, un jet d'eau en pression fusa en sifflant. La prise électrique toute proche fût évitée de justesse. Je donnai un quart de tour, de façon à diriger le jet exutoire vers le bas. Et sur mes genoux. Par cette température fraîche, ce n'était pas le plus bienvenu, mais bon !
L'installation électrique épargnée, la pression du ballon pouvait sans risque se relâcher. Je profitai de ce filet d'eau pour nettoyer sommairement les alentours, autant que ma position courbée me le permettait.
Me reculant, je pouvais maintenant agir sur le second levier, l'écrou de devant, à l'autre bout du flexible. A l'observation, celui-ci était plus chafouin. Un écrou mâle, avec une fine collerette pour le dévisser. Tiens donc… La prise était là beaucoup plus délicate, pour une profane comme moi. Ma clé à griffe, lourde et large, paraissait moyennement adaptée. Je n'avais pas mieux.
Comme outil.
Comme intervenant, arrivé juste à temps, mon frère Antton se présenta dans mon champ de vision, et d'action. Il s'approcha. Les interventions dans ce cagibi, il les connaît. Et son manque de commodité, aussi. Nonobstant, il se pencha. Je m'écartai aussitôt, pour lui céder la place.
Depuis cette petite enfance où son estomac refusait toute nourriture, les choses se sont bien arrangées pour lui. Il s'est développé et épanoui tout à fait correctement, un peu trop rondement diraient même quelques méchantes langues perfides. La position pliée en deux lui est pénible, si elle doit être tenue longtemps.
Plein de bonne volonté, il prit en main la clef imposante, la plaça délicatement autour du pas étroit, et han, d'une petite poussée savamment dosée, il débloqua l'impertinent écrou.
42 ans de mécanique, ça vous pose son homme, tout de même !
Là, tout alla très vite. Mes deux frères allèrent quérir un flexible flambant neuf pendant que je préparai le déjeuner. Au retour, ils le replacèrent, académiquement.
Je revins pour la mise en marche du surpresseur, couinant son contentement de reprendre du service. Le ballon rempli, je replongeai dans ma trappe de visite, refermai le robinet. Il pouvait se rendormir, jusqu'à la prochaine fois, aussi loin que possible.
Parce-qu'on ne m'y reprendra pas deux fois, j'emmaillotai douillettement mon appareil dans des sacs en toile de jute.
Tout est rentré dans l'ordre de ce côté-là.
Nous avions de nouveau une jolie pression d'eau bien drue à nos robinets.
Jusqu'à hier matin, où, là, le cumulus nous lâcha.
Pas de gelée dans la cuisine, tout de même. Juste le temps et ses outrages.
Immédiatement, mon équipe intervint là encore, et l'eau nous revint, gaillarde et chaude.
Je n'étais là pas en cause, et décidai, dans la foulée que, pour le surpresseur non plus, je n'avais pas à me flageller inutilement.
Juste à remercier le sort de m'offrir à portée une assistance aussi efficace.
Je respecte l'intimité et sa sphère, je discerne les périmètres et les cercles associés dans les relations humaines et sociales, je comprends la nécessité de parois moins perméables.
J'aime le secret du jardin secret, le secret partagé entre intimes, celui que l'on couve et qui réconforte, celui qui se garde au chaud et réchauffe. Le secret de l'individu qui se reconnaît dans son genre, mais se sait unique et différent, aussi, et préserve cette unicité et cette différence.
C'est étrange qu'une langue aussi riche que la nôtre ne différencie pas ces deux formes de secrets là. Le secret trésor, et le secret honte.
Ou alors, nos linguistes imprégnés d'une morale impérieuse, ont-ils postulé que cacher, ce n'est "pas bien" ?
Pour moi, ma morale est toute en nuances commodes : cacher, quand ça fait du bien, c'est bien. Quand ça fait du mal, c'est mal.
L'ennui, c'est quand le bienfait pour soi s'oppose au bienfait pour les autres, et inversement.
Là, c'est sûr, ça devient plus compliqué…
Mercredi 9 janvier 2019 14h58
La pluie de la nuit dernière a réhydraté la terre altérée par le froid vif. Les plantes ont meilleure mine, ce matin. L'air est bien plus doux. C'est agréable de sortir sans être pincé par la petite gelée mauvaise.
Mes réflexions profondes ayant comme souvent tourné court en me laissant aussi bourrique que ci-devant, j'ai abandonné.
Des préoccupations plus immédiates et prosaïques m'ont hélée.
Par ces petits matins gelés, je ne me suis pas préoccupée de nos installations d'arrivée d'eau extérieures. Honte à moi !
L'année dernière, j'avais calfeutré tout bout de tuyau apparent, emmitouflé les compteurs d'eau, chapeauté les abreuvoirs extérieurs.
Cette année, rien.
L'idée m'est venue tardivement, de m'inquiéter de la protection hivernale.
Deux ou trois matins en dessous de zéro avaient déjà sévi, quand je me suis souvenue de notre bon vieux surpresseur.
A une époque, nous étions si régulièrement à son chevet, que le soulagement de le sentir maintenant fonctionner sans embûches l'a exagérément éloigné de notre paysage. C'est bien simple, nous n'y pensons plus, quand, avant, les crachotements en soubresauts chaotiques au robinet nous le rappelaient trop souvent…
Cet appareil assure maintenant sa fonction sans se rappeler à notre bon souvenir. La dernière opération de réglage date : le lierre a rampé sur la petite porte de l'abri, et la terre fouillée par quelque bête terrassière a enterré la trappe de visite du robinet d'arrivée en direct.
Dieu merci, cette trappe de visite existe, et, par un ingénieux mais simple dispositif de repérage, (un tube plastique fiché verticalement en terre) nous avons accès à l'eau courante, même quand le surpresseur est en panne. Un très réel progrès, au lieu d'avoir à creuser au jugé : par là, non, peut-être plutôt par ici, c'est plus profond, non, là, on est trop bas. Nous sommes encore loin du compte, mais, nous avançons, allez !
Lundi matin, pendant le café pris en commun, nous nous sommes dit : tiens, il fait bien froid encore aujourd'hui. De fil en aiguille, et sans aller chercher trop loin, nous en sommes venus à ce fameux risque de gelée des installations extérieures, et, bien, vite, à notre surpresseur, bien vulnérable dans son cagibi en parpaings, au plein vent.
Ce cagibi est exigu et bas. Le "couvercle" posé sur le muret de parpaing est une plaque bétonnée de plusieurs centimètres d'épaisseur, impossible à enlever. Il faut se glisser par la petite ouverture, plié en deux, se faufiler entre les tuyaux, sans pouvoir se relever. Ce n'est évidemment pas très engageant.
Je me suis approchée du cagibi, lundi, serrant le col de mon gilet autour de mon cou. Le vent piquant mordait la peau. Repoussant la végétation devant le volet d'ouverture, j'ai du d'abord dégager la terre qui coinçait le volet. Et oui, du temps avait passé, et la vie avait continué, ici.
Quand j'ai pu rabattre le battant de bois, un seul coup d'œil à suffit à me désoler : au tout premier plan, le flexible de raccordement de la pompe à l'installation fuyait, juste au niveau du sertissage. De l'eau cerclait le fer tressé de nylon, débordait goutte à goutte hors de la bague brillante. Au sol, une tâche humide s'agrandissait gentiment. Aïe !
Je me penchai pour voir le restant de l'alambic, perdu dans la pénombre. Non, dans le fond, rien à signaler de particulier, ça allait.
Je me reculai, examinai de plus près l'avarie : petite fuite, suintement, presque, mais fuite quand-même.
Je ne savais pas si ma coupable négligence était à incriminer, si ce flexible avait cédé sous la pression de l'eau gelée, ou alors, si seule la vétusté avait sévi, implacablement. Je pouvais bien battre ma coulpe, ou alors, m'exonérer. Le résultat était le même : il fallait changer ce flexible, arrêter le surpresseur pour ce faire, et rétablir le circuit d'arrivée d'eau en direct, le temps de la manœuvre.
Je me mis en action.
Forte de la facilité de notre trappe de visite artisanale, je déblayai la terre poussée dessus. La plaque de béton circulaire était visible. Je la soulevai, tirai à moi le plastique enfourné dans le tube en PVC. Le robinet à l'ancienne dormait au fond, dans sa gangue terreuse, accessible.
Je pouvais débrancher le surpresseur. En ouvrant mon robinet mis au jour, l'eau arrive à la ferme. Mollement, mais suffisamment. Il suffit de viser le bon créneau, d'attendre que les vaches aient bu avant de se déshabiller pour sa douche. Nous sommes deux bipèdes, quatre bêtes à cornes, trois chiens et quatre poules dans la ferme. Avec un peu de coordination, nous pouvons juxtaposer notre consommation d'eau.
J'entends des voix en bas. Je vais descendre accueillir le visiteur. J'irai ensuite dehors.
Je finirai mon histoire une autre fois.
Vendredi 11 janvier 2019 10h49
La visite a duré.
Je reprends.
Assurée de l'alimentation en eau de l'habitant, je pouvais m'occuper de la restauration du surpresseur. Le flexible, au premier plan, belle corde incurvée et brillante, paraissait conciliant. Il était bien positionné, accessible, de bonne dimension pour la prise en main. Les raccordements, même pas rouillés, tendaient les pans d'écrous solides. Celui du haut était large, un raccord femelle d'un bon centimètre d'épaisseur, présenté sous un angle très favorable à la clé. Je me mis en recherche de la bonne, clé. Ca paraissait gros.
Dans ce surpresseur, pour les réglages de pression minimale et maximale, j'utilise une mignonette douille de 8. Là, il fallait passer à la gamme bien au dessus, carrément au matériel agricole. Une clé de 34 aurait été adéquate, à vue de nez. Je n'avais à disposition immédiate que du 32. Ou alors, une de ces clés à griffes que j'affectionne tant, engins lourds et suffisamment démultipliés pour donner une idée de force sophistiquée.
Toujours pliée en deux, je positionnai les mâchoires, tournant la mollette pour ajuster la prise. Je ne voulais pas endommager les angles de l'écrou. Les arrondir et les rendre impropres à toute éventuelle autre préemption efficace.
Une petite poussée, dents serrées plus sur la concentration que sur l'effort, l'écrou relâcha sa prise. Aussitôt, un jet d'eau en pression fusa en sifflant. La prise électrique toute proche fût évitée de justesse. Je donnai un quart de tour, de façon à diriger le jet exutoire vers le bas. Et sur mes genoux. Par cette température fraîche, ce n'était pas le plus bienvenu, mais bon !
L'installation électrique épargnée, la pression du ballon pouvait sans risque se relâcher. Je profitai de ce filet d'eau pour nettoyer sommairement les alentours, autant que ma position courbée me le permettait.
Me reculant, je pouvais maintenant agir sur le second levier, l'écrou de devant, à l'autre bout du flexible. A l'observation, celui-ci était plus chafouin. Un écrou mâle, avec une fine collerette pour le dévisser. Tiens donc… La prise était là beaucoup plus délicate, pour une profane comme moi. Ma clé à griffe, lourde et large, paraissait moyennement adaptée. Je n'avais pas mieux.
Comme outil.
Comme intervenant, arrivé juste à temps, mon frère Antton se présenta dans mon champ de vision, et d'action. Il s'approcha. Les interventions dans ce cagibi, il les connaît. Et son manque de commodité, aussi. Nonobstant, il se pencha. Je m'écartai aussitôt, pour lui céder la place.
Depuis cette petite enfance où son estomac refusait toute nourriture, les choses se sont bien arrangées pour lui. Il s'est développé et épanoui tout à fait correctement, un peu trop rondement diraient même quelques méchantes langues perfides. La position pliée en deux lui est pénible, si elle doit être tenue longtemps.
Plein de bonne volonté, il prit en main la clef imposante, la plaça délicatement autour du pas étroit, et han, d'une petite poussée savamment dosée, il débloqua l'impertinent écrou.
42 ans de mécanique, ça vous pose son homme, tout de même !
Là, tout alla très vite. Mes deux frères allèrent quérir un flexible flambant neuf pendant que je préparai le déjeuner. Au retour, ils le replacèrent, académiquement.
Je revins pour la mise en marche du surpresseur, couinant son contentement de reprendre du service. Le ballon rempli, je replongeai dans ma trappe de visite, refermai le robinet. Il pouvait se rendormir, jusqu'à la prochaine fois, aussi loin que possible.
Parce-qu'on ne m'y reprendra pas deux fois, j'emmaillotai douillettement mon appareil dans des sacs en toile de jute.
Tout est rentré dans l'ordre de ce côté-là.
Nous avions de nouveau une jolie pression d'eau bien drue à nos robinets.
Jusqu'à hier matin, où, là, le cumulus nous lâcha.
Pas de gelée dans la cuisine, tout de même. Juste le temps et ses outrages.
Immédiatement, mon équipe intervint là encore, et l'eau nous revint, gaillarde et chaude.
Je n'étais là pas en cause, et décidai, dans la foulée que, pour le surpresseur non plus, je n'avais pas à me flageller inutilement.
Juste à remercier le sort de m'offrir à portée une assistance aussi efficace.
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