Samedi 29 décembre 2018 7h50
Lundi 31 décembre 2018 18h20
En arrivant à la jardinerie samedi matin, j'ai été saisie par la beauté de ce simple halo lumineux sur les rameaux emperlés de brouillard des branches du bouleau.
L'image, comme souvent mes images, ne rend pas l'effet. J'en garde l'empreinte en tête, et la retrouverai, je pense, intacte, à distance.
Cette lumière orangée, chaude dans l'air froid givré d'un brouillard dense, ce rayon tremblé et léger d'eau en suspension, cueillait délicatement les gouttelettes étincelantes accrochées aux bourgeons endormis des bouleaux. Cette lune artificielle, baignait d'une bienveillance tranquille, l'ambiance d'un petit matin froid.
Je me suis arrêtée un instant, le temps de m'imprégner de cette beauté du moment, de cette note fragile en suspens. Je me suis émerveillée, comme j'aime à le faire, pour cette vision, ordinaire sans doute, encore que…
Cette lumière et cette ambiance m'ont immédiatement rappelé ce texte dru déversé il y a dix ans. La fin de ce "La pause" prenait dans mon esprit corps au bord d'un autre rond-point pareil à celui-ci, par une tombée de nuit froide, aussi. J'avais imaginé une atmosphère semblable, la morsure du froid annihilée par l'impression chaleureuse du cône éclairé d'une haute lanterne urbaine.
Je m'y voyais mourir, confiante d'abord, et presque confortable, sous les coups de quelques pochards à la sauvagerie déchainée. J'étais tombée contre le trottoir dur, prête au trépas sans lutter davantage, soulagée, presque. C'était triste, mais doux. Ca donnait presque envie.
Eux, lassés d'une résistance aussi molle, décidaient de m'immoler par la flamme.
Eux, lassés d'une résistance aussi molle, décidaient de m'immoler par la flamme.
Ma dernière pensée, perdue alors dans une panique effroyable, la dernière phrase concluant ce texte, était : mourir est difficile aussi, alors, quand vivre l'était déjà bien assez…
Un constat plein de joie et de légèreté, un épilogue optimiste et engageant !
Je me souviens bien, en initiant ce morceau, m'être sentie, par anticipation, alléchée de ces vingt pieds assenés en une sentence faussement profonde.
Ma pédante philosophie est restée plus ou moins la même.
J'espère quand-même avoir conquis une once d'humilité suffisante à me la représenter comme la farce qu'elle est.
En attendant, la juxtaposition des deux scènes, l'une éclatant en une violence furieuse, après avoir failli s'allonger dans une quiétude séduisante, l'autre bucolique et d'une fascination innocente et magique, ne donne pas lieu à hésiter : j'ai choisi résolument de m'émerveiller et de tourner le dos à la fatalité noire, autant que je le pourrai.
Mes penchants naturels et profonds ne m'y poussent pas toujours spontanément : et bien je rééduque ces penchants avec assiduité et constance.
Ce sera ma trajectoire choisie en crédo pour la nouvelle année, et celles à venir :
Cultiver la joie et la répandre, autant pour moi qu'autour de moi, chaque instant de chaque jour.
M'en tenir aux devoirs obligés, et uniquement à ceux-là.
Adapter, en souplesse et sans heurts, mon périmètre d'action à ma capacité réévaluée au plus juste.
Pratiquer la bienveillance cognitive, cette métacognition nouvellement apprise, comme une manière de jeu.
Continuer, chaque instant de chaque jour, à s'émerveiller.
Mon programme 2019, ma bonne résolution.
Pour prendre de l'avance, et parce-qu'il n'est jamais trop tôt pour bien faire, j'ai déjà commencé.
Cette après-midi, avec mon grand mari, nous sommes allés nous promener dans les montagnes autour d'Otxondo.
Nous sommes montés, nous nous sommes élevés en lacets au dessus de la nappe de brouillard versée comme une mer agitée et pourtant silencieuse entre les flancs longs et ronds.
Le grand soleil dans un ciel pur nous attendait, chaud et accueillant, en haut.
Les versants arrondis s'allongeaient dans le vallon douillet entre les bancs d'une brume bleue et blanche. On aurait dit de grosses bêtes couchées dans un lit de plumes légères et soyeuses.
C'était beau, calme, vivifiant.
Nous avons marché un bon moment dans le grand silence où planaient les vautours aux ailes déployées, les fumées rares des cheminées minuscules au loin, les bruyères obstinées accrochées aux roches lisses.
Assis au pied d'un chêne vénérable, nous nous sommes laissés réchauffer et alanguir.
En redescendant, l'atmosphère hivernale et grise nous a donné l'envie d'intérieur douillet.
Cette année se termine.
Je l'ai trouvée meilleure que les deux précédentes.
L'expérience de ces deux-là, où ma vulnérabilité m'a soudainement rattrapée, a été salutaire. Désagréable, très, mais, je le crois et l'espère, formatrice.
Plus de cinquante années d'une avancée où rien ne me semblait devoir arrêter une énergie indémontable, sûrement pas les quelques rares et brefs épisodes moins toniques, l'impression d'une force inentamée par le temps passant, m'avaient tendu le reflet d'une inébranlabilité illusoire.
Là, brutalement, j'ai du déchanter.
Rattrapée subitement par la marche des années, fragilisée par les fissures d'une faille intérieure laissée béante et muette, classiquement ébranlée par cette ménopause dont il est de bon ton de ne pas parler, j'ai chu.
Et me suis tant bien que mal ramassée.
Après cette dernière année, je dirais plutôt bien que mal, même s'il est tôt pour pérorer.
Ce bon vieux Menières mal cerné, cette bipolarité suspecte, je les ai posés sur la table devant moi, pour les examiner d'un œil mieux veillant. Puisqu'ils s'étaient invités à la fête, autant les recevoir au mieux !
Il m'a fallu du temps, pas mal de tentatives et de recommencements. Je sens le progrès, je sens mon métabolisme et mes réflexes cognitifs s'adapter.
Les vertiges me déséquilibrent encore, ils le feront sûrement toujours. Ils ne me jettent plus à terre, vomissant pendant des heures, tour à tour frissonnante et trempée d'une sueur mauvaise. Ils ne me rendent plus flageolante et suffoquée à la rive, à chaque crise, comme après une presque noyade.
Je sens maintenant la vague se lever dans mon cerveau, le trouble altérer ma vision et rendre mon environnement mouvant. Aussitôt, je mobilise mes facultés résistives et parviens le plus souvent à juguler le phénomène. Le panorama retrouve sa stabilité, la tension dans ma tête redescend d'un cran. Quelques minutes à peine, quelques secondes seulement parfois, et je reprends le cours de ma journée. Je mesure cette amélioration, et m'en réjouis, évidemment !
La surdité m'isole. Mes appareils compensent, d'une manière mécanique à laquelle je dois souscrire, plaquant sur les sons numérisés les bonnes informations. Un bruit entendu pour la première fois par les prothèses doit être "expliqué" au cerveau, pour qu'il le transcrive la fois suivante correctement. C'est un exercice inédit. C'est la seule opportunité pour moi de garder le contact sonore. Je m'y astreins, et y souscris comme à une contrainte à laquelle on peut bienheureusement parer.
Les angoisses étreignent mes entrailles comme un poing qui serre trop fort. Je les convoque une à une, et remets les choses à leur place, renvoie les scénarios alarmistes derrière le rideau, faisant place sur la scène pour des projections plus optimistes.
Les attaques sont toujours les mêmes. Mes parades deviennent meilleures.
Cet effondrement hormonal bien naturel à mon âge, je le subis aussi, comme toutes les femmes, évidemment.
J'ai remarqué combien cette étape pourtant si marquante est assez peu relatée.
La ménopause se teinterait-elle de honte ? De la culpabilité d'abandonner la mission procréative indispensable au maintien de l'espèce ? Du désagrément évident à perdre sa séduction, même pour les plus communes ?
Le regard des hommes se détourne des femmes vieillissantes. L'amour, la grande affaire de la majorité femelle, sa recherche et sa conquête, ses désirs et ses soupirs, s'étiole et s'affadit. Il n'habite plus le corps et déserte les rêves.
L'amour, sa recherche et sa conquête, ses désirs et ses soupirs, ne se remplacent pas facilement. Ils tiennent une telle place dans nos vies de femmes !
L'amour, sa recherche et sa conquête, ses désirs et ses soupirs, peuvent devenir autre chose, autrement.
J'en suis aux balbutiements de mon apprentissage. J'ai plusieurs casseroles sur le feux, et celle-ci n'est pas la plus brûlante. Quand la force se fait parcimonieuse, il vaut mieux je le crois prendre une chose après l'autre.
Je crois quand-même au bienfait des mots dits, des sensations allégées de tout sentiment de honte ou de culpabilité.
Que les femmes se sentent fragiles à ce moment est déjà bien suffisant. Qu'elles se sachent au moins "écoutables" et prises en compte dans cette étape difficile me semble de nature à améliorer leur malaise.
Je revendique pour la ménopause comme pour les maladies que l'on peut soupçonner de complaisance, une légitimité lavée de toute incitation au silence !
Dire, c'est sortir, empêcher de devenir chancre à l'intérieur. J'en parle d'expérience !
Mes pensées manquent sûrement d'élévation et de largesse. Je tourne en boucle autour de mon petit nombril, et ne voit guère au delà.
Les essentiels organiques assurés, c'est un luxe de pouvoir s'inquiéter du reste.
Je partage l'opinion selon laquelle il n'y aurait pas de dépressions dans les pays en guerre ou ceux en famine : la lutte pour la survie exonère des troubles plus "éthérés".
D'accord. Que l'on me pardonne : je ne suis pour le moment ni affamée, ni menacée suffisamment. J'ai cette latitude de pouvoir m'inquiéter de choses moins vitales, sur ce plan, et pourtant inéluctables à la condition humaine, dès qu'elle est assurée de sa subsistance immédiate.
Je pourrais c'est-sûr m'occuper de façon plus élevée de mes semblables, de la marche du monde et de l'avancée de la civilisation.
Je pourrais, oui, mais ne m'en sens pas la faculté.
Alors, je fais comme ça me vient, je tourne en rond autour de ma petite personne.
Et recherche pour moi ce qui me fait la vie meilleure.
Qui sait, peut-être cela pourrait-il servir à d'autres, aussi ?
Ca m'ôterait l'idée tout de même dérangeante d'être égoïste et vaine tout à fait…
L'expérience de ces deux-là, où ma vulnérabilité m'a soudainement rattrapée, a été salutaire. Désagréable, très, mais, je le crois et l'espère, formatrice.
Plus de cinquante années d'une avancée où rien ne me semblait devoir arrêter une énergie indémontable, sûrement pas les quelques rares et brefs épisodes moins toniques, l'impression d'une force inentamée par le temps passant, m'avaient tendu le reflet d'une inébranlabilité illusoire.
Là, brutalement, j'ai du déchanter.
Rattrapée subitement par la marche des années, fragilisée par les fissures d'une faille intérieure laissée béante et muette, classiquement ébranlée par cette ménopause dont il est de bon ton de ne pas parler, j'ai chu.
Et me suis tant bien que mal ramassée.
Après cette dernière année, je dirais plutôt bien que mal, même s'il est tôt pour pérorer.
Ce bon vieux Menières mal cerné, cette bipolarité suspecte, je les ai posés sur la table devant moi, pour les examiner d'un œil mieux veillant. Puisqu'ils s'étaient invités à la fête, autant les recevoir au mieux !
Il m'a fallu du temps, pas mal de tentatives et de recommencements. Je sens le progrès, je sens mon métabolisme et mes réflexes cognitifs s'adapter.
Les vertiges me déséquilibrent encore, ils le feront sûrement toujours. Ils ne me jettent plus à terre, vomissant pendant des heures, tour à tour frissonnante et trempée d'une sueur mauvaise. Ils ne me rendent plus flageolante et suffoquée à la rive, à chaque crise, comme après une presque noyade.
Je sens maintenant la vague se lever dans mon cerveau, le trouble altérer ma vision et rendre mon environnement mouvant. Aussitôt, je mobilise mes facultés résistives et parviens le plus souvent à juguler le phénomène. Le panorama retrouve sa stabilité, la tension dans ma tête redescend d'un cran. Quelques minutes à peine, quelques secondes seulement parfois, et je reprends le cours de ma journée. Je mesure cette amélioration, et m'en réjouis, évidemment !
La surdité m'isole. Mes appareils compensent, d'une manière mécanique à laquelle je dois souscrire, plaquant sur les sons numérisés les bonnes informations. Un bruit entendu pour la première fois par les prothèses doit être "expliqué" au cerveau, pour qu'il le transcrive la fois suivante correctement. C'est un exercice inédit. C'est la seule opportunité pour moi de garder le contact sonore. Je m'y astreins, et y souscris comme à une contrainte à laquelle on peut bienheureusement parer.
Les angoisses étreignent mes entrailles comme un poing qui serre trop fort. Je les convoque une à une, et remets les choses à leur place, renvoie les scénarios alarmistes derrière le rideau, faisant place sur la scène pour des projections plus optimistes.
Les attaques sont toujours les mêmes. Mes parades deviennent meilleures.
Cet effondrement hormonal bien naturel à mon âge, je le subis aussi, comme toutes les femmes, évidemment.
J'ai remarqué combien cette étape pourtant si marquante est assez peu relatée.
La ménopause se teinterait-elle de honte ? De la culpabilité d'abandonner la mission procréative indispensable au maintien de l'espèce ? Du désagrément évident à perdre sa séduction, même pour les plus communes ?
Le regard des hommes se détourne des femmes vieillissantes. L'amour, la grande affaire de la majorité femelle, sa recherche et sa conquête, ses désirs et ses soupirs, s'étiole et s'affadit. Il n'habite plus le corps et déserte les rêves.
L'amour, sa recherche et sa conquête, ses désirs et ses soupirs, ne se remplacent pas facilement. Ils tiennent une telle place dans nos vies de femmes !
L'amour, sa recherche et sa conquête, ses désirs et ses soupirs, peuvent devenir autre chose, autrement.
J'en suis aux balbutiements de mon apprentissage. J'ai plusieurs casseroles sur le feux, et celle-ci n'est pas la plus brûlante. Quand la force se fait parcimonieuse, il vaut mieux je le crois prendre une chose après l'autre.
Je crois quand-même au bienfait des mots dits, des sensations allégées de tout sentiment de honte ou de culpabilité.
Que les femmes se sentent fragiles à ce moment est déjà bien suffisant. Qu'elles se sachent au moins "écoutables" et prises en compte dans cette étape difficile me semble de nature à améliorer leur malaise.
Je revendique pour la ménopause comme pour les maladies que l'on peut soupçonner de complaisance, une légitimité lavée de toute incitation au silence !
Dire, c'est sortir, empêcher de devenir chancre à l'intérieur. J'en parle d'expérience !
Mes pensées manquent sûrement d'élévation et de largesse. Je tourne en boucle autour de mon petit nombril, et ne voit guère au delà.
Les essentiels organiques assurés, c'est un luxe de pouvoir s'inquiéter du reste.
Je partage l'opinion selon laquelle il n'y aurait pas de dépressions dans les pays en guerre ou ceux en famine : la lutte pour la survie exonère des troubles plus "éthérés".
D'accord. Que l'on me pardonne : je ne suis pour le moment ni affamée, ni menacée suffisamment. J'ai cette latitude de pouvoir m'inquiéter de choses moins vitales, sur ce plan, et pourtant inéluctables à la condition humaine, dès qu'elle est assurée de sa subsistance immédiate.
Je pourrais c'est-sûr m'occuper de façon plus élevée de mes semblables, de la marche du monde et de l'avancée de la civilisation.
Je pourrais, oui, mais ne m'en sens pas la faculté.
Alors, je fais comme ça me vient, je tourne en rond autour de ma petite personne.
Et recherche pour moi ce qui me fait la vie meilleure.
Qui sait, peut-être cela pourrait-il servir à d'autres, aussi ?
Ca m'ôterait l'idée tout de même dérangeante d'être égoïste et vaine tout à fait…

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