vendredi 18 janvier 2019

14 au 18 janvier



Lundi 14 janvier 10h57



Une petite bruine nous tombe du ciel. Les températures ont remonté.
C'est une autre ambiance, moins vive et moins piquante.
Un bien agréable dimanche, hier, entre amis. Beaucoup de bruits, des conversations croisées perdues pour moi, même avec l'assistance numérique. Du plaisir quand-même !

Je reprends mes petits dossiers, laissés en suspens en fin d'année. Ces administratifs où la lourdeur de notre système paralyse le mouvement, et englue les meilleures volontés. Il faut du temps, de la patience et de la ténacité pour suivre ce genre d'affaires, dès qu'un mammouth institutionnel s'en mêle.
Et bien, puisque le mammouth ne se laissera pas presser, il faudra bien faire autour.
Faire comme avec ma Beltza, trouver le bon angle de prise : quand elle secoue sa grosse tête noire à l'étoile blanche, cherchant le contact agressif d'une corne pointue, je saisis cette corne en lui faisant pivoter la tête vers l'épaule. Ainsi contrainte, la cervicale ployée, elle perd en force, et se laisse immobiliser, à condition de combiner la contention avec des paroles apaisantes et quelques tapes amicales sur le flanc.
Ma noire Beltza est une gentille démone …

Noir aussi ce matin, un volatile perdu au milieu d'un troupeau d'aigrettes blanches. La même silhouette, à peine plus petite peut-être, un long bec courbe, un cou souple et fin, rentré dans les épaules hautes, et des pattes de sauterelles. Je me suis demandé si ce n'était pas une aigrette noire, tout simplement. A l'envol, pourtant, la noire est partie vers l'est, quand les autres ont tourné vers la mer. Elle ne se fondait pas dans la masse, la volaille noire, et ne se coulait pas non plus dans le mouvement.

La bruine en suspension avance en rideau mobile derrière la vitre. 
J'entends le poêle ronronner en bas. Je descends l'apaiser, celui là aussi, avant que le petit mouvement d'humeur devienne colère en secousses rageuses dans les tuyaux fragiles. Contenir ce départ mauvais, ne pas le laisser prendre le dessus, et faire du dégât.
Ma Beltza comprend. Le poêle redescend en température. Le reste… reste imperturbable et hermétique à mes tentatives d'accélération.
Je dois admettre et me soumettre : ma sphère au delà d'Agorreta n'obéit pas à mes règles. Elle a les siennes...


M
ardi 15 janvier 7h50

Hier au retour de ma promenade, je me suis arrêtée pour souhaiter la bonne année à Joseph-Louis. Pataugeant ensemble dans la boue devant les vaches aux museaux plantés dans l'ensilage fumant, nous nous sommes avancés vers le fond du hangar. Là, une vache avec son tout petit de 2 jours. Mignon, rond, la robe grisée, le petit veau  a levé en moi cet élan de maternité dévié. J'ai demandé si c'était une femelle. D'après Joseph-Louis, non. D'après sa petite tête courte et fine, et d'après moi, oui. La mignonne bête était couchée, je ne pouvais pas vérifier. Même quand elle s'est levée,  sa mère inquiète à son côté n'incitait pas à passer au travers de la barrière pour aller y voir de plus près. 
En repartant, je me disais que j'aimerais élever ce petit veau, femelle dans ma tête, au biberon. Et, dans la foulée, en prendre un ou deux autres. Bien-sur ...
Dans mon étable, mes quatre belles sont là, et bien là. Elles prennent toute la place. Mes levées d'envie de repartir avec de petites vêles mignonnes retomberont à la vue de ces quatre bonnes grosses bêtes…

Mercredi 16 janvier 11h30

Mon taquin Menière s'est brutalement rappelé à moi ce matin. Violente chute sur le carreau froid, sans mal, heureusement.
Un peu de repos plus tard, je retrouve un aplomb presque stable.
Les montées en actions, émotions, et animations ont du congestionner mes circuits ORL.
Bon, puisque je retrouve une ligne de vie plus plate pour les semaines à venir, tout devrait rentrer dans l'ordre.
Ma présomption à penser avoir dompté l'adversité me ferait oublier une plus sage humilité…
Dont acte !


Vendredi 18 janvier 2018 15h27

Un peu mâchée par la chute brutale, je ne suis pas à mon meilleur pour poursuivre mes travaux de nettoyages dans la ferme. J'ai mollement attaqué l'ancienne porcherie, où quelques palettes finissaient de pourrir sous des débris de bois. Un temps, après les cochons, nous avons rangé là du bois de chauffe. Puis, l'humidité de cette presque cave en a fait une mauvaise remise, et nous n'y jetions plus que quelques planches vermoulues et deux trois barriques en plastique. J'ai enlevé tout ça, parti en direction de la déchetterie, en un chargement hasardeux. Tout est arrivé à bon port.
Je vais parachever par un bon coup de balayage, confiant les copeaux de bois pourris au fumier, sans doute, pour y mêler les essences boisées décomposées au bon vieux paillage fumant. 
Le tas prend de la hauteur, près de mes trois schinus nouvellement plantés. Ils paraissent avoir bien supporté les gelées, eux pourtant sensibles aux températures négatives, exotiques et exilés.
Le calorifère naturel tout à côté, fumant sa chaleur organique, doit suffisamment réchauffer son atmosphère immédiate pour compenser les quelques degrés suffisants à les maintenir en feuilles. Ils se dressent en tipi incliné, artisanalement haubanés de trois fourches aux dents usées. La terre lourde et compacte à leur pied n'est pas non plus cousine de leur terroir originel.
Ils viennent des forêts d'Amérique latine. Ils ont fait l'inverse du voyage de nos pionniers basque. Les cailloux essaimés drus autoriseront peut-être une colonisation correcte des racines.
Ils n'ont pas toutes les chances de leurs côtés, mes schinus… Mais ces arbres aux bois durs savent la difficulté de l'adaptation en milieu étranger. Ils savent la force de leurs racines aventureuses, et le courage de leur frondaison avide de vivre.
Je les considère avec superstition, comme les porte drapeaux d'une espérance à maintenir vive.
S'ils passent cet hiver, ils s'aguerriront je le pense suffisamment pour les suivants.
Ils sont trois. L'un est déjà défeuillé, sitôt après la plantation. Les deux autres ont aussi connu des moments difficiles. Ils ne seraient pas là, sinon. Je les ai ramenés de la jardinerie, justement parce-que leurs silhouettes blessées les rendaient invendables.
Je n'aime pas jeter les arbres encore vivants. Ils conservent dans leurs moignons pelés la trace du combat mené pour la survie, la blessure de ses difficultés et la victoire de leurs cicatrices boursouflées. L'arbre grandit lentement, il déploie précautionneusement ses ombrelles larges vers un ciel parfois ennemi. A part par la foudre ou la main de l'homme, il ne se laisse pas abattre facilement.
J'aime savoir le travail des racines, cette construction à bas bruit, cette énergie puisée loin et qui porte haut.
Mes schinus exotiques étaient condamnés. A la ferme, ils n'ont pas partie gagnée, loin de là !
Au moins, ont-ils une chance. 
Je les suis et les supporte comme une groupie vieillie...







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