dimanche 22 avril 2018

20 au 22 avril




Vendredi 20 avril 2018 15h18

Ce vendredi est fidèle aux prévisions que je m'en faisais.
Le grand soleil nous reste, températures chaudes, petite brise légère et agréable.
Antton avait devancé l'appel de mon potager, en passant le Rotavator dès hier soir. La terre est grasse encore, lourde de toute cette eau du printemps. Mes plants et graines seront enrobés de cette humidité chaude, une petite Amazonie sous terre; tout ça devrait jaillir comme la lave de volcan.
J'ai privilégié cette année les plans en lignes, alternant couleurs et volumes. Un potager, ce doit être joli, aussi...
J'ai hâte de voir tout ça sortir de terre, de passer du temps dans cet endroit tranquille, contemplant le paysage large et ami.
Beñat rentre de Paris aujourd'hui. Et oui ! le frérot est allé avec sa fille visiter la capitale. Il nous racontera tout ça ce soir...
Il nous a manqué, ces quelques jours. Espérons que de son côté, il y a trouvé du plaisir.

Tout le monde est au jardin, les machines vrombissent, le pollen volette. J'ai refait mes potées de fleurs. Quelques violas encore mignonettes ont été épargnées par ma campagne de renouveau.
Bon, c'est vrai, je n'ai pas comme annoncé attendu le mois de mai. Mais, tout de même, j'ai ajourné une partie du travail. C'est chez moi un grand progrès, cette capacité de résister à mon impatience ravageuse.
Maintenant, une visite au cimetière pour voir comment les coupes là-bas tiennent la chaleur. 
Une longue promenade, ensuite, avec les chiens, par les chemins tachetés du soleil filtré dans les feuillages tendres.
Une jolie journée !


Dimanche 22 avril 2018 19h15

Je fais ma tournée du soir. Les vaches viennent de se coucher dans la litière toute fraîche, après une pleine journée au grand air, entre les marguerites et les boutons d'or. La pousse printanière de ces derniers jours les rassasie vite, et elles se prélassent, panses repues et ventres rebondis.
Un repas animé , en bas, avec mes frères contents eux aussi de leur journée. Chacun vaque à ses plaisirs, et tout le monde se retrouve à commenter, avec une pointe d'ironie, mais assez de bienveillance encore, allez !

Durant ma promenade, j'ai fait la connaissance de la créatrice de Joseph-Louis. (Je me comprends...). Sacré bonne femme, vigoureuse et en verve, très remontée, sur la défensive et prête à en découdre, avec les gens, les bêtes, et les plantes, grande cisaille sur l'épaule et phrases tonitruantes et bousculées en bouche.
Je l'ai écoutée, intéressée mais sans plus, raconter ses déboires de remblais, camions, poussière, toutes ces choses cristallisées pour moi maintenant dans une époque révolue. Une pointe de nostalgie amusée,  l'étonnement de ces passions soulevées comme des lames d'un fond qui ne dit pas son nom : on nous déteste, m'a-t-elle affirmé, on nous jalouse parce-qu'on est riches, nos maisons, on les a méritées !! Tiens donc, et les aiment-ils, au moins ? Je le leur souhaite, et je leur souhaite aussi de trouver la paix, de laisser ces petites guerres juste dehors.

En matinée,  encore quelques plantations de fleurs, (oui, finalement, les violas rescapées, je les confine à l'ombre, histoire de leur laisser une meilleure chance de durer, et, surtout, de terminer la réalisation de mes potées !).
Plantation encore et toujours d'un rosier chez mon petit pilier, avec Olivier.
Mon pilier délicat et raffiné comme une porcelaine, une joliesse fine et ciselée. Une apparence fragile, sur une base solide, je le crois.
Nous avons traversé la maison pour accéder au jardin, comme c'est pratique !
Je m'intéresse peu aux intérieurs. J'ai juste remarqué des bois polis et épais, une cuisinière lisse comme du verre et luisante comme l'ébène, des faïences colorées et un parquet-miroir.
Le jardin, lui, une véritable surprise, îlot de verdure dans la cité, niché au creux de bâtiments élevés. Un assortiment improbable et surprenant de conifères aux troncs fêlés, deux eucalyptus juchés vers la lumière, un phœnix massif habité de plantules levées dans son stipe.
Un pyracantha énorme, très vieux, noué  sans oppresser, protecteur et tendre, autour d'un tronc de glycine cylindrique et raide comme un tuteur : le monde à l'envers !
Une pelouse sage entourée de lianes de ces mêmes glycines escaladeuses et de bignones rampantes, grappillée de lierres têtus, en contrepoint d'une végétation de sous-bois sauvage et anarchique.
Un muret penché, des lauriers sauces aux pousses vert tendre, quelques palmiers chanvres ressemés là comme on visite.
Une pergola demi-ronde, des colonnes pour héler notre rosier grimpant.
Nous l'avons installé dans une tâche ensoleillée, immiscé dans cette flore emmêlée et sauvage.
Je ne suis pas sûre qu'il y fasse son trou, le milieu paraît vivre en symbiose et admettre avec réticence les nouveaux arrivés.

Un joli moment, des bavardages autour de mes vaches et de ses chevaux, du jus fraîchement pressé d'agrumes et de carottes. Un hôte élevé et élégant, très doux, lisse, glissé là comme on se love.
Mon pilier ressemble à son jardin, ou l'inverse. Surprenant, plein de petits mystères sans menaces. Son rire est clair et ses regards rapides et incisifs. Comme les trouées de soleil entre les branches hautes des eucalyptus gris-bleus. Elle cueille les mots, les gestes, penche la tête et babille joliment, fait danser ses mains menues autour d'elle.
Notre rencontre est comme son jardin, surprenante, toujours, et improbable, aussi. Nos univers sont différents, et pourtant, des liens nous rapprochent comme les lianes de glycine courent dans les feuilles mortes, se cachant ici, émergeant et se hissant en grappes violines plus loin.
Des choses évidentes, et d'autres, plus subtiles et insaisissables.

J'aime ces moments, j'aime ces gens croisés, certains oubliés sitôt, et d'autres, dont la rencontre laisse une empreinte tenace et chaude. Ces rencontres à l'encontre, ces surprises, ces enchevêtrements, d'où l'on ne sait pas trop qui est où et quoi, qui vient d'où et se trouve là.
J'aime ces moments un peu volés aux évidences plates, j'en suis friande et en fait provision précieuse.

Je vais avant de rentrer à côté, faire le tour de mon potager. La chaleur et l'humidité sous terre doivent affoler les graines et les racines, les faire jaillir et s'élancer.
Ce mouvement là aussi, je l'aime.
Enfin, ces temps-ci, ce n'est pas difficile, j'aime aimer, l'aimable. L'amer, je l'écarte, et en laisse fatiguer l'amertume, sait-on jamais,  pour la laisser fermenter et exsuder ses acides...




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