16 avril 2018 10h
La fin de semaine a tenu ses promesses.
Le temps plus agréable nous a amené l'affluence à la jardinerie. Des chariots vite remplis, des clients bien décidés à acheter, contents de notre offre. "Chauds-patates", d'après leurs propres mots.
Nous étions tous dehors, accompagnant les clients dans les travées, hélés par les uns ou les autres. J'aime cette ambiance, et je me sentais bien, là, à ma place et suffisamment performante pour atteindre ce fameux "smooth", dont j'ai parlé plus haut, à l'occasion de cette fuite de l'abreuvoir de Rubita.
Ce "smooth" signifierait glisser. Tel quel, on ne comprend pas tout de suite le rapport avec la satisfaction obtenue à se sentir à la bonne hauteur, à utiliser pleinement sa ressource, sans l'user. A être content de soi, de son monde.
J'y vois l'idée d'une fluidité, d'une avancée facile, sans heurts ni obstacles. Ce mouvement glissant, justement, de ce palet observé en cours de physique, où, sous sa bulle de plastique préservée de toute force contraire, la masse avance et continue d'avancer. Le mouvement perpétuel, ça s'appelait, je crois. Une poussée, au départ, un élan impulsé, et, si rien ne vient se mettre en travers, on glisse comme sur un lac glacé, sans ralentir, sans avoir besoin de relancer l'effort, juste se laisser porter, grisé.
Ca laisse rêveur...
Je me souviens de plusieurs moments, ainsi, où j'ai eu cette impression exaltante d'avancer comme on glisse, tout, autour de moi, participant positivement à ce mouvement.
Dans mon adolescence, période déjà propice à ces sensations exacerbées, je me sentais souvent pousser des ailes. Tout me paraissait possible, un rien m'emplissait de joie, l'avenir était une promesse lumineuse.
Des moments me reviennent ainsi, insignifiants en eux-mêmes, où pourtant cette sensation transcendante me soulevait :
Des moments me reviennent ainsi, insignifiants en eux-mêmes, où pourtant cette sensation transcendante me soulevait :
Une promenade un dimanche après-midi, où ma mère m'avait coupé les cheveux, de façon d'après moi réussie. Je les sentais légers du lavage, effleurant mes joues à la bonne longueur, bien agencés autour de mon visage.
Le vent jouait en mugissant dans les fils électriques, juste avant d'arriver au bois de l'anglais, l'occupant d'alors de cette propriété. La pluie proche bleutait les montagnes et en accentuait les volumes sombres. L'air était lourd de l'orage proche. J'avais l'impression de flotter dans un espace baigné d'ondes bénéfiques.
Une autre fois, un dernier jour de collège, la chaleur, les sensations à fleur de peau, l'excitation de l'adolescence où tout s'exacerbe et se colore d'une impatience nerveuse, la frénésie, presque, de croquer la vie avec gourmandise.
Un mitan de journée estivale, où j'allai vérifier dans le champ en contrebas le niveau de remplissage de la baignoire pour abreuver les vaches. Une longue citerne métallique sur roues alimentait cette baignoire. Les pommiers ombraient la sente, le grand merisier à côté allongeait sa haute silhouette par dessus.
J'attendais, assise sur le timon, passant mes doigts dans le flot tiède libéré par le robinet circulaire, une miniature de ces roues de déverrouillage de sas. Je portais une jupe trop grande pour moi, en lourd velours côtelé, trop chaude pour la saison. Là encore, je rêvassais à des jours prochains somptueux, sans rien avoir en projection de particulier, juste un optimisme sans faille.
Un autre soir, là, c'était quelques jours avant Pâques. Je m'étais assise sur une crête du chemin face à la Rhune, illuminée du soleil couchant. J'avais en cette période la coquetterie de porter un mince ruban fleuri noué autour du cou. J'en trouvais l'effet élégant et délicat. Je me trouvais très avantagée de ce modeste ornement. Comme la plupart des jeunettes de quatorze ans, je rêvais évidemment à l'amour, et le prochain repas où se réunissaient des amis de mes frères me paraissait une promesse exaltante.
Des regards à peine intéressés me semblaient ardents, j'étais romantique et sensitive, excessive et vite emballée, déjà...
Une après-midi de pêche au bord de la Bidassoa, le flot gris-vert chuintant entre les berges rocheuses, je lisais, les chiens couchés près de moi sur les galets chauds. je me sentais en paix, comblée et sereine.
Une après-midi de pêche au bord de la Bidassoa, le flot gris-vert chuintant entre les berges rocheuses, je lisais, les chiens couchés près de moi sur les galets chauds. je me sentais en paix, comblée et sereine.
Tant d'autres ainsi, que je feuillette comme on regarde d'anciennes photos, avec un peu de nostalgie, et beaucoup de tendresse. Une infinie gratitude, aussi, d'avoir connu ces moments, d'avoir eu la capacité de les apprécier, la sagesse de les garder en tête, et la joie maintenant de les compulser ainsi.
Mon tempérament m'a offert des moments intenses quand ma vie était ordinaire. Il m'a portée dans des paysages exotiques et fabuleux, sans que je bouge d'ici.
J'ai vécu moi aussi souvent "chaud-patate". Et espère bien le vivre encore, incorrigible enthousiaste que je suis restée !
Mercredi 18 avril 2018 15h30
A peine un peu plus, et nous allons nous plaindre du trop chaud !
C'est bien agréable, confortable et bienfaisant, de regarder les cieux s'éclairer dans le matin pur, de sentir la chaleur du soleil peser amicalement, de voir partout cette force vive du renouveau enfin libérée.
Tout exulte et tout s'élance, bourgeons et ramilles, hirondelles et jardiniers enfiévrés.
Les tracteurs vont se mettre à vrombir dans les champs, le grand signal du printemps est donné. Il a tardé, cette année, et les impatiences attisent les ardeurs jusque là contenues.
J'ai à ma petite échelle fait le tour de mes potées. Quelques géraniums ne repartiront pas, saisis par les gelées. Ce sera l'occasion de refaire des mélanges colorés, d'assortir ces diascias brillants
aux discrets némésias. J'aime les pots pourris désordonnés et exubérants... tiens donc !
Pour le potager, deux jours de chaleur sècheront les crêtes hautes du labour dressé à l'automne.
Je vais me régaler, vendredi après-midi : Antton fera le gros du travail avec notre Rotavator maison. Ttiki-Haundi reprendra du service. Mon père viendra mettre son grain de sel, soulevant du bout de sa canne les mottes grasses.
J'aurai simplement à repiquer, semer, redonner vie à mon petit potager encore endormi de l'hiver.
Les chiens m'attendront sous le poirier, s'assoupissant entre les herbes hautes, gardant un œil de surveillance, tout de même.
Je participerai moi aussi à cet élan nouveau. Je sentirai entre mes doigts le grain lourd de la terre-mère. Pour reposer mes lombaires crispées, je me redresserai, doucement, les poings dans le dos, face à la Rhune bleue isocèle.
Vu d'ici, c'est comme ça que ça devrait être...
Demain, à la jardinerie, sur notre lancée, nous brasserons de belles plantes, de jolies fleurs, de jolis projets pour de gentils clients. Un monde idyllique, vu comme ça !
Il y aura pourtant aussi quelques grincheux, un ou autre énervé. Il y en a toujours, et leur seule raison d'être paraît de faire arrière plan avantageux pour le reste.
Il fait trop beau pour rester ici. La vieille ferme est grande ouverte, et le rosier liane s'invite presque jusque dans la cuisine. Mais là, c'est dehors qu'il faut être, dès qu'on le peut.
Enveloppé dans cette énergie ambiante, comme dans un vieux peignoir en pilou-pilou...
Mercredi 18 avril 2018 15h30
A peine un peu plus, et nous allons nous plaindre du trop chaud !
C'est bien agréable, confortable et bienfaisant, de regarder les cieux s'éclairer dans le matin pur, de sentir la chaleur du soleil peser amicalement, de voir partout cette force vive du renouveau enfin libérée.
Tout exulte et tout s'élance, bourgeons et ramilles, hirondelles et jardiniers enfiévrés.
Les tracteurs vont se mettre à vrombir dans les champs, le grand signal du printemps est donné. Il a tardé, cette année, et les impatiences attisent les ardeurs jusque là contenues.
J'ai à ma petite échelle fait le tour de mes potées. Quelques géraniums ne repartiront pas, saisis par les gelées. Ce sera l'occasion de refaire des mélanges colorés, d'assortir ces diascias brillants
aux discrets némésias. J'aime les pots pourris désordonnés et exubérants... tiens donc !
Pour le potager, deux jours de chaleur sècheront les crêtes hautes du labour dressé à l'automne.
Je vais me régaler, vendredi après-midi : Antton fera le gros du travail avec notre Rotavator maison. Ttiki-Haundi reprendra du service. Mon père viendra mettre son grain de sel, soulevant du bout de sa canne les mottes grasses.
J'aurai simplement à repiquer, semer, redonner vie à mon petit potager encore endormi de l'hiver.
Les chiens m'attendront sous le poirier, s'assoupissant entre les herbes hautes, gardant un œil de surveillance, tout de même.
Je participerai moi aussi à cet élan nouveau. Je sentirai entre mes doigts le grain lourd de la terre-mère. Pour reposer mes lombaires crispées, je me redresserai, doucement, les poings dans le dos, face à la Rhune bleue isocèle.
Vu d'ici, c'est comme ça que ça devrait être...
Demain, à la jardinerie, sur notre lancée, nous brasserons de belles plantes, de jolies fleurs, de jolis projets pour de gentils clients. Un monde idyllique, vu comme ça !
Il y aura pourtant aussi quelques grincheux, un ou autre énervé. Il y en a toujours, et leur seule raison d'être paraît de faire arrière plan avantageux pour le reste.
Il fait trop beau pour rester ici. La vieille ferme est grande ouverte, et le rosier liane s'invite presque jusque dans la cuisine. Mais là, c'est dehors qu'il faut être, dès qu'on le peut.
Enveloppé dans cette énergie ambiante, comme dans un vieux peignoir en pilou-pilou...
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