Lundi 10 décembre 2018 18h
Les lumières oranges habitent la nuit derrière les vitres. A l'est, les ombres plus denses se dessinent encore sur le ciel à peine plus clair.
J'ai longuement promené mes chiens et ma diffuse mélancolie dans les pentes grises et rousses des fougeraies coupées. Les feuilles aux ondulations craquantes des chênes, lovées dans le tapis moelleux d'une mousse serrée, crissaient entre mes doigts distraits. Je suis restée un bon moment assise au soleil chaud dans un méplat abrité. Les chiens allaient et venaient, flairant sous les ronces des traces de lapins, sans doute. Ils me revenaient quémander caresses. Au fond de leur bon regard franc, une autre chaleur toute aussi bienfaisante.
Ca nous a fait du bien !
Au soir, à la rentrée, les silhouettes noires des arbres nus, dessinées en ombres chinoises sur le couchant pur, défiaient la pénombre proche. Sans arrogance. Ni crainte. Avec la justesse d'une note parfaite.
C'est l'impression que ça m'a fait…
Mercredi 12 décembre 2018 17h31
Les jours courts laissent la latitude aux soirées lentes.
J'ai encore passé l'après-midi dehors, à glaner la paix dans les sous-bois humides. J'ai fait bonne récolte. Une nappe tranquille investit mes intérieurs.
Là, les feuilles dentelées des châtaigniers aux parallèles obliques parfaitement espacées craquent sous le pas comme du papier froissé. L'ombre les amollit et les imprègne de la senteur douçâtre d'un humus en devenir.
J'ai marché en évitant les lianes enchevêtrées, les ronces mauvaises et les clématites sauvages aux inflorescences plumeuses. Les chiens apprécient ces changements dans nos itinéraires, à l'affût de toutes ces odeurs inédites.
Les baies noires des troènes aux feuilles jaunies rutilent dans la lumière de fin de journée.
Les dernières feuilles encore accrochées pendent des arbres, têtes basses, sur le point de se laisser choir en planant dans le vent.
De petits nuages ronds bullent au dessus des crêts montagneux, comme des ronds de fumée.
La paix du soir à venir éloigne les rumeurs de la ville.
Ces dernières semaines de l'année sont souvent plus dolentes. On va vers le terme, l'année a passé. Le bilan est fait, le verdict prononcé. Les projets sont remisés jusqu'à l'année prochaine.
La tension se décroche de mes épaules, comme les feuilles des arbres.
Ca soulage et allège.
Vendredi 14 Décembre 2018 17h16
Deux journées bien pluvieuses ont empli les ornières et les bas-fonds de flaques boueuses.
Mes points de fuite semblent résister. Une ombre à peine visible tout de même à l'angle de la hotte, ici. Bien. Ou, non, plutôt, pas bien ! Au prochain beau temps, je peaufinerai mon ouvrage extérieur, refermant le petit tunnel en haut de la cheminée, côté nord. Au grenier, le petit bac collecteur parle d'un colmatage presque abouti. Là, je vais laisser passer du temps, histoire de voir si les éléments naturels ne travaillent pas pour moi, si mon infiltration ne se colmate pas toute seule.
A l'étable, Bigoudi nous a fait une petite montée de lait, à son dernier rut. Elle était particulièrement nerveuse, excédée du foin aigre et terreux, boudeuse et d'humeur très chagrine. Je la voyais se regarder le ventre, souvent. Notant le renflement de ses mamelles arrière, je m'en étais un peu étonnée. J'avais pensé à une poussée hormonale, une crise de manque de maternité, peut-être. Bigoudi est en pleine forme, ses précédentes expériences gestatives doivent lui avoir laissé un si bon souvenir qu'elle en garde la nostalgie.
Je serai plus raisonnable qu'elle, et ne la ferai pas inséminer.
Je me souviens bien de cette scène pénible, où la pauvre bête s'était couchée dans le pré, sentant le vêlage proche. C'était pour Agathe. Son ventre énorme et son pis congestionné à craquer la rendaient lourde et empêtrée. Sa fille, la noire Beltza toujours diablesse, gouvernée elle par une réminiscence de sa prime jeunesse, s'approchait pour lui soutirer le lait qui coulait déjà de la mamelle gonflée. Toute à sa gourmandise, elle ne se rendait même pas compte qu'elle piétinait sa mère, trop lourde pour se relever et se dégager.
J'étais intervenue à grands coups de bâtons pour éloigner Beltza. Bigoudi s'était tant bien que mal relevée, et je l'avais poussée doucement vers l'étable, les pattes blanches aux sabots nacrés d'Agathe déjà sorties. La grande porte refermée sur les assauts de l'insatiable Beltza, Bigoudi, couchée dans le paillage frais, avait vêlé tranquille et sans histoires. Notre Agathe était née.
Ce genre de scènes, je les évite maintenant, si je le peux. Beaucoup trop violentes pour moi, à la petite âme ridiculement sensible…
Et là, je le peux.
Bigoudi nous fera un ou autre coup de calcaire, en mammite surprenante pour une bête tarie depuis près d'une année, c'est sûr. Je ferai comme je l'ai fait cette après-midi : je viderai le quartier enflammé, évitant les coups de sabots par une entrave en cordelette nouée autour des pattes arrières. Elle a du tempérament, ma Bigoudi !
Curieusement, j'aime bien cette sensation si particulière, quand on tire d'une mamelle ces vers de lait aigre. Ce roulis grumeleux de minuscules anguilles fuyantes et lisses, cette idée d'un crépitement un peu mou et silencieux. Le soulagement pour la bête de sentir la congestion s'assouplir participe à l'ambiance agréable de ce moment de grande intimité, entre un éleveur et sa vache. Où vont se loger les méandres d'une sensualité alambiquée, tout de même !
Une énième averse drue strie le paysage assombri.
Quand je suis allée me promener avec les chiens, tout à l'heure, j'ai été surprise en arrivant à la bascule du remblai : des cris nasillards d'une troupe d'oies m'ont fait relever la tête. Un premier triangle à peu près bien organisé pointait vers le nord est. D'autres volailles dispersées tournaient et viraient, criaillant leur incertitude. Les débats faisaient rage. Les parlementaires ne trouvaient pas d'accord. Le premier triangle, huit oies bien disciplinées, s'éloignèrent vers la mer. Les autres, à peine plus nombreuses, optèrent pour le Jaïzkibel, en ordre dispersé. Une sécession dans le ciel, bruyante et agitée. En quelques secondes, les deux groupes disparurent de ma vue, et le silence se fit, étrange et vide.
Les pluies ont changé les couleurs de mon paysage. Les fougères, de rousses, sont devenues fauve profond, ployées sous le poids de la pluie posée sur leurs frondes isocèles.
Les troncs droits des hêtres gris ocellés de tâches moussues, pâlissent près des fûts noirs des liriodendrons verruqueux. Ils portent encore leurs écus mouvants en médaillons lumineux en bout de branches. Les merisiers aux stries horizontales retiennent encore de rares feuilles pourpres. Les châtaigniers au vieux bois rugueux s'évasent en ombrelles généreuses.
J'aime aussi cette ambiance d'eau.
Toute la journée d'hier, j'ai travaillé dehors à la jardinerie. Au sec sous mes deux cirés superposés, protégée comme dans une bulle, je me sentais bien. Ah ça ! les clients ne me dérangeaient pas : personne n'est venu jusqu'à moi, petite silhouette têtue perdue sous les averses. Mes collègues savent mes foucades et en sourient.
Je me souviens bien d'une journée semblable l'année dernière, à la même époque, où, eux aux sapins et moi dehors, sous la pluie battante, nous échangions de petits signes amicaux et amusés.
J'ai toujours eu cette même impression de sécurité, sous la pluie, dans un bon vêtement ou sous un parapluie crépitant. Se sentir abritée, confortable et douillette, se sentir isolée, pas seule, à l'abri, et protégée.
Les coups de vent vivifiants ne me gênent pas non plus. Même si maintenant, mes appareils en rendent le bruit désagréable ! Je me souviens d'un livre lu il y a bien longtemps "j'ai choisi la tempête". Il n'y était pas du tout question de météorologie. Non, ça racontait le combat d'une toute jeune fille résistante pendant la guerre. Sur la couverture, un visage giflé de mèches de cheveux noirs soulevés par le vent.
J'aime du vent cette force vive qui assainit et emporte.
Tiens, en parlant de vent, mon schinus n'a pas chu, mais il a bien penché. J'ai redressé la situation avec un haubanage de fortune. Il faudra en tester la parade à la prochaine tempête. La saison devrait nous amener ça bien vite.
Ceci juste en parenthèse. De ces parenthèses qui me mènent par le bout du nez à l'autre bout du monde, parfois. M'éloignent d'une idée et m'en font visiter tant d'autres. Comme des contrées sauvages découvertes par accident.
Pour en revenir à la pluie, la pluie lourde en averses coléreuses, la pluie fine et feutrée tombée sans bruit, posée en suspens sur un temps de silence et d'arrêt, la pluie m'est amie, quand l'eau me fait peur !
je n'en suis pas, il est vrai, à un paradoxe près...
Je n'ai jamais su nager. J'étais sur le point d'apprendre, avec Olivier, juste avant notre mariage. Mon aptitude à me tenir à flots devait d'ailleurs donner le top départ de nos noces. Si nous avions du nous en tenir à ce contrat, dix ans après, nous n'y serions toujours pas…
L'eau de la mer me restera, je le crains, toujours adverse.
L'eau domestique, ma peur d'en manquer, née de je ne sais quelle circonstance, me crispe irraisonnablement. Je me représente vite une avarie privant mes vaches d'eau. C'est ma grande inquiétude, mes vaches privées d'eau. Pendant des siècles et jusqu'à il y a peu, il y a pourtant bien eu des vaches à Agorreta, et pas d'eau courante ! Comme quoi…
La fuite d'eau, aussi, m'inquiète. L'eau coulant à flots sous terre hors d'un tuyau écrasé ou coupé, l'eau suintant au travers des enduits, comme ici (!), l'eau gouttant, l'eau perdue.
J'essaie de raisonner mes inquiétudes. Je pare au mieux et mon action défensive contient à peu près bien mon trouble.
Le bruit de l'eau de la pluie sur les tuiles m'apaise.
Le confort rustique mais douillet de la vieille ferme m'assoupit.
Ce bien-être, je l'accueille comme la grève s'aplanit sous la vague tranquille ourlée d'écume .
Au rythme des battements de vie pulsés dans mes oreilles, ralentis dans le calme de la nuit en une mélodie de harpe hypnotique.
Mercredi 12 décembre 2018 17h31
Les jours courts laissent la latitude aux soirées lentes.
J'ai encore passé l'après-midi dehors, à glaner la paix dans les sous-bois humides. J'ai fait bonne récolte. Une nappe tranquille investit mes intérieurs.
Là, les feuilles dentelées des châtaigniers aux parallèles obliques parfaitement espacées craquent sous le pas comme du papier froissé. L'ombre les amollit et les imprègne de la senteur douçâtre d'un humus en devenir.
J'ai marché en évitant les lianes enchevêtrées, les ronces mauvaises et les clématites sauvages aux inflorescences plumeuses. Les chiens apprécient ces changements dans nos itinéraires, à l'affût de toutes ces odeurs inédites.
Les baies noires des troènes aux feuilles jaunies rutilent dans la lumière de fin de journée.
Les dernières feuilles encore accrochées pendent des arbres, têtes basses, sur le point de se laisser choir en planant dans le vent.
De petits nuages ronds bullent au dessus des crêts montagneux, comme des ronds de fumée.
La paix du soir à venir éloigne les rumeurs de la ville.
Ces dernières semaines de l'année sont souvent plus dolentes. On va vers le terme, l'année a passé. Le bilan est fait, le verdict prononcé. Les projets sont remisés jusqu'à l'année prochaine.
La tension se décroche de mes épaules, comme les feuilles des arbres.
Ca soulage et allège.
Vendredi 14 Décembre 2018 17h16
Deux journées bien pluvieuses ont empli les ornières et les bas-fonds de flaques boueuses.
Mes points de fuite semblent résister. Une ombre à peine visible tout de même à l'angle de la hotte, ici. Bien. Ou, non, plutôt, pas bien ! Au prochain beau temps, je peaufinerai mon ouvrage extérieur, refermant le petit tunnel en haut de la cheminée, côté nord. Au grenier, le petit bac collecteur parle d'un colmatage presque abouti. Là, je vais laisser passer du temps, histoire de voir si les éléments naturels ne travaillent pas pour moi, si mon infiltration ne se colmate pas toute seule.
A l'étable, Bigoudi nous a fait une petite montée de lait, à son dernier rut. Elle était particulièrement nerveuse, excédée du foin aigre et terreux, boudeuse et d'humeur très chagrine. Je la voyais se regarder le ventre, souvent. Notant le renflement de ses mamelles arrière, je m'en étais un peu étonnée. J'avais pensé à une poussée hormonale, une crise de manque de maternité, peut-être. Bigoudi est en pleine forme, ses précédentes expériences gestatives doivent lui avoir laissé un si bon souvenir qu'elle en garde la nostalgie.
Je serai plus raisonnable qu'elle, et ne la ferai pas inséminer.
Je me souviens bien de cette scène pénible, où la pauvre bête s'était couchée dans le pré, sentant le vêlage proche. C'était pour Agathe. Son ventre énorme et son pis congestionné à craquer la rendaient lourde et empêtrée. Sa fille, la noire Beltza toujours diablesse, gouvernée elle par une réminiscence de sa prime jeunesse, s'approchait pour lui soutirer le lait qui coulait déjà de la mamelle gonflée. Toute à sa gourmandise, elle ne se rendait même pas compte qu'elle piétinait sa mère, trop lourde pour se relever et se dégager.
J'étais intervenue à grands coups de bâtons pour éloigner Beltza. Bigoudi s'était tant bien que mal relevée, et je l'avais poussée doucement vers l'étable, les pattes blanches aux sabots nacrés d'Agathe déjà sorties. La grande porte refermée sur les assauts de l'insatiable Beltza, Bigoudi, couchée dans le paillage frais, avait vêlé tranquille et sans histoires. Notre Agathe était née.
Ce genre de scènes, je les évite maintenant, si je le peux. Beaucoup trop violentes pour moi, à la petite âme ridiculement sensible…
Et là, je le peux.
Bigoudi nous fera un ou autre coup de calcaire, en mammite surprenante pour une bête tarie depuis près d'une année, c'est sûr. Je ferai comme je l'ai fait cette après-midi : je viderai le quartier enflammé, évitant les coups de sabots par une entrave en cordelette nouée autour des pattes arrières. Elle a du tempérament, ma Bigoudi !
Curieusement, j'aime bien cette sensation si particulière, quand on tire d'une mamelle ces vers de lait aigre. Ce roulis grumeleux de minuscules anguilles fuyantes et lisses, cette idée d'un crépitement un peu mou et silencieux. Le soulagement pour la bête de sentir la congestion s'assouplir participe à l'ambiance agréable de ce moment de grande intimité, entre un éleveur et sa vache. Où vont se loger les méandres d'une sensualité alambiquée, tout de même !
Une énième averse drue strie le paysage assombri.
Quand je suis allée me promener avec les chiens, tout à l'heure, j'ai été surprise en arrivant à la bascule du remblai : des cris nasillards d'une troupe d'oies m'ont fait relever la tête. Un premier triangle à peu près bien organisé pointait vers le nord est. D'autres volailles dispersées tournaient et viraient, criaillant leur incertitude. Les débats faisaient rage. Les parlementaires ne trouvaient pas d'accord. Le premier triangle, huit oies bien disciplinées, s'éloignèrent vers la mer. Les autres, à peine plus nombreuses, optèrent pour le Jaïzkibel, en ordre dispersé. Une sécession dans le ciel, bruyante et agitée. En quelques secondes, les deux groupes disparurent de ma vue, et le silence se fit, étrange et vide.
Les pluies ont changé les couleurs de mon paysage. Les fougères, de rousses, sont devenues fauve profond, ployées sous le poids de la pluie posée sur leurs frondes isocèles.
Les troncs droits des hêtres gris ocellés de tâches moussues, pâlissent près des fûts noirs des liriodendrons verruqueux. Ils portent encore leurs écus mouvants en médaillons lumineux en bout de branches. Les merisiers aux stries horizontales retiennent encore de rares feuilles pourpres. Les châtaigniers au vieux bois rugueux s'évasent en ombrelles généreuses.
J'aime aussi cette ambiance d'eau.
Toute la journée d'hier, j'ai travaillé dehors à la jardinerie. Au sec sous mes deux cirés superposés, protégée comme dans une bulle, je me sentais bien. Ah ça ! les clients ne me dérangeaient pas : personne n'est venu jusqu'à moi, petite silhouette têtue perdue sous les averses. Mes collègues savent mes foucades et en sourient.
Je me souviens bien d'une journée semblable l'année dernière, à la même époque, où, eux aux sapins et moi dehors, sous la pluie battante, nous échangions de petits signes amicaux et amusés.
J'ai toujours eu cette même impression de sécurité, sous la pluie, dans un bon vêtement ou sous un parapluie crépitant. Se sentir abritée, confortable et douillette, se sentir isolée, pas seule, à l'abri, et protégée.
Les coups de vent vivifiants ne me gênent pas non plus. Même si maintenant, mes appareils en rendent le bruit désagréable ! Je me souviens d'un livre lu il y a bien longtemps "j'ai choisi la tempête". Il n'y était pas du tout question de météorologie. Non, ça racontait le combat d'une toute jeune fille résistante pendant la guerre. Sur la couverture, un visage giflé de mèches de cheveux noirs soulevés par le vent.
J'aime du vent cette force vive qui assainit et emporte.
Tiens, en parlant de vent, mon schinus n'a pas chu, mais il a bien penché. J'ai redressé la situation avec un haubanage de fortune. Il faudra en tester la parade à la prochaine tempête. La saison devrait nous amener ça bien vite.
Ceci juste en parenthèse. De ces parenthèses qui me mènent par le bout du nez à l'autre bout du monde, parfois. M'éloignent d'une idée et m'en font visiter tant d'autres. Comme des contrées sauvages découvertes par accident.
Pour en revenir à la pluie, la pluie lourde en averses coléreuses, la pluie fine et feutrée tombée sans bruit, posée en suspens sur un temps de silence et d'arrêt, la pluie m'est amie, quand l'eau me fait peur !
je n'en suis pas, il est vrai, à un paradoxe près...
Je n'ai jamais su nager. J'étais sur le point d'apprendre, avec Olivier, juste avant notre mariage. Mon aptitude à me tenir à flots devait d'ailleurs donner le top départ de nos noces. Si nous avions du nous en tenir à ce contrat, dix ans après, nous n'y serions toujours pas…
L'eau de la mer me restera, je le crains, toujours adverse.
L'eau domestique, ma peur d'en manquer, née de je ne sais quelle circonstance, me crispe irraisonnablement. Je me représente vite une avarie privant mes vaches d'eau. C'est ma grande inquiétude, mes vaches privées d'eau. Pendant des siècles et jusqu'à il y a peu, il y a pourtant bien eu des vaches à Agorreta, et pas d'eau courante ! Comme quoi…
La fuite d'eau, aussi, m'inquiète. L'eau coulant à flots sous terre hors d'un tuyau écrasé ou coupé, l'eau suintant au travers des enduits, comme ici (!), l'eau gouttant, l'eau perdue.
J'essaie de raisonner mes inquiétudes. Je pare au mieux et mon action défensive contient à peu près bien mon trouble.
Le bruit de l'eau de la pluie sur les tuiles m'apaise.
Le confort rustique mais douillet de la vieille ferme m'assoupit.
Ce bien-être, je l'accueille comme la grève s'aplanit sous la vague tranquille ourlée d'écume .
Au rythme des battements de vie pulsés dans mes oreilles, ralentis dans le calme de la nuit en une mélodie de harpe hypnotique.
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