Vendredi 23 mars 2018 9h47
La première partie de matinée, logistiques diverses et variées, laisse maintenant le champ à des activités "libres".
Je finalise un de ces administratifs ardus. Un de fait, au moins ! Ca donne un sentiment de grande satisfaction, de boucler un petit dossier au long cours de ce genre. On range tout ça proprettement, on referme, on clôt.
Un de moins !
Les journées encore fraîches retardent les activités printanières. Pas de sortie au pré pour mes vaches encore cette fin de semaine. Nous verrons à Pâques, ou à la Trinité !
Là, on en est encore au feu de bois, aux balles de foin et autres travaux intérieurs.
Je vais sûrement avec Olivier dimanche rafraîchir la vieille cuisine, en bas; le rose-beige-gris devient lassitude. Il nous faut passer à plus vif, plus tonique, un gris-zinc, par exemple, m'a paru incisif et net. Nous allons voir ça : l'idée de la chose étant souvent un peu éloignée de la chose elle-même...
Je vais sans doute faire quelques essais aujourd'hui, histoire de ne pas se faire surprendre.
Un petit projet modeste mais une contribution notable à une dynamique positive et bienfaisante.
Mercredi 28 mars 20188 17h35
Je passe dans le coin pour faire tomber le foin dans les râteliers.
Le nouveau, râtelier, aligne sa perfection dans le grenier, posé contre les vieilles armoires. Je l'imagine installé, et convoite par anticipation la satisfaction de cette rénovation-maison.
Dans la même veine, nous avons comme prévu repeint la cuisine en bas, adoucissant le gris-zinc un tantinet glacé, d'un marron-chocolat, pas du tout marron-chocolat, plutôt gris beige très clair. L'effet n'est pas mal, propret, net et frais. Avec Olivier, c'est l'affaire de trois heures, une couche le matin, déjeuner à Ibardiñ en famille, seconde couche après la sieste. Le soir nous laisse peu le temps d'admirer la belle ouvrage. Il faut attendre le lendemain, le grand jour, même si lundi fût plutôt sombre, pour apprécier le fini.
Nous sommes toujours aussi bons spectateurs de nous-mêmes, et n'hésitons pas à nous oindre de compliments, mérités ou pas !
Le restant de mon "gris-zinc" a trouvé son emploi dans la salle d'eau de l'étable, ainsi réhabilitée à son tour.
J'aime ce petits travaux, je les ai toujours goûtés. J'essaie maintenant de ne pas me laisser entraîner dans ma frénésie, de mesurer mes élans, et de m'en tenir à une pièce ou deux, quand me vient l'envie de changer de couleurs. Mes petites cervicales savent me ramener à la raison, et je suis bien obligée d'entendre les jérémiades de la carcasse devenue parlante.
Mes ambitions sont devenues raisonnables, mes aspirations, modestes.
Le seul petit arrêtoir de la fermeture-éclair de mon gilet de laine favori, retrouvé dans le tambour de la machine à laver quand je le croyais irrémédiablement perdu, suffit à me satisfaire vivement, me faisant retrouver pour quelques temps encore ce petit plaisir à porter ce vêtement éculé, (fous-moi ça en l'air, comme dit Philippe !) .
La paire d'hirondelles revenue ce matin, quand la première à l'aile tâchetée semblait avoir fait demi-tour après une visite éclair, me tire un sourire ravi, benêt, presque.
Et bien, "benête", je veux bien l'être, comme heureuse de mon bien-être, retrouvé.
Les semaines passent, ces semaines où ma vigilance s'accroit du souvenir des saisons passées.
Chaque séquence rassure et endort ma méfiance. Je me laisse engourdir, avec clairvoyance, mais de plein gré et entière bonne volonté. Je recherche cet abandon là.
L'assouvissement naïf de mes aspirations toutes simples nourrit cette détente et l'épaissit en une cicatrice douce à effleurer, quand on sait le mal éloigné et la boursouflure indolore.
Je goûte chaque instant, j'apprécie chaque petite joie.
Je m'effraie moins de mes emballements, j'y vois d'abord le signe de mon enthousiasme encore vivant.
Ils peuvent être précurseurs de ces passes moroses et noires, je le sais, je ne l'oublie pas.
La molécule est là, l'enseignement et l'expérience aussi.
A nous tous, nous devrions contenir ces petits chevaux dans un enclos bien assez grand pour qu'ils s'y ébattent, comme libres. Sans y perdre le sens profond de la bonne terre sous leurs sabots, ni s'entêter à longer les lisses en bois, rêvant trop tôt d'en franchir la frontière...
Je retourne, moi, sur le plancher des vaches !
Là, je me sens chez moi, en sécurité et contente.
Vendredi 30 mars 2018 10h34
Petit matin giboulées, puis, soleil, chaud et tellement agréable !
J'en ai profité toute l'après-midi d'hier, offrant ma vieille peau tannée déjà à cette caresse enjôleuse.
J'ai rempoté des "bulbes-mères", amas peu engageants, desséchés comme du vieux bois morts.
Une espèce florale dont j'ai oublié le nom, présentait la texture, elle, de la chair morte, amoncelant des doigts simiesques et mous, dans le genre de ces agrumes Mains de Boudha, le côté tonique et dense d'un fruit plein de vie en moins.
Je me suis acquittée de la tâche au grand soleil, œuvrant à bonne hauteur, confortablement installée sur une table.
Ca m'a rappelé ce lundi de Pâques, où, là aussi au grand soleil dans la partie la mieux protégée de la cour de la ferme, nous avions rempoté des fleurs. Un travail facile, gratifiant, tourné vers le meilleur de la vie, cette renaissance printanière qui défie le figé de l'hiver long.
J'ai comme ça en tête des moments épars, peu importants dans leur insignifiance, et pourtant marquants, gravés dans ma mémoire des instants sereins où je me suis sentie bien, totalement.
Une fin d'après midi pluvieuse et froide, où je désherbais à la main un rang de plants de poireaux, activité monotone et engourdissante. Accroupie au pied du poirier du potager, la capuche de mon ciré rabattue sur la tête, j'œuvrais, là aussi, tranquille dans ma solitude, abritée dans une bulle, loin des injonctions de la maternelle, très "injonctive", justement, en ce temps là !
Je travaillais seule, sans ennui, rêvassant dans le chuintement berceur de la pluie douce.
Un autre soir, fin mars, je bouturai au retour du travail des pousses de géraniums. Autour des tiges fragiles plantées dans la terre légère, j'éparpillais des graines d'alysses. J'imaginais avec plaisir l'effet escompté. L'heure incongrue augmentait ma satisfaction, comme si ce moment hors de ma routine quotidienne prenait un air d'école buissonnière.
Une contemplation de la baie, un soir de juin, une tasse fumante à la main, les pastels dans le ciel en répons à mes sensations lentes et pleines.
Un soir encore d'orage, ici, dans le vieil appartement, où les nuées grises presque noires s'ourlaient de reflets fauves, souffreteux. Une ambiance étouffante et grondante.
Un autre matin de printemps, au réveil, ici encore, le soleil lapant déjà le mur près de la fenêtre, où j'avais pour tâche dans la journée de semer le navet. Ce devait être autour de la mi-juillet, ce chou-navet semé en rangs, travail long et méthodique. Rythmée par le bruit des graines contre les parois des petits semoirs-maison (un poivrier et une boîte longue de Pulvéol à la capsule percée de quatre trous), je marchai pieds-nus entre les rangs longs, foulant les mottes friables écrasées sous mes pas. C'était une sensation agréable, j'aimais parcourir ainsi les crêtes de terre, souvent un ou deux chiens accompagnaient mes allées et venues. A chaque bout de rang, ils venaient chercher caresses, et nous repartions, confier à la terre mère nos espérances et nos rêves.
J'ai accumulé ainsi tout au long de ma vie un trésor de moments ordinaires, fondus dans la coulée sans grand relief d'un temps paisible. Chacun de ces moments me revient pourtant avec netteté, et je retrouve alors mes sensations, pensées et idées de l'instant. Là encore, rien de bien extraordinaire, juste les grains d'un sable fluide, dont la continuité et l'ensemble construisent la plage lisse et douce.
Le recul assemble ces moments furtifs en un dessin au sens plus profond. Cette impression d'appartenir à un monde large et long, cette image en contre-jour d'un temps infini, d'une appartenance à quelque chose au delà de l'instant et de l'endroit.
L'image vue de trop près n'est qu'un amas de points sans sens. Il faut se reculer pour en saisir l'assemblage et en comprendre le motif.
De la même façon, mes moments ordinaires et pourtant gravés en mémoire s'inscrivent dans une trajectoire dont la congruence conforte mon sentiment et le justifie.
Quelqu'un me disait trouver stupide de partager sur ce fameux Facebook le fait de prendre un café. Je peux comprendre cette réaction, mais j'entrevois derrière cette tentation de se sentir exister dans son quotidien en le donnant en partage, cette même vision fugitive d'une importance discrète à retenir des moments ordinaires et pourtant signifiants.
Je suis de ceux qui pensent que l'essentiel est souvent bien peu tapageur, que le suc de la vie se niche dans des replis bien cachés.
La mienne est ainsi, elle n'éclate pas en étincelles aveuglantes, loin de là. Elle trame ses jours dans un ordinaire paisible, où les petites choses s'alignent sans fard aux côtés des plus spectaculaires, sans leur voler la vedette, ni leur céder la place.
Ce moment de maintenant, Txief allongé sur le seuil en suivant oreilles dressées la course des oiseaux pépieurs, les poules grattant la boue sous le figuier encore nu de ses branches noires et drues, les bourgeons verdissant les chênes précoces, en face, tous ces détails minimes, constituent mon bien-être présent et le nourrissent.
Je vais retourner au prosaïque, faire cuire un bon repas, frictionner l'échine de Bigoudi en passant dans l'étable, m'assoir un moment sur le banc au soleil, à côté de mon père.
Vivre ma vie, la vivre pleinement, sans éclat ni grand bruit, la vivre intensément.
Là, je me sens chez moi, en sécurité et contente.
Vendredi 30 mars 2018 10h34
Petit matin giboulées, puis, soleil, chaud et tellement agréable !
J'en ai profité toute l'après-midi d'hier, offrant ma vieille peau tannée déjà à cette caresse enjôleuse.
J'ai rempoté des "bulbes-mères", amas peu engageants, desséchés comme du vieux bois morts.
Une espèce florale dont j'ai oublié le nom, présentait la texture, elle, de la chair morte, amoncelant des doigts simiesques et mous, dans le genre de ces agrumes Mains de Boudha, le côté tonique et dense d'un fruit plein de vie en moins.
Je me suis acquittée de la tâche au grand soleil, œuvrant à bonne hauteur, confortablement installée sur une table.
Ca m'a rappelé ce lundi de Pâques, où, là aussi au grand soleil dans la partie la mieux protégée de la cour de la ferme, nous avions rempoté des fleurs. Un travail facile, gratifiant, tourné vers le meilleur de la vie, cette renaissance printanière qui défie le figé de l'hiver long.
J'ai comme ça en tête des moments épars, peu importants dans leur insignifiance, et pourtant marquants, gravés dans ma mémoire des instants sereins où je me suis sentie bien, totalement.
Une fin d'après midi pluvieuse et froide, où je désherbais à la main un rang de plants de poireaux, activité monotone et engourdissante. Accroupie au pied du poirier du potager, la capuche de mon ciré rabattue sur la tête, j'œuvrais, là aussi, tranquille dans ma solitude, abritée dans une bulle, loin des injonctions de la maternelle, très "injonctive", justement, en ce temps là !
Je travaillais seule, sans ennui, rêvassant dans le chuintement berceur de la pluie douce.
Un autre soir, fin mars, je bouturai au retour du travail des pousses de géraniums. Autour des tiges fragiles plantées dans la terre légère, j'éparpillais des graines d'alysses. J'imaginais avec plaisir l'effet escompté. L'heure incongrue augmentait ma satisfaction, comme si ce moment hors de ma routine quotidienne prenait un air d'école buissonnière.
Une contemplation de la baie, un soir de juin, une tasse fumante à la main, les pastels dans le ciel en répons à mes sensations lentes et pleines.
Un soir encore d'orage, ici, dans le vieil appartement, où les nuées grises presque noires s'ourlaient de reflets fauves, souffreteux. Une ambiance étouffante et grondante.
Un autre matin de printemps, au réveil, ici encore, le soleil lapant déjà le mur près de la fenêtre, où j'avais pour tâche dans la journée de semer le navet. Ce devait être autour de la mi-juillet, ce chou-navet semé en rangs, travail long et méthodique. Rythmée par le bruit des graines contre les parois des petits semoirs-maison (un poivrier et une boîte longue de Pulvéol à la capsule percée de quatre trous), je marchai pieds-nus entre les rangs longs, foulant les mottes friables écrasées sous mes pas. C'était une sensation agréable, j'aimais parcourir ainsi les crêtes de terre, souvent un ou deux chiens accompagnaient mes allées et venues. A chaque bout de rang, ils venaient chercher caresses, et nous repartions, confier à la terre mère nos espérances et nos rêves.
J'ai accumulé ainsi tout au long de ma vie un trésor de moments ordinaires, fondus dans la coulée sans grand relief d'un temps paisible. Chacun de ces moments me revient pourtant avec netteté, et je retrouve alors mes sensations, pensées et idées de l'instant. Là encore, rien de bien extraordinaire, juste les grains d'un sable fluide, dont la continuité et l'ensemble construisent la plage lisse et douce.
Le recul assemble ces moments furtifs en un dessin au sens plus profond. Cette impression d'appartenir à un monde large et long, cette image en contre-jour d'un temps infini, d'une appartenance à quelque chose au delà de l'instant et de l'endroit.
L'image vue de trop près n'est qu'un amas de points sans sens. Il faut se reculer pour en saisir l'assemblage et en comprendre le motif.
De la même façon, mes moments ordinaires et pourtant gravés en mémoire s'inscrivent dans une trajectoire dont la congruence conforte mon sentiment et le justifie.
Quelqu'un me disait trouver stupide de partager sur ce fameux Facebook le fait de prendre un café. Je peux comprendre cette réaction, mais j'entrevois derrière cette tentation de se sentir exister dans son quotidien en le donnant en partage, cette même vision fugitive d'une importance discrète à retenir des moments ordinaires et pourtant signifiants.
Je suis de ceux qui pensent que l'essentiel est souvent bien peu tapageur, que le suc de la vie se niche dans des replis bien cachés.
La mienne est ainsi, elle n'éclate pas en étincelles aveuglantes, loin de là. Elle trame ses jours dans un ordinaire paisible, où les petites choses s'alignent sans fard aux côtés des plus spectaculaires, sans leur voler la vedette, ni leur céder la place.
Ce moment de maintenant, Txief allongé sur le seuil en suivant oreilles dressées la course des oiseaux pépieurs, les poules grattant la boue sous le figuier encore nu de ses branches noires et drues, les bourgeons verdissant les chênes précoces, en face, tous ces détails minimes, constituent mon bien-être présent et le nourrissent.
Je vais retourner au prosaïque, faire cuire un bon repas, frictionner l'échine de Bigoudi en passant dans l'étable, m'assoir un moment sur le banc au soleil, à côté de mon père.
Vivre ma vie, la vivre pleinement, sans éclat ni grand bruit, la vivre intensément.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire