mercredi 7 mars 2018

2 au 7 mars



Vendredi 2 mars 2018 : 19h24

Je passe ici avant de me retirer dans "mes appartements".
Nous avons dîné de bonne heure, horaires maison de retraite !
J'ai fermé la maison sur les coups de vent du sud parfois brutaux : pendant ma promenade avec les chiens, du côté de Mieltxon Borda, deux gros chênes secs m'on fait accélérer le pas à leur aplomb. Ces vieilles carcasses creusées tiendront peut-être encore des années, leurs branches mortes pathétiquement tendues au ciel, mais, sait-on jamais, ce serait quand-même dommage de se trouver en dessous au seul moment depuis tout ce temps, où elles s'effondrent...

L'atmosphère a considérablement tiédi, depuis la neige d'avant-hier : là, nous ne sommes pas loin des 20 °. Je ne suis pas la seule à pratiquer les grands écarts !
J'ai taillé les géraniums gelés, déploré les tiges molles du bougainvillée d'Olivier : il venait juste de s'enraciner dans notre terre lourde, et commençait à peine à s'enrouler autour du tuteur en fer forgé. Avoir résisté tant de temps, avoir enfin trouvé le courage de se lancer, la confiance de raciner, et bam ! se retrouver gelé par un petit matin de février. Là encore : quel dommage...
Il reste un peu de vie encore dans ce pied, ne l'enterrons pas trop vite.

Mes vaches sentent le bon air, quand j'ouvre la porte du fond pour aller vider la bennette à fumier. Elles sentent le printemps proche, des envies d'extérieur les titillent.
Un désherbage mécanique des grandes oseilles trop envahissantes maintenant est prévu demain, si la pluie ne s'invite pas dans la partie.
Sinon, je vais devoir faire ça à la pompe à dos, une histoire plus longuette !
Un petit délai d'une dizaine de jours avant de mettre les bêtes à la pâture, et nous aurons pris le pli belle saison.

L'an dernier, mes vaches étaient déjà dehors. 
L'an dernier, comme celle d'avant, ma maladie rampait le long de mes jambes, et m'envasait comme une boue épaisse et implacable.
L'an dernier est passé, et je ne devrais plus trop y penser.
Sauf que j'y pense, évidemment ! 
Je me sens bien, très bien. Mes malaises vertigineux n'ont pas disparu, mais ces petites crises restent ponctuelles, et me laissent vivre des journées bien agréables.
Quand j'aurai passé un printemps sans sentir cette chape de plomb me peser lourdement sur les épaules, un printemps léger et joyeux, un printemps comme cet hiver qui se termine bientôt, alors, même si ça ne garantit pas l'été juste derrière, je soufflerai.
Je ne dis pas "si", je dis "quand". J'y crois,  je l'espère, mais je doute, encore, j'appréhende.
Il me faudra du temps pour me rassurer, du temps pour mettre la maladie à sa juste place, le plus loin possible. Tout ça est encore frais, et demande à rassir.
Je reste confiante, optimiste et surtout bien décidée à ne pas me laisser rattraper sans lutter.

Ah bougresse ! Tu m'as joliment flanquée par terre, c'est vrai. Pour le moment, je suis debout, encore, et je te tiens à l'œil. J'ai compris, j'ai senti, ta force, et ma faiblesse, mais j'ai senti, compris, aussi,  la mienne, force. Je l'ai aguerrie et nourrie. Je te connais mieux, maintenant. Je me méfie de toi, oui, je m'en méfierai toujours. Mais notre cohabitation me paraît mieux possible.
Nous n'avons jamais été aussi près de le savoir, n'est-ce pas ?
Allez bougresse, sois bonne fille, et vivons en paix ! Ainsi soit-il...


Lundi 5 mars 2018 8h51

Tournée ouverture des volets. Le temps est clément, le soleil irradie entre deux masses grises immobiles. Tiens, les coups de vent de fin de semaine ont plaqué la poussière sur les vitres. Ces rais solaires ne pardonnent pas : la neige de mercredi dernier faisait tout paraître jaune et sale, et là, le soleil relève les traces poussiéreuses, et me les tend au regard. Pas facile de tenir une maison impeccable ! Et, surtout, bien loin de moi cette idée exigeante... Un coup rapide sur le plus flagrant, et ça ira bien !

Le désherbage samedi a pu se faire sans problème.
Txief gratte à la porte : dans cette vieille ferme, il y a plusieurs circuits possibles, beaucoup d'entrées, de sorties, de passerelles. On ne sait jamais trop où sont les gens, par où ils vont arriver et où il faut les attendre. C'est un monde plein d'alternatives et de possibilités, quoi...

Mon désherbage, donc, doit avoir marché, et les adventices en plein essor déjà devraient manifester très vite, se tordant sous l'effet des hormones. Une petite souffrance à voir, ces plantules torturées, mais un mal nécessaire, allez ! Mes vaches veulent de l'herbe tendre et savoureuse, pas des chardons agressifs et des rumex acides.

Hier, Olivier a entamé la fabrication du râtelier. 5 bons mètres alignent déjà les barreaux réguliers... et entiers. Comme c'est beau ! Il terminera la seconde longueur dans quinze jours, puisque dimanche prochain est prévu charcutailles.
Nous cadençons nos activités communes sur les dimanches, jour où nous sommes ensemble.
La semaine, chacun vaque de son côté : un mariage particulier, peut-être, un excellent compromis entre indépendance et plaisir du couple. Notre mariage, quoi !

Moi, hier, je travaillais à la jardinerie, à organiser cette fameuse animalerie agrandie.
C'est plus un plaisir qu'un travail, pour moi, l'élaboration de ces rayonnages. J'ai toujours aimé cette partie du métier. Monter les gondoles, là, ce n'est pas une mince affaire, en réutilisant le mobilier existant, défaisant ici pour refaire là. Ranger les produits, respecter les règles rigoureuses du "merchandisage", tout en se laissant aller à quelques improvisations presque artistiques (...). Les petits jeunes me suivent, pas aussi passionnés que moi, mais contents tout de même de participer à ces chantiers d'envergure.
Je devrais avoir bien avancé pour la fin de semaine.

La vie suit un cours agréable, ces temps-ci.
J'ai en coin de tête deux trois petites affaires de longue haleine. En visée plus immédiate deux trois projets faciles et attrayants.
En surveillance, mon bien-être et en garde sa préservation.
Tout un programme...



Mercredi 7 mars 15H

Je fais des siestes profondes et réparatrices, ces temps-ci. Je plonge dans le sommeil d'après repas comme dans une eau tiède et voluptueuse. J'en émerge toute dolente, gratifiée et d'une humeur tonique à souhait. Les petits projets du jour viennent alors à moi comme des lutins joyeux.
La matinée est souvent consacrée à une logistique routinière et incontournable. L'après-midi, ce sont les activités-loisirs. J'ai besoin de me voir faire des choses, d'accomplir. J'ai vive cette satisfaction du faire. Toujours à portée, une ou autre petite tâche alimente facilement ce besoin. Je ne suis pas du tout exigeante : je n'ai jamais trop eu cette soif d'absolu, cette attente de la perfection. Non, non, non, pas du tout ! L'à peu près me suffit largement, et j'ai vite fait de déclarer satisfaisant le tout juste acceptable. Mon appétit est facile à contenter, et les mets les plus rustiques lui conviennent tout à fait.
Les cadences de mes journées, l'ordinaire de mes occupations, la simplicité de ma vie modeste suffisent à mon contentement. Quand ma perception en est aimable.
Quand elle ne l'est plus, je pourrais bien mener la vie la plus aventureuse et la plus trépidante, elle me paraîtrait morne et vide.
Je travaille assidument à exercer sainement cette perception.

Des rêves poisseux s'invitent souvent dans mes nuits, remontant au jour ces vieilles peurs grises. Oh, rien de bien particulier : la peur de ne pas être à la hauteur, de se trouver submergée, la peur d'être rejetée. J'imagine que ces rouages là tournent un peu partout, et essaiment facilement ce mal-être diffus.
Au réveil, à la toute petite aube, je convoque tous ces mauvais génies, et les passe au filtre de ma nouvelle tournure. Je le fais avec application et méthode. Je ne les renvoie pas avec dédain, en une espèce de fuite. Je crois devoir les entendre, les considérer, pour les remettre à chaque fois à leur place; une petite rééducation de mon fonctionnement de pensée.
Pour le moment ça marche. Je réfute une à une ces peurs irraisonnées, je leur oppose l'objectivité de ma vie de maintenant, où je prends garde de mettre la limite bien à portée de mes possibilités. Tout ne dépend pas de moi. Je ne suis pas pour autant un fétu de paille balloté par le vent : j'agis là où je le peux, et cette action là constitue un levier suffisant pour supporter les impondérables "ordinaires".

Ma vie, mes jours, dans leur ordinaire, justement, peuvent être bien agréables. Pour moi, quand j'arrive à les regarder sous le bon angle, ils sont même mieux que ça : précieux et uniques. C'est dire combien je suis attachée à le conserver, cet angle là !


Je m'en rends bien compte, quand je me relis, ma vie, mes jours, peuvent paraître routiniers et monotones.
J'y trouve pourtant l'aliment suffisant à nourrir une ribambelle de petites joies simples et naïves : le parfum doux et acidulé des pommes au four, le fumet d'un bon vieux ragout, le chuintement de la soupape de la cocotte où la soupe mitonne, l'agréable senteur de propre dans une chambre juste faite, la transparence des vitres claires, mes vaches repues et couchées aux dos alignés dans l'étable, la contemplation des mes "arbres aux oiseaux", mes peintures faciles et plaisantes, les paysages de ma promenade, la fête des chiens, la fluidité d'un mouvement du corps, les cheveux frais après le shampoing, la bonne place d'un bibelot dans la maison, les grands bras d'Olivier, une chanson en tête, un éclat de rire partagé...
Toutes ces petites joies naïves alimentent mon bien-être, et nourrissent une joie plus profonde et plus durable.
De mon petit cercle au rayonnement étroit, j'essaie d'irradier un peu, de partager ce bien-être et cette joie à ceux qui me sont chers, à ceux que je croise et dont le regard accroche un instant le mien.
Je sais bien que je ne suis pas de ceux qui vont changer le monde. De ceux là, il y en a peu, et, tout en les admirant avec sincérité, je n'envie pas ce fardeau de se sentir capable de grandes choses, et de dédier sa vie à satisfaire cette exigence vécue comme un dû.
Non, moi, mon domaine d'action est restreint, mais, dans celui-là, je peux tout de même donner une jolie image, un espoir, une idée positive.
C'est ma seule ambition, et l'atteindre me paraît déjà bien.

Pour cette après-midi, je vais par exemple faire deux trois signes amicaux ici et là, absorber la belle lumière du soleil revenu après les bourrasques d'hier, préparer un bon dîner.
J'avais en tête d'arracher la véronique rampante sur les crêtes des sillons du potager. La pluie de la nuit m'en empêche. Soit, je vais alors juste biner la terre de mes potées. Ramener mes projets à un seuil raisonnable, dont le franchissement satisfera déjà mes aspirations.

Pour la suite, j'aviserai, au jour le jour !








Ma Bigoudi et sa fille Beltza me le confirment : mon bonheur de vivre se niche là...


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