vendredi 21 septembre 2018

19 et 21 septembre



Mercredi 19 septembre 2018  10h30

Une pause dans nos exercices du matin dans la cour. Une matinée transparente, les premières feuilles racornies des carolins roulant mollement en un crissement chaotique entre les cailloux ravinés des dernières pluies , lointaines maintenant.
Le père est en grande forme, décidé depuis deux heures cette nuit à marcher, et marcher encore.
Ma foi, nous suivons son mouvement, accompagnant de notre mieux ses élans ambitieux, voire audacieux, et respectant les phases repos, qu'il ne réclame qu'en tout dernier recours !

Une belle matinée, de celle qui donne le plaisir de vivre et de se sentir vivant.


Vendredi 21 septembre 2018 10h45

J'ai pris le pli de cet intermède, entre deux séances de rééducation intensive. Mon père est toujours en progrès, retrouvant chaque jour davantage d'autonomie. Très encourageant, même à 90 ans, de se voir remonter une pente rude.
Le hic vient de son refus catégorique de demander de l'aide. Pour chacun des gestes de la vie quotidienne, il a encore besoin d'être assisté. De moins en moins chaque jour, c'est vrai, mais il part de tellement loin, qu'il est loin encore de se passer d'assistance. 
Pourtant, je ne sais pas si dans sa tête c'est un déni, ou alors si dans son vieux corps, il garde la mémoire du temps d'avant l'hospitalisation, toujours est-il qu'il n'appelle jamais,  ne demande jamais d'aide, se le sentant bien, sans doute, et pas tellement conscient de son état véritable. 
Si c'est de la fierté, elle est bien mal placée, dans ces circonstances… Et, surtout, elle complique joliment la tâche. La difficulté à se reconnaître dépendant peut se comprendre, allez !

D'une surveillance certes vigilante et exigeante, nous en arrivons maintenant à nous tenir aux aguets constamment, en un affût épuisant. Tout serait tellement simple, si, au lieu d'essayer furtivement tel le Sioux de se glisser hors de son lit jusqu'aux toilettes, ou alors d'attraper un vêtement ou sa canne (dont il ne peut évidemment pas se servir encore), cet homme nous hélait, nous, décidés à l'aider, et toujours à portée de voix.
Et bien non, nous appeler, il ne le fait pas. Résultat, ses tentatives débouchent sur des mini-catastrophes, bien plus longues et embêtantes à rattraper, qu'un simple geste d'assistance prévoyante.
Rien n'y fait, ni les explications, les exhortations et même les menaces : il continue d'essayer, acharné à la réussite, et peu soucieux de nos tourments.

Nous sommes les premiers à vouloir le voir retrouver son autonomie, les premiers à espérer pouvoir bientôt relâcher cette surveillance de chaque instant. Chaque jour, nous testons ses progrès, n'intervenant dans les gestes de son quotidien que quand il semble avoir atteint ses limites. Des limites qu'il sent à peine un peu plus loin, lui …même avec preuve du contraire.

Les nuits sont difficiles, quand, à moins d'un mètre de lui, au lieu de s'assoupir en sachant que, si besoin, on sera réveillé par un appel, il faut guetter le mouvement furtif d'une ombre silencieuse. L'endormissement semble coupable relâchement, et le réveil en sursaut à un bruit alarmant, bien désagréable.
J'ai renoncé à mes explications, cessé mes suppliques et mes avertissements.
J'ai juste installé une clochette sur la potence de son lit : quand la secousse du lever la fait tinter, je me tiens prête à intervenir juste à temps, comme le proclament les camions Mendy.

 Un plus fervent adepte du suspense que je ne le suis, ce Mendy. Moi, je préfère  le bien avant, à ce juste à temps frôleur de limites. 
Une forme d'angoisse, celle-ci aussi, quand le paternel lui, fonce, envers et contre tout !



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