vendredi 30 mars 2018

23 au 30 mars



Vendredi 23 mars 2018 9h47

La première partie de matinée, logistiques diverses et variées, laisse maintenant le champ à des activités "libres".
Je finalise un de ces administratifs ardus. Un de fait, au moins ! Ca donne un sentiment de grande satisfaction, de boucler un petit dossier au long cours de ce genre. On range tout ça proprettement, on referme, on clôt.
Un de moins !
Les journées encore fraîches retardent les activités printanières. Pas de sortie au pré pour mes vaches encore cette fin de semaine. Nous verrons à Pâques, ou à la Trinité !
Là, on en est encore au feu de bois, aux balles de foin et autres travaux intérieurs.
Je vais sûrement avec Olivier dimanche rafraîchir la vieille cuisine, en bas; le rose-beige-gris devient lassitude. Il nous faut passer à plus vif, plus tonique, un gris-zinc, par exemple, m'a paru incisif et net. Nous allons voir ça : l'idée de la chose étant souvent un peu éloignée de la chose elle-même...
Je vais sans doute faire quelques essais aujourd'hui, histoire de ne pas se faire surprendre.
Un petit projet modeste mais une contribution notable à une dynamique positive et bienfaisante.


Mercredi 28 mars 20188 17h35

Je passe dans le coin pour faire tomber le foin dans les râteliers.
Le nouveau, râtelier, aligne sa perfection dans le grenier, posé contre les vieilles armoires. Je l'imagine installé, et convoite par anticipation la satisfaction de cette rénovation-maison.
Dans la même veine, nous avons comme prévu repeint la cuisine en bas, adoucissant le gris-zinc un tantinet glacé, d'un marron-chocolat, pas du tout marron-chocolat, plutôt gris beige très clair. L'effet n'est pas mal, propret, net et frais. Avec Olivier, c'est l'affaire de trois heures, une couche le matin, déjeuner à Ibardiñ en famille, seconde couche après la sieste. Le soir nous laisse peu le temps d'admirer la belle ouvrage. Il faut attendre le lendemain, le grand jour, même si lundi fût plutôt sombre, pour apprécier le fini.
Nous sommes toujours aussi bons spectateurs de nous-mêmes, et n'hésitons pas à nous oindre de compliments, mérités ou pas !
Le restant de mon "gris-zinc" a trouvé son emploi dans la salle d'eau de l'étable, ainsi réhabilitée à son tour.
J'aime ce petits travaux, je les ai toujours goûtés. J'essaie maintenant de ne pas me laisser entraîner dans ma frénésie, de mesurer mes élans, et de m'en tenir à une pièce ou deux, quand me vient l'envie de changer de couleurs. Mes petites cervicales savent me ramener à la raison, et je suis bien obligée d'entendre les jérémiades de la carcasse devenue parlante.

Mes ambitions sont devenues raisonnables, mes aspirations, modestes.
Le seul petit arrêtoir de la fermeture-éclair de mon gilet de laine favori, retrouvé dans le tambour de la machine à laver quand je le croyais irrémédiablement perdu, suffit à me satisfaire vivement, me faisant retrouver pour quelques temps encore ce petit plaisir à porter ce vêtement éculé, (fous-moi ça en l'air, comme dit Philippe !) .
La paire d'hirondelles revenue ce matin, quand la première à l'aile tâchetée semblait avoir fait demi-tour après une visite éclair, me tire un sourire ravi, benêt, presque.
Et bien, "benête", je veux bien l'être, comme heureuse de mon bien-être, retrouvé.

Les semaines passent, ces semaines où ma vigilance s'accroit du souvenir des saisons passées.
Chaque séquence rassure et endort ma méfiance. Je me laisse engourdir, avec clairvoyance, mais de plein gré et entière bonne volonté. Je recherche cet abandon là.
L'assouvissement naïf de mes aspirations toutes simples nourrit cette détente et l'épaissit en une cicatrice douce à effleurer, quand on sait le mal éloigné et la boursouflure indolore.

Je goûte chaque instant, j'apprécie chaque petite joie.
Je m'effraie moins de mes emballements, j'y vois d'abord le signe de mon enthousiasme encore vivant.
Ils peuvent être précurseurs de ces passes moroses et noires, je le sais, je ne l'oublie pas. 
La molécule est là, l'enseignement et l'expérience aussi. 
A nous tous, nous devrions contenir ces petits chevaux dans un enclos bien assez grand pour qu'ils s'y ébattent, comme libres. Sans y perdre le sens profond de la bonne terre sous leurs sabots, ni s'entêter à longer les lisses en bois, rêvant trop tôt d'en franchir la frontière...

Je retourne, moi, sur le plancher des vaches !
Là, je me sens chez moi, en sécurité et contente.


Vendredi 30 mars 2018 10h34

Petit matin giboulées, puis, soleil, chaud et tellement agréable !
J'en ai profité toute l'après-midi d'hier, offrant ma vieille peau tannée déjà à cette caresse enjôleuse.
J'ai rempoté des "bulbes-mères", amas peu engageants, desséchés comme du vieux bois morts.
Une espèce florale dont j'ai oublié le nom, présentait la texture, elle, de la chair morte, amoncelant des doigts simiesques et mous, dans le genre de ces agrumes Mains de Boudha, le côté tonique et dense d'un fruit plein de vie en moins.
Je me suis acquittée de la tâche au grand soleil, œuvrant à bonne hauteur, confortablement installée sur une table.
Ca m'a rappelé ce lundi de Pâques, où, là aussi au grand soleil dans la partie la mieux protégée de la cour de la ferme, nous avions rempoté des fleurs. Un travail facile, gratifiant, tourné vers le meilleur de la vie, cette renaissance printanière qui défie le figé de l'hiver long.
J'ai comme ça en tête des moments épars, peu importants dans leur insignifiance, et pourtant marquants, gravés dans ma mémoire des instants sereins où je me suis sentie bien, totalement.
Une fin d'après midi pluvieuse et froide, où je désherbais à la main un rang de plants de poireaux, activité monotone et engourdissante.  Accroupie au pied du poirier du potager, la capuche de mon ciré rabattue sur la tête, j'œuvrais, là aussi, tranquille dans ma solitude, abritée dans une bulle, loin des injonctions de la maternelle, très "injonctive", justement, en ce temps là !
Je travaillais seule, sans ennui, rêvassant dans le chuintement berceur de la pluie douce.
Un autre soir, fin mars, je bouturai au retour du travail des pousses de géraniums. Autour des tiges fragiles plantées dans la terre légère, j'éparpillais des graines d'alysses. J'imaginais avec plaisir l'effet escompté. L'heure incongrue augmentait ma satisfaction, comme si ce moment hors de ma routine quotidienne prenait un air d'école buissonnière.
Une contemplation de la baie, un soir de juin, une tasse fumante à la main, les pastels dans le ciel en répons à mes sensations lentes et pleines.
Un soir encore d'orage, ici, dans le vieil appartement, où les nuées grises presque noires s'ourlaient de reflets fauves, souffreteux. Une ambiance étouffante et grondante.
Un autre matin de printemps, au réveil, ici encore, le soleil lapant déjà le mur près de la fenêtre, où j'avais pour tâche dans la journée de semer le navet. Ce devait être autour de la mi-juillet, ce chou-navet semé en rangs, travail long et méthodique. Rythmée par le bruit des graines contre les parois des petits semoirs-maison (un poivrier et une boîte longue de Pulvéol à la capsule percée de quatre trous),  je marchai pieds-nus entre les rangs longs, foulant les mottes friables écrasées sous mes pas. C'était une sensation agréable, j'aimais parcourir ainsi les crêtes de terre, souvent un ou deux chiens accompagnaient mes allées et venues. A chaque bout de rang, ils venaient chercher caresses, et nous repartions, confier à la terre mère nos espérances et nos rêves.

J'ai accumulé ainsi tout au long de ma vie un trésor de moments ordinaires, fondus dans la coulée sans grand relief d'un temps paisible. Chacun de ces moments me revient pourtant avec netteté, et je retrouve alors mes sensations, pensées et idées de l'instant. Là encore, rien de bien extraordinaire, juste les grains d'un sable fluide, dont la continuité et l'ensemble construisent la plage lisse et douce.
Le recul assemble ces moments furtifs en un dessin au sens plus profond. Cette impression d'appartenir à un monde large et long, cette image en contre-jour d'un temps infini, d'une appartenance à quelque chose au delà de l'instant et de l'endroit.
L'image vue de trop près n'est qu'un amas de points sans sens. Il faut se reculer pour en saisir l'assemblage et en comprendre le motif.
De la même façon, mes moments ordinaires et pourtant gravés en mémoire s'inscrivent dans une trajectoire dont la congruence conforte mon sentiment et le justifie.

Quelqu'un me disait trouver stupide de partager sur ce fameux Facebook le fait de prendre un café. Je peux comprendre cette réaction, mais j'entrevois derrière cette tentation de se sentir exister dans son quotidien en le donnant en partage, cette même vision fugitive d'une importance discrète à retenir des moments ordinaires et pourtant signifiants.
Je suis de ceux qui pensent que l'essentiel est souvent bien peu tapageur, que le suc de la vie se niche dans des replis bien cachés.

La mienne est ainsi, elle n'éclate pas en étincelles aveuglantes, loin de là. Elle trame ses jours dans un ordinaire paisible, où les petites choses s'alignent sans fard aux côtés des plus spectaculaires, sans leur voler la vedette, ni leur céder la place.

Ce moment de maintenant, Txief allongé sur le seuil en suivant oreilles dressées la course des oiseaux pépieurs, les poules grattant la boue sous le figuier encore nu de ses branches noires et drues, les bourgeons verdissant les chênes précoces, en face, tous ces détails minimes, constituent mon bien-être présent et le nourrissent.

Je vais retourner au prosaïque, faire cuire un bon repas, frictionner l'échine de Bigoudi en passant dans l'étable, m'assoir un moment sur le banc au soleil, à côté de mon père.

Vivre ma vie, la vivre pleinement, sans éclat ni grand bruit, la vivre intensément.






mercredi 21 mars 2018

21 mars



Mercredi 21 mars 2018 10h33

Ce mercredi paraît bien plus riant que les deux jours précédents.
Hier, ça allait encore : la luminosité uniforme et silencieuse d'un mardi de novembre recouvrait un monde alenti par le froid assez vif. J'ai œuvré dans ma pépinière, bien couverte et confortable. La journée s'est déroulée sans heurts notables. Comparativement à la veille, un bienfait, déjà.
Lundi fut une journée plus chaotique, pas du tout à mon goût !
Je n'ai pas eu ma pause écriture, ni lecture, encore moins promenade : une journée de merde !
Ca a mal commencé dès le matin.
Je devais appeler un contact à La MSA. Encore une de ces organisations, pas en "on", mais tout comme.
Je tombe sur une demoiselle charmante, au demeurant. Je demande à parler à ce fameux contact, en charge du dossier du moment. Bien.
La damoiselle ne l'entend pas de cette oreille. Elle a pris ce coup de fil, elle s'y est faufilée comme on se jette dans le métro à la fermeture des portes, (même si je n'ai pas grande idée de la chose).
Elle ignore superbement ma demande initiale, pourtant parfaitement claire, et s'immisce dans ce filon, sans doute n'ayant rien de mieux à faire, sur le moment.
Elle s'enquiert des tenants et aboutissants de l'affaire, demande force détails, précisions et autres dérivés, même lointains, n'ayant à première vue pas grand chose à voir dans la résolution du problème. Ne voulant pas braquer ce seul maillon me reliant pour le moment à la vénérable institution, de peur qu'elle me claque dans les pattes et m'oblige à patienter longuement, lors d'un appel ultérieur, pour ne trouver finalement guère mieux, j'essaie de contenter sa curiosité, de rester aimable et courtoise, comme indiqué dans la petite bande annonce enregistrée automatiquement en début de communication.
Au bout de plusieurs minutes d'un échange plaisant, mais totalement improductif, elle finit par me mettre en attente, pour consulter "un collègue". J'imagine avec dépit qu'elle parle à mon fameux contact, que je sens tout près, tout près, mais hors de ma portée, derrière le barrage de cette petite entêtée. Il suffirait qu'elle lui passe l'appel, cédant la première ligne, pour aller investiguer le communicant suivant, et me laisser débattre avec cet autre, plus efficace dans mon imaginaire.
A aucun moment, ne me vient l'idée pourtant plausible d'un second collègue aussi désemparé qu'elle ne l'est, par la configuration certes un peu alambiquée, mais tout à fait compréhensible de ce cas particulier.
J'attends, sentant déjà venir le bout de l'impasse. En effet, au bout d'un conciliabule perçu dans un lointain inaccessible, elle me revient, avec la riche nouvelle que l'on me contactera...
Ayant déjà entrepris la démarche via la messagerie électronique, où, encouragée par des premières réponses cadencées et précises, j'avais du dégoûter le service par ma persistance à les solliciter, je connais ce vague "nous revenons vers vous dès que possible", ou alors"en cours de traitement", qui vous abandonne là dans un désert silencieux, livré à vous même et impuissant à rattraper ce fameux "contact" qui vous a glissé dans les doigts comme une anguille ointe de suif.
Malheureusement, confronté à ces automates imperturbables et glacés, à ces hôtesses d'accueil inefficaces et débordées par leur inefficacité même, que faire ?
Inutile de s'emporter, de fulminer et de devenir désagréable, la machine s'en fiche, et l'humaine n'en devient pas meilleure.
Face aux Sophie téléphoniques de Suez, à l'Olivier "ternétique" du même, et aux autres représentations virtuelles ou en chair figée de toutes ces institutions,  je suis comme la plupart, bien contrariée, mais tout aussi résignée à subir, puisqu'il n'est d'autre voie vers le salut.

Bah ! Là encore, la persévérance finit par payer, et cahin-caha, on y arrive.
Ca, c'est ma vision de ce matin : lundi, j'aurais presque fait le voyage jusqu'à Pau, pour défoncer la porte vitrée (ou pas) de l'entrée de l'immeuble MSA, (si tant est que ce soit un immeuble), sauter par dessus le comptoir de l'accueil, (si tant est que...), agripper à la gorge la petite standardiste ahurie (si...), et l'étrangler avec le fil de son téléphone, où elle en serait encore à me demander de patienter, le temps qu'elle déniche un quelconque informateur à peine mieux informé qu'elle, pour me transmettre la même bonne nouvelle, à savoir qu'on me contacterait...un jour, peut-être !
Dieu merci, lundi, je me suis épargnée la peine de ce trajet inutile et d'un presque délit stupide. D'autres préoccupations ont continué d'empoisonner ma matinée, toutes aussi futiles les unes que les autres, avec pour seul point commun, leur insistance à demander solution.

L'après-midi ne fut pas mieux, avec ce bel orage tonnant et claquant bien près. Une foudroyante étincelle électrique a fait fumer une ou autre prise, disjoncté à droite et gauche des fusibles sursautant dans leurs boîtiers. Le temps de rétablir tout ça, il se passait un bon moment. Le moment venu de la constatation de quelques dégâts et dommages, de tentatives plus ou moins fructueuses pour parer au plus pressé, et nous étions rendus au soir.
Panne de courant, l'absence cruelle de ce qui paraît légitimement dû, et ne l'est pourtant pas, ce confort incroyable dont on ne mesure même plus la chance d'y accéder.
Allez, tout ça a été, et n'est plus.
Aujourd'hui, la situation est redevenue tout à fait ordinaire, c'est-à-dire surnaturellement normale.
Il faut tant d'éléments favorables pour assurer le maintien de cette qualité de vie si mal estimée, et si peu de choses et de temps pour en perdre dans l'instant le bénéfice.

Le soleil est revenu, la température est encore fraîche, là où il ne donne pas.
Je vais rattraper mon quota loisirs et plaisirs, aujourd'hui, je le sens.
Alléluia !!



vendredi 16 mars 2018

9 au 16 mars



Vendredi 9 mars 2018 11h



J'ai voulu ce matin garder l'image de cet incendie à l'est.
J'apprécie toujours autant ces fantasmagories célestes. Cet éclat de hordes conquérantes enflammées a été fugace : les nuées grises uniformes ont depuis investi le ciel, et quelques gouttes se sont même écrasées mollement dans la cour. Toujours pas de potager aujourd'hui !
J'ai vite fait tondu la pelouse, amendé mes fleurs en pots, c'est déjà ça !

Je le disais il y a peu, il faut trouver son contentement dans le périmètre autorisé par les éléments...
En plus des éléments souverains parfois contraires, il y a aussi les administrations, les institutions, et tous les autres "ons" locaux et nationaux !
Encore une fois, mes allusions sibyllines peuvent paraître hermétiques, mais je saurai en comprendre le sens, même si dans un premier temps je suis la première intriguée !!
Toujours pareil : tout ce que vous direz aujourd'hui pourra être retenu contre vous. Une petite paranoïa inoffensive, et amusante, d'après moi.
Il faut bien s'adapter à ces impondérables là, accepter les lois et lourdeurs de notre république.
Mes petits projets en cours s'en souviennent : dès que ces "ons" potentats s'en mêlent, il faut prévoir patience et longueur de temps, il faut aussi intégrer contrariétés et logique opaque.
Bah, je saurai faire mon affaire de ces affaires là, et même, y trouver mon compte.
L'essentiel est d'avancer dans la bonne direction, même si la pente est raide, comme disait si justement l'autre (Balladur ?)

Notre agité Jésus disait vrai : porqué no te han echo à ti de 1;80M
C'est exactement ça, certaines fatalités sont bien dommageables et à déplorer, mais la fatigue induite à les combattre est tellement disproportionnée, voire totalement inutile et stérile, qu'il vaut mieux resserrer ses ambitions aux bornes admises, et tolérées.
Je m'apprête sagement à suivre cette voie raisonnable...

De même que ma jeunesse et la fougue passées peuvent se regretter mais ne se rattrapent pas, de même qu'il vaut mieux consacrer mon restant d'énergie à m'adapter au mieux à quelques grincements de la carcasse fatiguée, à parer efficacement la faillite inexorable, à savourer le suc de chaque instant donné, sans penser trop loin, de même mes ambitions élevées doivent redescendre au niveau de mes possibilités actuelles, et des conditions environnantes.

Là, je peux m'ébattre sans me perdre, œuvrer à ma manière, sans déborder, tout en préservant mon espace.
C'était hier la journée de la femme, et, paraît-il, des acouphéniques. Double fête pour moi !
Belle journée, avec l'animalerie terminée pour ma partie, des collègues attentifs et bon public de mes présentations de marchandise.
Belle journée, avec ces "ons" bougons, mais suffisamment conciliants tout de même, allez !


Dimanche 11 mars 19h22

Je vais fermer les volets de la vieille ferme, sur le jour tombant. C'est agréable de profiter de la soirée, de l'après-dîner, en faisant le tour des fleurs à arroser, humant mes clématites enfin ouvertes, pas si parfumées, pour le moment, en ramenant une liane de lierre sur le mur, en écartant une motte de terre sur les lances drues des bulbes naissants.
La lueur basse, les souffles de vent tiède, les lumières sur la ville, quelques fenêtres allumées dans les immeubles en face, c'est un dimanche soir de paix. Les enfants jouent à se poursuivre dans la cour, ils crient, les chiens aboient : de paix, pas de silence !
Nous avons ce matin avec Olivier confectionné nos saucisses maison. C'est toujours une satisfaction atavique profonde de garnir le garde-manger. Séance dégustation à midi, après-midi repos et promenade.
Nos dimanches, rien de plus, nos dimanches attendus et savourés comme des petits pains chauds.

Je me tâtais pour sortir les vaches ce matin. L'herbe est déjà grasse, même si le champ est encore mou, mes quelques bêtes n'auraient pas défoncé le terrain. Sur les conseils d'Olivier, j'ai remis à dimanche prochain. Rien ne me presse, d'abord, et, cette semaine, mes belles seront les unes après les autres en chaleur. Ajoutés à l'excitation des premières sorties, ces ruts perturbateurs m'ont dissuadée : les courses de dérouillage pour les membres ankylosés de l'hivernage suffiront, sans qu'on y ajoute les sauts des impulsions femelles débridées...

Nous pourrons ensuite examiner à notre aise l'ancrage du râtelier actuel. Quelques pitons métalliques scellés ici et là paraissent ne pas devoir se laisser extraire facilement. L'assemblage en bois ne devrait pas résister longtemps, le tout est déjà assez branlant. Une bonne matinée de démontage et d'évacuation, et nous présenterons notre bel ouvrage régulier comme une harpe dans l'étable. Ce sera l'occasion d'un bon nettoyage.
J'ai hâte de voir l'effet.
Là encore, rien ne presse. Seulement, l'impatience me taraude, petite démone incorrigible !

La nuit tombe maintenant, les éclairages trouent l'obscurité. Les souffles du vent se font plus pressants.
Je vais finir de fermer, et me retirer à côté, pour la nuit, sous la lumière orangée, avec un bon livre et une tasse de tisane fumante.
Un client écolo-poète amusant de la jardinerie me le disait, alors que je lui prévoyais plusieurs journées à déraciner les pissenlits de sa pelouse, à quatre pattes avec son petit couteau : aahhh... j'aime ma vie !!

Moi, c'est pareil : j'aime ma vie.

Lundi 12 mars 2018 9h43

Ce matin, le ciel gris à peine boursouflé,  les volées venteuses venues du sud, laissaient espérer une jolie journée, tiède et sèche. Maintenant, tout ça est devenu toute autre chose, avec pluie finette et insidieuse, rafraîchissement net, et ciel uniforme tendu par là-dessus.
Je ne regrette pas d'avoir suivi le conseil d'Olivier pour la sortie des vaches : dans cette ambiance, mes bêtes font plaisir à voir, douillettement allongées sur le paillage sec, ruminant tranquillement, s'étirant de temps à autre avec un soupir de bien-être profond.
Elles supporteraient aisément les conditions météo extérieures, elles, mais c'est moi qui les préfère là... Je projette sur elles mes aspirations au confort, et elles ont la bonne grâce de ne pas donner de signe manifeste du contraire.
Je vais mitonner le déjeuner, faire mes essais de foin à valeur ajoutée, peut-être.
Un de ces petits projets, encore, qui ne mange pas de foin, justement, et risque seulement de ramener un petit peu de blé. Hum, mes jeux de mots ne vont pas chercher bien loin. Comme moi, ils ont ramené leurs ambitions de créativité à une plus juste mesure, où l'on s'amuse à peu de frais, sans chercher une innovation particulière ou un effet saisissant.
Tout le monde n'est pas un génie de la langue et de la littérature. Je ne le suis pas, en tout cas.
Mon plaisir est pourtant réel, naïf et sans complexe. Pourquoi m'en priverais-je, sous le prétexte que je ne fais pas mieux que les autres, bien moins bien que certains, même ?
A chacun son couloir de course, le tout est de ne pas empiéter sur ceux des champions, au risque de se décourager... et de s'y faire bousculer !


Mercredi 14 mars 2018 9h30

Je reviens de chez l'opticien : une petite vis d'assemblage avait pris la poudre d'escampette. Ces petites pièces minuscules demandent expertise pour être traitées, aussi, j'ai été chercher cette science là où elle est. J'ai été un peu déçue de ne pas trouver ce gentil colosse bâti pour les travaux de force, bien mal employé dans ce domaine de légèreté et de méticulosité. Sa grande douceur et sa délicatesse en font un alliage surprenant, et bien agréable à observer. La seconde officiante de la boutique est tout aussi avenante et agréable, mais elle ne présente pas ce contraste saisissant.
Je passe ici pour un de ces administratifs impérieux. La flaque de soleil s'allonge sur le tapis gris grenat. Le vent forcit déjà, les augures vont tourner au vinaigre, semblerait...

Une augure bien positive, celle-là, c'est l'arrivée de la première hirondelle de la ferme. Lundi soir, en fermant la grande porte de l'étable sur la nuit, j'ai perçu son vol leste et rasant. Ma petite hirondelle à l'aile tâchée s'est faufilée, a fait le tour des nids. Elle est restée là un moment, je l'ai suivie des yeux. Il est temps maintenant de laisser ouvert le petit volet de la grande porte, pour laisser aller et venir les hirondelles.
Celle-ci, s'étant reposée sur l'un des nombreux clous fichés dans les pannes, après un usage sûrement ponctuel, maintenant oublié, mais bien commode pour se percher quand on est hirondelle légère, est remontée dans le grenier par une des trappes de distribution de foin.
Je l'ai retrouvée là, sur une grosse panne double de la charpente, oscillant de sa petite tête ronde. J'ai pu vérifier sa tâche sur l'aile.
Ce signe printanier m'a plu. Il me paraît chaque année amical et optimiste.
Ma petite hirondelle du grenier est revenue, le temps suit un cours fluide et égal, donnant l'illusion de cycles immuables, comme si tout pouvait toujours revenir, et recommencer : belle farce, mais farce plaisante, et bienfaisante pour adoucir les arêtes acérées d'un temps implacable.

Les chiens s'étalent dans le rectangle de soleil. Je vais peut-être travailler un peu à la restauration de mon potager.
Les oiseaux pépient dans le figuier aux bourgeons tout juste gonflés.
Une belle journée, encore une. Un joli moment de vie. 
Je prends tous ces moments avec gratitude et reconnaissance. A la vie, à mon sort, à moi, et aux autres.


Vendredi 16 mars 14h50

Décidemment, mes siestes s'étalent comme mes chiens au soleil...
Ca fait grand bien, ces plongées fluides dans le repos, et tous ceux qui ont connu les morsures d'une insomnie hargneuse le savent.

Le petit grattement derrière le radiateur à côté a cessé. Une douçâtre puanteur morbide flotte maintenant dans l'air : c'était une souris, donc, et ma distribution de poison a eu son effet.
Paix à l'âme de cette petite bête à museau pointu. Son goût aventurier l'a entraînée dans des zones dangereuses pour elle.
Je lis en ce moment un petit livre de Claire Gallois, "les heures dangereuses", justement, traitant des désillusions de la femme de cinquante ans. De la femme qui a été belle, en vue, et dont la beauté déclinante entraîne avec elle une faillite d'autant plus douloureuse que la gloire fût intense.
Pour moi, ces 55 ans proches signent mon portrait différemment : je n'ai jamais été une beauté, ni une gloire. Au mieux étais-je fraîche et vigoureuse, enthousiaste et tonique. Fraîche, je sais bien ne plus l'être. Vigoureuse, dans la limite du raisonnable, oui, encore. Tonique et enthousiaste, maintenant, de nouveau, aussi.
L'avantage des femmes à la beauté ordinaire, c'est l'amorti confortable de cette descente là. On ne vient pas de trop haut, même, dans la nouvelle longitude, certaines de nos qualités mésestimées de jeunesse deviennent solides atouts : la vigueur, pour une femme, c'est presque plus séduisant à soixante ans qu'à trente.
L'amour devient moins la grande affaire. On recherche toujours, et peut-être plus que jamais, des bras aimants, mais cette quête est moins impérieuse. Quand on a la chance de les sentir autour de soi, on en apprécie davantage la chaleur, d'une manière moins nerveuse et plus pleine. On ne cherche pas plus loin, l'accomplissement d'un idéal exigeant. C'est un repos, une lassitude décrispée et une détente.
J'ai cette grande chance d'avoir ses grands bras près de moi. Cette grande chance de m'y sentir protégée et accueillie.
Je sais parfaitement que cette chance là peut être anéantie en un seul instant. 
Je sais parfaitement que ma vie si douce pour le moment peut replonger dans l'abîme glauque où je l'ai sentie glisser, déjà. Pour tout un tas de raisons, ou même, sans raison aucune. J'en ai fait l'expérience et m'en souviens bien assez.
Et bien, cette fragilité me la fait voir plus précieuse encore, cette vie si douce. Le point noir dans le paysage, je choisis de le diluer, de le circoncire à un espace le pus petit possible, en le noyant au milieu de toutes ces couleurs pastels de l'âge mûr accepté sans les amertumes des regrets.
Ce n'est pas une pente forcément naturelle, celle-ci : mon tempérament angoissé me tire plutôt le regard vers ce seul point noir. Je m'exerce toujours à me raisonner, à me rééduquer dans la visée d'une vision plus optimiste... et réaliste, que Diable ! Objectivement, ma vie est belle, et mes plaintes ponctuelles, même sincères, complètement décalées.
Je choisis d'écarter cette lucidité âcre à poser en milieu de table ce qui gâche et enlaidit.
Ca va, les "zondes négatives", on connaît ! On les a vues, entendues, et, je l'espère, durablement écartées...

Je me prépare une fin de semaine agréable. La vague de mauvais temps annoncée pour début de semaine prochaine reportera encore la sortie de mes vaches.
J'ai sommairement désherbé les crêtes de mon potager, mercredi, au grand vent bruyant.
Nous garderons à la ferme tournure hivernale. Je prends garde à ma petite hirondelle pour le moment solitaire. Elle vire et volte ici et là, enjouée et légère. Elle sait l'abri là, elle sait glisser dans le vent et revenir s'y reposer.

Je vais sortir dans le soleil pâle, m'y réchauffer et laisser le vent glisser...







mercredi 7 mars 2018

2 au 7 mars



Vendredi 2 mars 2018 : 19h24

Je passe ici avant de me retirer dans "mes appartements".
Nous avons dîné de bonne heure, horaires maison de retraite !
J'ai fermé la maison sur les coups de vent du sud parfois brutaux : pendant ma promenade avec les chiens, du côté de Mieltxon Borda, deux gros chênes secs m'on fait accélérer le pas à leur aplomb. Ces vieilles carcasses creusées tiendront peut-être encore des années, leurs branches mortes pathétiquement tendues au ciel, mais, sait-on jamais, ce serait quand-même dommage de se trouver en dessous au seul moment depuis tout ce temps, où elles s'effondrent...

L'atmosphère a considérablement tiédi, depuis la neige d'avant-hier : là, nous ne sommes pas loin des 20 °. Je ne suis pas la seule à pratiquer les grands écarts !
J'ai taillé les géraniums gelés, déploré les tiges molles du bougainvillée d'Olivier : il venait juste de s'enraciner dans notre terre lourde, et commençait à peine à s'enrouler autour du tuteur en fer forgé. Avoir résisté tant de temps, avoir enfin trouvé le courage de se lancer, la confiance de raciner, et bam ! se retrouver gelé par un petit matin de février. Là encore : quel dommage...
Il reste un peu de vie encore dans ce pied, ne l'enterrons pas trop vite.

Mes vaches sentent le bon air, quand j'ouvre la porte du fond pour aller vider la bennette à fumier. Elles sentent le printemps proche, des envies d'extérieur les titillent.
Un désherbage mécanique des grandes oseilles trop envahissantes maintenant est prévu demain, si la pluie ne s'invite pas dans la partie.
Sinon, je vais devoir faire ça à la pompe à dos, une histoire plus longuette !
Un petit délai d'une dizaine de jours avant de mettre les bêtes à la pâture, et nous aurons pris le pli belle saison.

L'an dernier, mes vaches étaient déjà dehors. 
L'an dernier, comme celle d'avant, ma maladie rampait le long de mes jambes, et m'envasait comme une boue épaisse et implacable.
L'an dernier est passé, et je ne devrais plus trop y penser.
Sauf que j'y pense, évidemment ! 
Je me sens bien, très bien. Mes malaises vertigineux n'ont pas disparu, mais ces petites crises restent ponctuelles, et me laissent vivre des journées bien agréables.
Quand j'aurai passé un printemps sans sentir cette chape de plomb me peser lourdement sur les épaules, un printemps léger et joyeux, un printemps comme cet hiver qui se termine bientôt, alors, même si ça ne garantit pas l'été juste derrière, je soufflerai.
Je ne dis pas "si", je dis "quand". J'y crois,  je l'espère, mais je doute, encore, j'appréhende.
Il me faudra du temps pour me rassurer, du temps pour mettre la maladie à sa juste place, le plus loin possible. Tout ça est encore frais, et demande à rassir.
Je reste confiante, optimiste et surtout bien décidée à ne pas me laisser rattraper sans lutter.

Ah bougresse ! Tu m'as joliment flanquée par terre, c'est vrai. Pour le moment, je suis debout, encore, et je te tiens à l'œil. J'ai compris, j'ai senti, ta force, et ma faiblesse, mais j'ai senti, compris, aussi,  la mienne, force. Je l'ai aguerrie et nourrie. Je te connais mieux, maintenant. Je me méfie de toi, oui, je m'en méfierai toujours. Mais notre cohabitation me paraît mieux possible.
Nous n'avons jamais été aussi près de le savoir, n'est-ce pas ?
Allez bougresse, sois bonne fille, et vivons en paix ! Ainsi soit-il...


Lundi 5 mars 2018 8h51

Tournée ouverture des volets. Le temps est clément, le soleil irradie entre deux masses grises immobiles. Tiens, les coups de vent de fin de semaine ont plaqué la poussière sur les vitres. Ces rais solaires ne pardonnent pas : la neige de mercredi dernier faisait tout paraître jaune et sale, et là, le soleil relève les traces poussiéreuses, et me les tend au regard. Pas facile de tenir une maison impeccable ! Et, surtout, bien loin de moi cette idée exigeante... Un coup rapide sur le plus flagrant, et ça ira bien !

Le désherbage samedi a pu se faire sans problème.
Txief gratte à la porte : dans cette vieille ferme, il y a plusieurs circuits possibles, beaucoup d'entrées, de sorties, de passerelles. On ne sait jamais trop où sont les gens, par où ils vont arriver et où il faut les attendre. C'est un monde plein d'alternatives et de possibilités, quoi...

Mon désherbage, donc, doit avoir marché, et les adventices en plein essor déjà devraient manifester très vite, se tordant sous l'effet des hormones. Une petite souffrance à voir, ces plantules torturées, mais un mal nécessaire, allez ! Mes vaches veulent de l'herbe tendre et savoureuse, pas des chardons agressifs et des rumex acides.

Hier, Olivier a entamé la fabrication du râtelier. 5 bons mètres alignent déjà les barreaux réguliers... et entiers. Comme c'est beau ! Il terminera la seconde longueur dans quinze jours, puisque dimanche prochain est prévu charcutailles.
Nous cadençons nos activités communes sur les dimanches, jour où nous sommes ensemble.
La semaine, chacun vaque de son côté : un mariage particulier, peut-être, un excellent compromis entre indépendance et plaisir du couple. Notre mariage, quoi !

Moi, hier, je travaillais à la jardinerie, à organiser cette fameuse animalerie agrandie.
C'est plus un plaisir qu'un travail, pour moi, l'élaboration de ces rayonnages. J'ai toujours aimé cette partie du métier. Monter les gondoles, là, ce n'est pas une mince affaire, en réutilisant le mobilier existant, défaisant ici pour refaire là. Ranger les produits, respecter les règles rigoureuses du "merchandisage", tout en se laissant aller à quelques improvisations presque artistiques (...). Les petits jeunes me suivent, pas aussi passionnés que moi, mais contents tout de même de participer à ces chantiers d'envergure.
Je devrais avoir bien avancé pour la fin de semaine.

La vie suit un cours agréable, ces temps-ci.
J'ai en coin de tête deux trois petites affaires de longue haleine. En visée plus immédiate deux trois projets faciles et attrayants.
En surveillance, mon bien-être et en garde sa préservation.
Tout un programme...



Mercredi 7 mars 15H

Je fais des siestes profondes et réparatrices, ces temps-ci. Je plonge dans le sommeil d'après repas comme dans une eau tiède et voluptueuse. J'en émerge toute dolente, gratifiée et d'une humeur tonique à souhait. Les petits projets du jour viennent alors à moi comme des lutins joyeux.
La matinée est souvent consacrée à une logistique routinière et incontournable. L'après-midi, ce sont les activités-loisirs. J'ai besoin de me voir faire des choses, d'accomplir. J'ai vive cette satisfaction du faire. Toujours à portée, une ou autre petite tâche alimente facilement ce besoin. Je ne suis pas du tout exigeante : je n'ai jamais trop eu cette soif d'absolu, cette attente de la perfection. Non, non, non, pas du tout ! L'à peu près me suffit largement, et j'ai vite fait de déclarer satisfaisant le tout juste acceptable. Mon appétit est facile à contenter, et les mets les plus rustiques lui conviennent tout à fait.
Les cadences de mes journées, l'ordinaire de mes occupations, la simplicité de ma vie modeste suffisent à mon contentement. Quand ma perception en est aimable.
Quand elle ne l'est plus, je pourrais bien mener la vie la plus aventureuse et la plus trépidante, elle me paraîtrait morne et vide.
Je travaille assidument à exercer sainement cette perception.

Des rêves poisseux s'invitent souvent dans mes nuits, remontant au jour ces vieilles peurs grises. Oh, rien de bien particulier : la peur de ne pas être à la hauteur, de se trouver submergée, la peur d'être rejetée. J'imagine que ces rouages là tournent un peu partout, et essaiment facilement ce mal-être diffus.
Au réveil, à la toute petite aube, je convoque tous ces mauvais génies, et les passe au filtre de ma nouvelle tournure. Je le fais avec application et méthode. Je ne les renvoie pas avec dédain, en une espèce de fuite. Je crois devoir les entendre, les considérer, pour les remettre à chaque fois à leur place; une petite rééducation de mon fonctionnement de pensée.
Pour le moment ça marche. Je réfute une à une ces peurs irraisonnées, je leur oppose l'objectivité de ma vie de maintenant, où je prends garde de mettre la limite bien à portée de mes possibilités. Tout ne dépend pas de moi. Je ne suis pas pour autant un fétu de paille balloté par le vent : j'agis là où je le peux, et cette action là constitue un levier suffisant pour supporter les impondérables "ordinaires".

Ma vie, mes jours, dans leur ordinaire, justement, peuvent être bien agréables. Pour moi, quand j'arrive à les regarder sous le bon angle, ils sont même mieux que ça : précieux et uniques. C'est dire combien je suis attachée à le conserver, cet angle là !


Je m'en rends bien compte, quand je me relis, ma vie, mes jours, peuvent paraître routiniers et monotones.
J'y trouve pourtant l'aliment suffisant à nourrir une ribambelle de petites joies simples et naïves : le parfum doux et acidulé des pommes au four, le fumet d'un bon vieux ragout, le chuintement de la soupape de la cocotte où la soupe mitonne, l'agréable senteur de propre dans une chambre juste faite, la transparence des vitres claires, mes vaches repues et couchées aux dos alignés dans l'étable, la contemplation des mes "arbres aux oiseaux", mes peintures faciles et plaisantes, les paysages de ma promenade, la fête des chiens, la fluidité d'un mouvement du corps, les cheveux frais après le shampoing, la bonne place d'un bibelot dans la maison, les grands bras d'Olivier, une chanson en tête, un éclat de rire partagé...
Toutes ces petites joies naïves alimentent mon bien-être, et nourrissent une joie plus profonde et plus durable.
De mon petit cercle au rayonnement étroit, j'essaie d'irradier un peu, de partager ce bien-être et cette joie à ceux qui me sont chers, à ceux que je croise et dont le regard accroche un instant le mien.
Je sais bien que je ne suis pas de ceux qui vont changer le monde. De ceux là, il y en a peu, et, tout en les admirant avec sincérité, je n'envie pas ce fardeau de se sentir capable de grandes choses, et de dédier sa vie à satisfaire cette exigence vécue comme un dû.
Non, moi, mon domaine d'action est restreint, mais, dans celui-là, je peux tout de même donner une jolie image, un espoir, une idée positive.
C'est ma seule ambition, et l'atteindre me paraît déjà bien.

Pour cette après-midi, je vais par exemple faire deux trois signes amicaux ici et là, absorber la belle lumière du soleil revenu après les bourrasques d'hier, préparer un bon dîner.
J'avais en tête d'arracher la véronique rampante sur les crêtes des sillons du potager. La pluie de la nuit m'en empêche. Soit, je vais alors juste biner la terre de mes potées. Ramener mes projets à un seuil raisonnable, dont le franchissement satisfera déjà mes aspirations.

Pour la suite, j'aviserai, au jour le jour !








Ma Bigoudi et sa fille Beltza me le confirment : mon bonheur de vivre se niche là...