vendredi 12 octobre 2018

12 octobre



Vendredi 12 Octobre 2018  11h17



Retour d'une période chaotique et déroutante.
Après un autre épisode d'hospitalisation, mon père est rentré à la ferme.
Je le pensais perdu pour nous, perdu pour le temps présent, perdu pour une vieillesse paisible à Agorreta.
Je nous pensais partis pour l'ellipse descendante classique, où nos anciens dépérissent et avancent vers la fin, loin de nos jours encore clairs, où les ombres funestes ne trouvent plus leur place.
Je nous pensais résignés et entrés têtes basses dans un moule gris tendu avec tant de complaisance.



Je me trompais !



Mon père, voyant s'approcher le spectre d'une fin de vie misérable, s'est une fois encore soulevé, une fois encore il a trouvé la ressource de relever un défi implacable.







Cet homme ne finira donc jamais de nous étonner !

Il y a plusieurs années déjà, je me souviens d'une conversation téléphonique entre médecins, à laquelle j'assistais dans la vieille cuisine silencieuse. Il était question d'un traitement à poursuivre absolument, d'une prescription médicale impérative. Dieu merci déjà, notre bon vieux médecin de famille savait entendre autre chose que la science froide et plate : il décida de nous suivre, dans notre trajet où nous tournions le dos à la médecine, pour chercher ailleurs notre salut. Mon père était déjà vivant, contre avis médical, autorisé pourtant. 
C'était il y a 6 ans !
Je l'ai déjà écrit par ici, mon père manque mourir assez régulièrement depuis ces quarante dernières années. Tant de fois, des docteurs désolés en blouses blanches ouvertes sur une désinvolture obligée, nous conseillaient de nous tenir prêts à l'inéluctable.
Tant et tant de fois…
Je ne sais pas si nous sommes prêts, malgré tous ces exercices manqués. J'ai plutôt l'impression d'être usée d'avoir autant été préparée. Trop, peut-être !

Pour le moment, un énième pied de nez de vieil homme tenace et acharné, d'une vieille carcasse encore solide et déterminée, nous laisse bouche bée.
Le jeu du chat et de la souris continue. La souris résiste et se faufile, le chat se distrait. Pour le moment, évidemment.
En attendant, chaque instant est précieux, et chaque grand sourire cadeau.

J'essaie d'arrêter de "sur"veiller. D'accompagner avec bienveillance mais sans cette fatigue où la lourdeur aiguise les aigreurs.
J'essaie tant de choses, et en réussis quand-même quelques unes. Pour celles où j'échoue, que celui qui n'a jamais failli me jette la première pierre...

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