vendredi 13 juillet 2018

13 juillet 2018


13 juillet 2018 10h05



L'orage a exulté sa colère dès le matin, aujourd'hui.
J'en avais à peine terminé avec ma récolte de patates. Les grosses gouttes s'écrasaient sur les toits métalliques des garages voisins.
C'est un temps extrêmement poussant. Mes citrouilles enfiévrées se jettent en larges feuilles arrondies. C'est un plaisir de les voir avancer si vite.
Pour les plants de tomate, par contre, sale temps : les viroses noircissent les tiges, recroquevillent les feuilles, et condamnent les fruits promis. Que dommage… J'ai arraché tout ça dans ma foulée jardinière. Le potager va maintenant prendre sa tournure hivernale. Olivier passera la fraise dimanche. Je repiquerai ensuite salades et choux. Semis de carottes, aussi, impeccablement calé sur le 14 juillet. Une date comme une autre. On repique bien les poireaux d'hiver au 15 Août. C'est commode, ces dates, païennes, religieuses, joyeusement agglomérées entre les phases lunaires et autres traditions. Je m'y plie, quand il est facile de le faire. Si les circonstances rebellent, j'oublie, sans scrupules !



Pour un semblant de cohérence dans mes articles, je reviens à ces fameux psychotropes.
Je reviens souvent à ce thème de la maladie. Légitimement, c'est une préoccupation pour moi.
En parler me plaît, me fait du bien. J'exulte moi aussi en faisant sortir de moi, en livrant. Je crois ce mécanisme sain. La maladie mentale est souvent méprisée, méconnue. Elle fait peur.
Les temps ont tout de même changé. Au point de rendre la bipolarité populaire, au prétexte que beaucoup de grandes figures historiques ou artistiques en sont atteintes. 
Une mode, comme quand telle célèbre chanteuse porte des bottes de caoutchouc, il est de bon goût de trouver ça élégant. Alors que moi qui en porte depuis bien avant, on a toujours trouvé ça paysan… A quoi ça tient, tout de même !
Dans notre milieu paysan, justement, et au delà aussi, je le crois, ces choses du cerveau, ces finesses mentales, font encore  peur. On préfère ne pas en parler, ne pas voir, jusqu'à ce qu'il soit impossible d'ignorer. Une once d'anticipation aide pourtant bien.
Une certaine honte s'ajoute pour les malades à la souffrance réelle. Ca, par contre, ça n'aide pas du tout ! Ca enfonce davantage et ça pèse lourd dans la balance négative.
Je ne ressens pas cette honte. J'ai même la tendance, et ce blog en est la manifestation, à surexposer la maladie. Sans la mettre systématiquement en avant, mon idée, mon projet, est de la dépolluer, d'en alléger au moins cette facette culpabilisante.

J'ai compris qu'on ne peut pas faire l'économie d'un traitement chimique, quand on a dépassé le stade des prémices, encore compatibles avec le maintien dans la vie courante.
Les fluctuations démarrent gentiment, en petits pics contenus dans un intervalle très vivable.
Pour les malades, les fluctuations deviennent insupportables.
Les phases maniaques, si agréables à leur commencement, culminent dans des contrées ou le cerveau ne peut plus suivre, en gardant le bons sens.
Pour les phases dépressives, l'engluement avec pour seule perspective le dégoût de la vie, l'extinction complète de tous les plaisirs, quand on se souvient si bien des choses qu'on aimait, et qui à ce moment deviennent insipides, la fuite de toute envie animée, laissent face à face avec l'idée de la mort, seul moyen de ne plus ressentir ce vide sidérant et atterrant.
Le mécanisme salvateur, cet aveuglement consenti, déguisé et  assumé de notre destin humain se grippe. La mort vous fait face, elle est la seule échappatoire et elle vous tente.
La peur de souffrir, un réflexe encore peut-être, vous retiennent seuls.
Ca a été ma sensation.
Dans ces moments, j'ai essayé de m'accrocher comme à la seule planche de salut, à l'idée que cet état était passager, que cette volonté était celle de la maladie et pas la mienne.
Difficile de se séparer des idées installées dans votre tête : elles tournent en boucle, étrécissent tout horizon à une ligne plane et noire.

La difficulté dans ces pathologies, c'est de comprendre ce qui se passe dans les têtes malades.
On dissèque un muscle, une viscère, on en comprend à peu près le fonctionnement. On en repère mieux les failles, et on y pallie. Quand on le peut. Je sais bien combien certaines maladies se jouent de toute contre-offensive, malheureusement.
Je l'ai dit et le répète, la vie est la plus sérieuse des maladies : elle tue à tous les coups ! 
Autant en finir tout de suite. C'est le genre d'idée optimiste et légère qui vient quand la dépression s'installe.
C'est le genre d'idée, pourtant tout à fait sensée et raisonnable, que les gens de raison n'ont pas, ou du moins pas en continu.
Où est la raison, alors ? Peut-être pas là où on la croit…

On a beaucoup progressé dans les études sur le cerveau. Repéré des circuits, identifié le siège d'émotions.
Un cerveau reste encore un mystère, cependant.
Il faudrait peut-être comme, paraît-il, le font les chinois avec des singes installés en bout de table, ouvrir un crâne d'homme vivant, pas pour en déguster la cervelle encore palpitante à la petite cuillère comme un melon mûr, mais pour la regarder fonctionner. Si tant est que les idées se signalent et se peuvent étudier. Je ne sais pas…

Cette image de  singe sanglé dont on décapsule la tête pour en dévorer la moëlle, soulève en moi la nausée. Ils sont donc si cruels, ces gourmets chinois ? Les tortures orientales il est vrai, sont réputées pour leur sadisme raffiné : pas de bruit, pas de cris, pas de traces. La souffrance à l'état pur. Quelle horreur… Le singe est-il sans doute privé de ses sensations nerveuses : la pauvre bête couinant affreusement d'une douleur atroce couperait l'appétit des plus sataniques bourreaux, tout de même, non ? 

Je reviens à mes casseroles. Ces digressions m'en éloignent.

La science médicale a suffisamment progressé pour proposer des solutions à ces maladies mentales.
Les molécules chimiques remplacent avantageusement maintenant les contentions mécaniques, cures de sommeil et autres succédanés décevants.
Pour les dépressions, les "recapturateurs" de sérotonine, ou les "capturateurs", je ne sais jamais, ma science est bien approximative, compensent en quelques semaines le déficit. Tant bien que mal.
Simplement, dans la maladie bipolaire, l'antidépresseur est contre-indiqué. Cette sérotonine recapturée, ou capturée, doit venir mettre le bazar là où il y en avait déjà bien assez.
Pour la manie débridée, quelques neuroleptiques  remplacent avantageusement la camisole de force. Leur mode d'action, pour les plus utilisés, est bien orchestré : ralentissement musculaire, d'abord. On se sent enfermé dans un corps de pierre, lourd et inerte. Le cerveau turbine encore à bon régime. Les idées survoltées sont là, mais le physique ne suit pas. Très désagréable et frustrant !
Chacun suivant son tempérament exprimera sa particularité. Les agités s'exténuent à vouloir bouger, marchant les bras ballants à longueur de journées. Les intellectuels marmonnent en psalmodies ininterrompues.
Au fur et à mesure du traitement, le cerveau finit par trouver un peu de repos, gagné par l'inertie physique. Il se ralentit à son tour. Les idées tournent moins vite, elles s'assagissent et s'apaisent.
Le processus est douloureux. Il est salvateur.

Les thymorégulateurs visent une vitesse de croisière supportable, en espaçant les crises et en les atténuant. Un traitement bien adapté laisse la possibilité de vivre bien, tout à fait.
S'il a été mis en place dès les premières crises, avant que le psychisme ne soit dégradé par les séquences consécutives, la maladie ne se perçoit plus,  elle se laisse oublier.
Ces thymorégulateurs, comme la plupart des psychotropes, ont été découverts pour leurs vertus sur la bipolarité, par hasard.
Le mien, cette Lamotrigine amie lactée, est en fait un anti-convulsivant, prescrit au départ pour atténuer les crises épileptiques. 
La recherche médicale, particulièrement dans ce domaine, est aussi en grande partie empirique : on observe, on constate, et on en déduit… Un peu comme pour les recettes de cuisine, où un accident de réalisation révèle une combinaison d'ingrédients novatrice et réussie.

Le petit hic dans tout ça, qui paraît idyllique, s'annonce par des effets indésirables bien ennuyeux. Toute médication comporte ses risques collatéraux. La balance bénéfice-risque veut bien dire quelque chose.
Les psychotropes sont comme les autres, anti-inflammatoires, coagulants, biotiques et "patatiques", ils agissent pour le bien ici, pour le mal là.
Entre deux maux, il faut choisir le moindre.

Toute cette diatribe brouillonne est ma vision simplifiée de la chose. J'ai ma manière de comprendre. Elle vaut ce qu'elle vaut. Elle me rassure, me conforte et m'aide.
Je ne suis pas sûre de la pertinence de mes démonstrations.
Je suis sûre cependant que pour mieux vivre une maladie, il faut la comprendre au plus près, et la donner à comprendre à ceux qui peuvent aussi en subir les conséquences.
La bipolarité affecte le malade, et ses proches.

Des spécialistes, des artistes, des auteurs et des anonymes en ont parlé bien avant moi.
Des gens autorisés par leur savoir et leur expérience.
Mon seul projet est d'apporter ma petite contribution à la levée de ces ombres et silences autour d'une maladie parmi d'autres.
Mon espoir est d'en donner, aussi, à ceux qui, pour le moment, n'en voient pas.






mercredi 11 juillet 2018

11 juillet



11 juillet 2018 15h28


Je suis là et là, me demandant si je vais terminer le sarclage de mes lignes de citrouilles ou pas.
Une noirceur lourde chevauche la crête haute du Jaïzkibel. Soit elle passe à l'est, vers la montagne de Sare, soit elle plonge vers la mer… et vers nous !
Commencer un rang sans le finir, je n'aime pas : j'attends alors de voir quelles sont les auspices. Ca va se décider assez vite, il n'est que d'attendre un peu.
J'ai fait ma tournée fermeture des volets par anticipation, au cas où un coup de vent giflerait trop fort les vieilles planches.

Ces rangs de citrouilles, je pensais en avoir parfaitement calculé les écartements, de façon à pouvoir passer le Rotavator entre. Il y a peu, mon antienne "faire une erreur, c'est pardonnable et pédagogique, la refaire est une faute", refleurissait par ici. Ma foi, elle s'illustre implacablement dans mon propre jardin : mes rangées, trois creux vides, un creux semé, sont trop justement espacées. Rotavator s'y glisse maintenant, au moment où les plantules sont tapies au fond des gorges de terre. Dès la semaine prochaine, quand les larges feuilles partiront à l'assaut des crêtes toutes proches, quand les lianes s'allongeront au delà de cette ligne étroite, il sera trop tard pour envoyer la grosse machine là dedans.

 Je m'y suis fait prendre il y a deux ans, déjà : j'avais mesuré la largeur du tracteur, oui, mais pas pensé à la roue extérieure de support de la machine, lourde et large. Résultat, un seul passage, au tout début, dents serrées pour ne pas dévier la trajectoire au risque de pulvériser les jeunes plants innocents et fragiles.

Cette année, je vais m'attacher le concours extérieur de l'engin d'Antxo, le fameux précurseur de l'Inra dans l'obtention de variétés certifiées de choux fourragers. Plus étroit, il continuera le travail.


Ca y est, les grosses gouttes s'écrasent au sol, clapotant drues sur les feuilles cartonneuses du figuier. J'ai bien fait de ne pas me lancer ! Les amarantes violettes retournées d'un coup de sarcloir ce matin vont se faire une joie de reprendre racines, les bougresses ! Il a fait chaud tout de même entre temps, et elles se seront peut-être séchées, qui sait ?
Au moins, mon engrais sera dissous, et ira gentiment se mettre à la bonne portée des radicelles de mes citrouilles.
L'ambiance est toute différente, fraîche et allégée, malgré les lances serrées de l'orage. D'ici une heure, je pourrai sûrement m'en aller promener par les chemins creux bordés des fougères ployées sous l'averse.

Relisant mes derniers articles, je pensais combien j'aurai peut-être du mal, dans plusieurs années, à leur relecture, à me comprendre. J'en ai fait l'expérience déjà en reprenant mes vieux cahiers de jeunesse, ces fameux cahiers malheureusement maintenant disparus : paix à leur âme, et à celle de ce voleur d'occasion aveuglé d'une vexation mordante.

J'aime la distance et la coloration des images usitées pour saisir différemment une perspective.
Autant, mes mots relatifs à mes cultures ou à mes bêtes sont livrés au plus près, par souci de précision et de justesse,  autant mes pensées plus abstraites sont déguisées d'évanescences difficiles à fixer.
Trop de sibyllin, trop de sous-entendus, trop d'allégories fumeuses.
C'est sûrement ma manière peureuse d'appréhender ce genre de choses. Une approche à reculons, à tâtons, une défiance.
Je reconnais l'efficacité d'une transposition imagée, sa coloration plus vive, donnant mieux à sentir par des allusions au mieux perçues les concepts à examiner.
Mes références tournent toujours autour des bêtes, des paysages ou du végétal. Mon monde, ma fondation et mon abri.

Dans la perspective de cette relecture lointaine, je vais clarifier tout ça :

La ratte aux yeux jaunes est évidemment cette bipolarité dont je souffre, dont d'autres souffrent aussi, autour de moi, et ailleurs.
La maladie mentale est par essence difficile à appréhender. Elle ne se voit pas, quand elle prend ce visage de la bipolarité, la majeure partie du temps. Evidemment, quand une crise aigue s'empare du quidam, là, ça devient plus parlant. Mais là, on est déjà au bout d'un processus sous-terrain et monté en puissance au fil d'un temps long et plan.

C'est là que la maladie prend pour moi ce visage d'un animal fourbe et cruel. 
Je l'avais  flairée il y a longtemps déjà. Je la voyais alors féline, souple et mystérieuse comme la panthère noire, tapie sur la branche en observatoire, prête à se laisser lourdement tomber sur sa proie au dessous.
Je la voyais séductrice et enjôleuse, câline comme une grosse chatte vicieuse. Elle se glisse dans vos bras, vous enroule dans sa fourrure douce, et se laisse apprivoiser. Vous l'accueillez, séduit par tant de sensualité, et vous vous laissez prendre, comme le fier Samson envoûté par Dalila.

La bipolarité a deux visages : la manie, et la dépression. 
Ce n'est pas une maladie de mode, une invention de l'industrie para médicale.
La bipolarité existe depuis la nuit des temps. Elle a été repérée par Aristote, déjà. Il évoquait la mélancolie et la manie. La détresse et l'euphorie.
La bipolarité se joue de son hôte comme un chat joue avec une souris.
Elle lui fait croire à sa liberté, la grise d'une illusion fausse de toute puissance, lui donne l'impression de pouvoir s'affranchir du besoin de sommeil, de la notion de fatigue. 
La bipolarité en début de phase maniaque accélère effectivement le cerveau, rend les pensées et les raisonnements plus fluides, plus rapides, plus incisifs et percutants.
Elle vous donne des ailes, vous emplit d'une joie, d'une euphorie, d'un enthousiasme et d'un entrain qui vous soulèvent bien au delà de vous-mêmes.
Imaginez si vous le pouvez ces sensations, ces sentiments, cette extase et cette intensité à vivre.

La bipolarité est une garce dont on tombe vite et facilement amoureux.

Evidemment, ces sentiments et ces sensations, exacerbés et poussés au delà des limites humaines, finissent par enflammer le cerveau d'un incendie ravageur. Les mécanismes surchauffés, les neurotransmissions affolées, les survoltages fulgurants font de la griserie si agréable au commencement, un champ de ruines dévasté. Tout devient cendres et fume noir.

La bête, la féline, la ratte ou la chienne galeuse, comme on voudra, montre alors ses yeux jaunes. 
J'imagine ainsi le pendant de cette phase maniaque, aboutie en une dégringolade stupéfiante.

La bipolarité vous dévore l'âme comme la hyène lacère vos viscères encore chaudes.
Elle vous englue, vous aspire dans un gouffre sans fond, et vous perd dans une noirceur désespérante.
Vos forces vous abandonnent, votre enthousiasme n'est qu'un souvenir éteint et désabusé, un sentiment inconnu dont le rappel vous est impossible.
La dépression du bipolaire est profonde, épaisse, lourde.
Pour certains, elle vous tient à terre pendant des mois.

Pour d'autres, la bipolarité est une sarabande épuisante de ces séquences alternées.
Elle vous jette  tour à tour tout au sommet ou tout au fond, de plus en plus vite et de plus en plus fort. Vous avez l'impression d'être une marionnette dans les mains d'un clown fou et diabolique. Jamais de repos, jamais de trêve où restaurer ses forces.

Je maintiens mes panthères, chiennes galeuses et rattes aux dents jaunes.
Je maintiens la souffrance de cette maladie, souffrance souvent invisible et méconnue.
La maladie est toujours mauvaise, qu'elle qu'elle soit. Elle frappe en aveugle. Ni sanction, ni justicière, elle s'invite au hasard et plante ses crocs à l'aveugle, pinçant ici en avertissement et lacérant jusqu'à l'os, là.
La maladie fait mal, la maladie fait souffrir et frappe n'importe où. 
Ceux, épargnés encore, qui y voient une justice ou une consolation à leur profit sont des imbéciles, ignorants et méchants. 
Tous les vivants dès qu'ils naissent sont malades de la vie, puisqu'elle mène toujours à la mort.
Seuls les couards se le cachent…

Notre chance, à nous les bipolaires, est que la maladie se traite. Elle ne se soigne pas, on n'en guérit pas. C'est dommage, c'est ainsi !
La molécule, la science médicale, liment les dents pointues de la ratte, et la maintienne tant bien que mal dans sa tanière sombre.
La molécule laisse même le loisir de se sentir vivre si pleinement, encore.
Evidemment, la molécule n'est pas miraculeuse : elle apaise les neurones échevelés et refroidit l'activité électrique à une température mieux vivable, où les synapses retrouvent un sens où baigner dans des eaux moins troubles. Ce qu'elle pacifie ici, elle le ronge ailleurs, malheureusement, s'attaquant à pleines dents à une ou autre viscère.
Je reviendrai plus tard sur les joies et plaisirs des psychotropes...
La maladie n'est pas un don du ciel. Elle est faite pour faire mal, pour accélérer la décrépitude fatale. On pare au plus pressé, histoire d'arriver au dernier terme le moins mal possible. C'est tout ce qu'on peu (t!) faire...

La bipolarité est une maladie, oui. 
Elle est aussi la maladie de ceux qui connaissent l'intensité de sensations hors-normes, la subtilité de perceptions aiguisées, les contrées merveilleuses des émois vivants et animés.
La bipolarité est une maladie mentale, oui. Ma consolation, ma défense en fausse bravoure, c'est de répondre : oui, c'est vrai. Mais la bipolarité, c'est d'abord la maladie de ceux qui en ont un, de mental, vivant et vaillant. Ceux dont la tête est vide d'émotions, les mécaniques à cervelet plat comme la pierre de la Rhune, ceux au cœur aussi sec que la figue stérile, peuvent vivre tranquilles, eux, jamais ils n'en connaîtront les transes et les souffrances…
Ils en connaîtront d'autres, au moins une, quand face à la mort, leur aveuglement ne les épargnera plus !

Là encore, il n'y a ni justice ni raison : aussi bien les imbéciles mourront-ils comme des bienheureux, emportés dans leur sommeil au milieu d'un doux rêve. Quand ceux qui auront déjà beaucoup souffert, souffriront encore, jusqu'à la lie.

Et bien, ma foi, puisqu'il ne peut en être autrement, ainsi soit-il !









lundi 9 juillet 2018

6 au 9 juillet



Vendredi 6 juillet 2018 15h10


Le secteur est apaisé : les uns se reposent, les autres jardinent.
Les fortes pluies des jours précédents ont alourdi la terre. Elle colle à la houe. L'herbette tapisse les creux chauds, entre les crêtes des rangs réguliers. L'amarante surtout aplatit ses nuées de feuilles aux revers violines. 
Mes citrouilles sont bien sorties, ponctuant les lignes de leurs larges corolles rondes. Rotavator interviendra dès le ressuyage. Je finirai à la main. Cette année, j'ai sagement espacé mes lignes de façon à pouvoir passer le tracteur entre. Je me souviens trop bien comment, l'année dernière, le motoculteur d'Olivier avait peiné : la terre dure, les cailloux, la surface, c'en était trop pour la petite citadine des jardins sablonneux landais.
Se tromper une fois est admissible et même pédagogique. S'entêter et reproduire la même erreur devient une faute !

Je fonde beaucoup d'espoir sur mes graines de citrouille géante. Le travail du sol en profondeur, à la traditionnelle, (toujours la même antienne : se tromper une fois, nanana…), le fumier abondant enterré en labour, toutes ces méthodes culturales éprouvées remettent les meilleurs espoirs en ligne de mire. Les plants sont déjà remarquables, avec des feuilles bien plus larges, un collet bien plus épais.
Je reviens d'un épandage d'engrais on ne peut plus chimique. Je suis plutôt écolo, globalement, mais le bond de la plantule fouettée par la molécule me procure une telle jouissance que je ne saurais m'en priver, par seule idéologie.
Dès lundi, je pense, je butterai mes plants, incorporant les granules bleues. En quelques jours, la chimie agira.
Je sais maintenant les bienfaits des molécules, et l'intérêt de leurs utilisations !

Je vais de ce pas profiter du soleil revenu. le temps est encore incertain. Patientons…


Lundi 9 juillet 2018 11h18

Le grand soleil souverain est de retour dans le ciel vidé de ses nuages.
Les températures montent. Au mitan de la journée, il fait bon dans la vieille ferme aux murs épais, les volets tirés. Les vaches restent dans l'étable, rafraîchies par le courant d'air entre le grenier et la grande porte au nord. Les chiens s'affalent sur les carreaux, somnolents.

Notre ratte range ses dents pointues. Elle est maline, séductrice comme une féline sournoise. Elle approche et cueille sa victime en douceur et charme, pour mieux la terrasser. Difficile de ne pas se laisser prendre à ce piège tentateur.

Me venait dernièrement la curiosité de reprendre l'histoire de Samson et Dalila. Effet des circonstances.
Cette Dalila philistine, elle était dans le même genre : envoutante comme les sirènes des fonds marins attirant dans les ondes mortelles les marins  exténués enivrés par leurs chants.
Le Samson pourtant capable de tuer un lion à mains nues, s'y laissa prendre. Elle l'enroula dans ses rets d'amoureuse au venin suave, et lui coupa ses nattes, siège de sa force herculéenne.

Cette allégorie de la force vaincue par la perfidie, de l'attrait ensorceleur de ce qui vous perd, m'a évidemment rappelé notre réalité d'ici et maintenant.
Ces histoires fantastiques, ces légendes ancestrales, où l'imaginaire tente de cerner les méandres d'une nature humaine fuyante en ondes mouvantes, m'ont toujours attirée.
Je suis loin d'avoir une culture profonde, mais, dans la bouillie de ces choses qui vous restent, même floues et fragmentaires, je retrouve ces personnages et ces trames intemporelles et toujours d'usage, pourtant.
Le temps des hommes est court. Celui de leur histoire parle d'une éternité et d'une constance à travers les âges et les civilisations.
Notre manière sans doute de défier les lois naturelles implacables, de sublimer notre petite condition en quelque chose de plus élevé, de plus éthéré.

C'est ma manière de religion à moi.
Chacun fait comme il le peut !




mercredi 4 juillet 2018

29 juin



Vendredi 29 juin 2018 14h18


Je retrouve mes pénates après ces quelques jours à la jardinerie pour l'inventaire.
Cette journée d'inventaire, un peu rébarbative pour la plupart, me plaît bien, à moi. J'aime avoir mes petits papiers à jour, lever les approximations et rétablir le bon ordre des choses. Rien de tel alors qu'un état des lieux précis, et une synthèse concise.

Tout le monde ne partage pas mon goût pour l'exercice. La majorité de mes collègues d'ailleurs préfèrent passer au large de mes recherches. J'ai mes thèses, ils ont leurs théories.
Je m'agace souvent du temps perdu en finasseries stériles, improductives, et finalement néfastes à la bonne avancée des comptages. Le résultat ne sera pas souillé par la confusion de trois couleurs de laisses, à partir du moment où ces laisses ont bien été comptées. 
Ce même résultat, tout de même objectif final de la manœuvre, sera par contre compromis, si, pour avoir perdu trop de temps à rechercher s'il y avait bien deux laisses bleues et une rouge, au lieu de trois bleues, trois rouges, ou même une bleue et deux rouges, on bâcle le linéaire suivant, présentant, lui, des articles d'une valeur cinquante fois supérieure à la dite laisse, bleue, rouge, … ou jaune, tiens !
C'est mon point de vue.

Le moment des contrôles particulièrement m'est pénible, quand, au lieu de traquer les possibles grosses erreurs, toujours sur ces articles onéreux, on cherche juste à mettre en défaut, reprenant des comptages minutieux ou à pièges, même si leur impact global est minime.
Je sais bien être vite sur la défensive quand on met en doute la qualité de mon travail. Je sais aussi combien dans une équipe on apprécie moyennement ceux qui avancent vite. Combien il est tentant pour justifier sa propre nonchalance, d'y voir un ouvrage bâclé. On ne peut pas faire vite et bien, dit-on. Ca peut être vrai… Mais on peut aussi faire lentement et mal !

J'ai ragé de voir revenir des rectifications appliquées pour un code mal intitulé, valeur 4€50, quand juste à coté il y avait une pièce non comptée valant plus de 500 €, et dont personne n'a détecté le manque.
Sentant bien combien l'affaire me faisait bouillonner le sang, j'ai décidé de ne pas m'y fatiguer davantage. Je ne convaincrai pas, cette année encore : et bien tant pis ! J'essaierai mieux pour l'année prochaine… peut-être !

Le retour à la maison m'a pacifié la lymphe. Les vaches au pré, dans la soirée grise et immobile, les chiens en fête, un bon repas sur le balcon face à la baie, avec double ration de dessert bien sucré, déraisonnable mais très réconfortant, quelques mots d'Olivier, et les turbulences s'éloignaient.

Je vaque aujourd'hui paisiblement. Un petit projet de rénovation en profondeur dans la chambre du fond finit de laver le cervelet de ces grésillements surchauffés.
Je vais jardiner un peu au soleil, maintenant, et faire un grand tour dans les champs pelés des foins rentrés.
Demain, je me replongerai dans mes chiffres, en solitaire, à ma manière, pour ma satisfaction personnelle.
Un bon tour du potager là bas aussi ne sera pas de trop. 
Des occupations légères et agréables, en ces temps où tout le monde pense aux vacances.
Moi, je me sens un peu en vacances toute l'année, à la ferme et à la jardinerie. 
Quelques égratignements inévitables dans une équipe de plus de 20 personnes ne m'enlèveront pas la gratitude réelle d'avoir un travail aussi agréable et des conditions à la carte.
Mes visées professionnelles, me paraissent légitimes et fondées. Je ne me sens pas pour autant investie d'entreprendre une croisade pour les défendre. Je n'en ai plus l'envie, et encore moins maintenant le besoin. Je garde mes opinions, les partage à ceux qu'elles intéressent, et les range sous mon mouchoir face à ceux qu'elles dérangent.
C'est confortable de prendre ce tournant dans un parcours professionnel : le moment est venu de céder la tête de proue, de ne plus avoir à jouer des coudes pour se faire une place : il faudra bientôt la quitter !
Ce détachement ne m'est pas encore naturel. Je continue de ferrailler, par habitude et conviction, par réflexe. 
Je me raisonne, je me raisonne. Mais ne désespère pas…
Je dois être restée un peu croisée dans l'âme !

Mercredi 4 juillet 2018 8H50

La matinée pommelée grise inspire la paix et le repos.
Un tracteur arpente des déclivités sévères, dans les collines en face. Je ne m'y risquerais sûrement pas !

Par ici, la vilaine ratte aux dents jaunes repointe le bout de ses moustaches. Pas dans mes entrailles, cette fois-ci, mais dans le secteur. On commence à la connaître, et à savoir la maintenir dans sa tanière. Elle y était, qu'elle y retourne ! Elle a sûrement besoin de temps en temps de sortir prendre l'air. 

Je continue mon ouvrage dans la chambre du fond. J'ai déménagé tout le petit meuble et le linge. Quelques vieilleries au fond des tiroirs ont attiré mon attention. Je laisse pour plus tard, pour un jour où la plongée dans le passé me tentera davantage.

Je suis totalement satisfaite de nos résultats à la jardinerie. L'inventaire a rendu son verdict. Il est bien positif, compte tenu de la saison de cette année. Tout le monde est satisfait. Nous entrons dans la période la plus calme. La fréquentation de la clientèle est ralentie, nous avons le temps de traiter chacun sans se bousculer. 
Je refais un tour de mes jauges, en prenant mon temps, mais en avançant rondement quand-même : on ne se refait pas !

Je vais descendre vaquer à mes logistiques matinales dans la ferme.
Les vaches sont au pré, moins incommodées par les assauts des mouches insupportables les jours de grand soleil.
Bêtes, gens et plantes profitent de cette pause bienfaisante, de ce retrait de la chaleur lourde.
Nous sommes en été, et, l'été, il y a les matins scintillants et les soirées tièdes, mais aussi les mitans de journées écrasants et tout ce qui va avec.
Là encore, un tri à faire, un accommodement à trouver...