mercredi 20 décembre 2017

18 et 20 décembre 2017



18 décembre 2017


La pluie tombe en rideau léger, à peine poussée par un vent tout juste joueur, sans impatience.
Une journée hivernale, douillette en intérieur, près du grand poêle ronronnant.
Je vais quand même sortir prendre l'air, (et l'eau !), avec les chiens. Ils partent gaiement, et rentrent reconnaissants...

Ces derniers jours, la lumière a été bien belle. Le soleil et les nuages ont dansé un ballet grandiose, où les arcs-en ciel somptueux nous ont donné des envies de vœux fervents.
L'automne et ses couleurs, beaucoup les ont décrits, mieux que moi.
L'automne et ses couleurs, je m'en régale. Chaque moment s'inscrit dans ma mémoire et se love en trésor à conserver précieusement, comme ces délicates tasses de porcelaine fragile emmaillotées dans ce papier sulfurisé qu'on nouait dans le temps autour des croissants chauds.

























20 décembre 2017 14h50

Chaque moment de cette période me paraît précieux. Rien pourtant ne différencie en apparence cette fin d'année des fins d'année précédentes.
Je me remémore les dernières, et j'y vois un cheminement initiatique essentiel pour moi.
Je suis contente de ce parcours, riche et bousculé, contente d'en avoir saisi un sens. Mon souhait, mon vœu au moment de ces arcs-en ciel fantastiques, est juste de ne pas me tromper, de prendre la bonne voie, sachant bien qu'on ne sait jamais ce que les autres vous auraient réservé, tant la vie dans sa mansuétude est parfois amicale, à ne pas nous mettre cruellement sous le nez ce que nous avons manqué par aveuglement ou obstination...

Fi maintenant de ces questionnements épuisants et stériles. Allons de l'avant, puisque tel est notre destin et notre visée !

En parlant d'aller de l'avant, j'en ai fait une bien bonne encore, hier matin.
Je me rendais consciencieusement à la jardinerie, m'acquittant honorablement et avec satisfaction de mon rôle social et professionnel.
J'étais en avance. Je le suis quotidiennement, trompant ainsi sans doute une part de cette angoisse que je sais maintenant chevillée à mes pensées. Sans aller si loin, c'est surtout un confort pour moi d'arriver à la jardinerie bien avant l'heure de l'embauche, ayant ainsi loisir de siroter un thé chaud, de vaquer gentiment à quelques distractions, avant d'endosser ma partition obligée.

A la hauteur de Saint-Jean-de Luz, pas loin du Jaï Alaï, un ralentissement enlisa mon avancée.
Oui, le matin, je prends la nationale : j'ai le temps, et j'aime assez les points de vue à Bidart, sur la descende le long de la plage, et sur le plateau, avec ses airs de côtes écossaises (pour ce que j'en imagine, n'y ayant jamais posé le pied !).
Je ne savais pas de quoi il en retournait. Quelques voitures devant moi manœuvraient pour se dégager de la file ralentie, arrêtée, même, et obliquaient à gauche, en direction du front de mer.
Je dévie rarement de mon itinéraire familier. Je ne connais pas trop les possibilités "bis".

Il y a un peu moins d'une dizaine d'années, à mes débuts à la jardinerie, j'ai eu l'occasion de traiter une jolie affaire de lauriers sauces vendus à l'hôtel Parc Victoria, non loin de là.
Je me souvins d'être ressortie par le bas, et de m'être alors retrouvée à côté du pont de chemin de fer, plus au nord, quand je voulais en fait rentrer chez moi, vers le sud...
Je suis assez coutumière de ces tentatives avortées, faute d'un sens de l'orientation judicieux. Je confonds allègrement droite et gauche, ne reconnaît pratiquement jamais les endroits où je viens de passer, et me déboussole vite.
Déjà, en ce temps-là, et même bien avant !

Je me souviens encore bien de cette finesse, à Bidart, où une signalisation promettait en passant sous un pont de contourner un bouchon, là encore. Enfin, d'après l'interprétation que j'en faisais. J'étais avec ma jeune nièce, elle aussi fourvoyée par ce panneau pourtant d'allure simple et sans équivoque.
Toute fiérotes de notre ruse maline, nous nous félicitions déjà, quand, revenue sur la nationale, nous nous rendîmes compte qu'en fait, nous nous retrouvions en arrière du point où nous l'avions quittée ! Belle avancée...

Cette vieille histoire revint à l'orée de ma mémoire hier matin, me narguant sardoniquement.
Je tournai, et virai, enfilant des ruelles sombres et inconnues. J'étais perdue, même si j'avais l'idée que j'étais entre la mer et la nationale, sans savoir où.
Voyant enfin une lueur plus vive en bout d'une voie, je me dis que j'y étais, je me rapprochai du but. Avec un peu de chance, mon errance d'un quart d'heure m'avait permis de passer outre l'obstacle qui avait motivé mon aventure.
Et bien, le sort malin me redéposa à la bifurcation même d'où j'étais partie : je ne la reconnus qu'une fois rendue, tant mes observations en matière de circulation routière sont affûtées !
Bah, j'avais suffisamment de temps devant moi pour attendre, gentiment, dans la file moutonnière. J'eus même la satisfaction de voir le lieu de l'accident, signalé par des voitures de police et de pompiers. 
Je me fis un petit film durant la fin de mon trajet, imaginant un dangereux forcené armé à maîtriser, ou alors un résident de l'hospice proche excédé par son voisin de chambrée, qui lui aurait crevé la rate d'un coup de fourchette rageur.

Evidemment, là encore, j'étais loin du compte : un pauvre vieil homme de près de 90 ans s'était fait mortellement renverser par une voiture. Triste fin pour un coureur de fond ayant tenu la rampe jusque là. Enfin, pas plus triste qu'une interminable agonie au fond d'un lit déjà trop froid.
Il y a peu, un autre vieil homme est mort, lui aussi bousculé par une voiture, à Béhobie.
On en parla autour de la table familiale. Je saisis de mon oreille imparfaite une histoire de cortège de plusieurs centaines de motards. Je m'étonnai : je ne savais pas le vieux Lacus adepte de gros cycles. L'image d'un vieil homme arc-bouté sur une cylindrée vrombissante me semblait étonnante. Il me fallut un moment avant de saisir que les motards allaient rendre un dernier hommage à Johnny Halliday, mort lui aussi ce même jour. Aaaahh... là, je voyais mieux la scène !
Mes oreilles me réservent ainsi de petites surprise, souvent amusantes, d'ailleurs.
Notre vieux garde-chasse local allait être enterré, plus modestement, et rejoindrait la terre-mère accueillante pour tous, stars mondiales et petites gens inconnues.

Décidemment, il ne fait pas bon être vieux piéton dans les carrefours aux heures où la lumière change, ces temps-ci.
Nos anciens tombent comme les quilles dans un jeu de boules !
Quel commentaire saugrenu et de mauvais goût. Il m'en vient comme ça, telle la mouche têtue. Je devrais la chasser, au lieu de m'en amuser avec cruauté.

Bah ! j'ai toujours été d'avis que l'on peut rire de tout, qu'il le faut, même. A condition de savoir aussi rire de soi, et rire avec les autres quand on est moqué. Là, c'est vrai, ça devient tout de suite moins amusant...

Je vais de ce pas promener mes chiens dans les bois encore pleins de lumière des dernières feuilles bronze.










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