samedi 30 décembre 2017

24 au 30 décembre 2017



24 décembre 2017 14h








Noël sera beau, cette année.
Pur, léger, limpide.
Je me sens comme ça. Et espère le rester !

Je suis à la jardinerie, en ces dimanches après-midi où l'ambiance est toujours un peu à la fête. 
Particulièrement aujourd'hui, évidemment.
Loin de l'agitation autour de la serre et de la boutique, je vais vaquer dans ma pépinière, du côté des fruitiers, du côté du grand soleil.
Ce sera un joli dimanche, un de plus. A engranger précieusement.

26 décembre 2017  8h

Lendemain de Noël
Pas d'excès de réveillon pour moi. A peine l'oreille sifflante de l'animation (tout de même) inhabituelle autour de la table familiale. Petit comité, mais de très bonne compagnie, des rires, de l'affection pudique des gens taiseux de leurs émotions, et pourtant sensibles à leurs manifestations discrètes.
Une magnifique journée de Noël, pure et légère, une pause avec le paternel sur le banc de pierre au soleil, à épucer mollement les chiens juchés tout à tour sur mes genoux. Il faudra que je revienne à l'occasion sur le bienfait de cette activité épuçage...
L'après-midi, séquence karaoké dans la cuisine, à suivre une retransmission télévisée en basque d'une fête, par là. Chanter en chœur, chanter faux mais chanter, en suivant avec application le défilé des paroles sur l'écran. Nous connaissons les mélodies, mais fredonnons approximativement les paroles, souvent. Là, nous avions le sens de ce que nous supposions, sinon, et c'était mieux, tout de même. 
Un joli moment, un de ceux là qui étire le sourire.

Ce matin, une petite pluie est de la partie. J'ai en projet le déplacement des grimpantes à la pépinière. Vincent m'aidera, entre deux bavardages.
A la ferme, tout roule, à la jardinerie, itou. Le moral tient la route, et je m'accroche ferme à ce bien-être.


27 décembre 2017 18h

Une jolie tempête courbe les branches dénudées de mes jeunes arbres. Ils ploient, s'appuient sur les tuteurs, et relèvent les cimes quand les souffles rageurs s'apaisent.
La clématite d'Armand, plantée dans un gros pot devant le garage, paraît avoir du mal à retenir ses longues feuilles étirées en mèches affolées. Nous verrons bien comment elle s'en sort.

J'ai passé la journée paisiblement, à vaquer aux tâches domestiques et administratives. Ces petits formulaires à remplir sur Ternet sont un excellent exercice de réadaptation pour les nerfs à vif, à condition d'y aller par petites doses, ce que je fais toujours assez mal... Quand mes oreilles bourdonnent plus fort que le vent tempétueux dehors, je sais qu'il est temps de faire une pause, et je la fais, enfin raisonnable que je suis devenue !

Je suis pour le coup sortie prendre l'air avec les chiens, à grandes goulées vivifiantes et brutales.
J'ai cueilli quatre branchettes de houx, pour les suspendre au dessus de mes vaches.
Agathe se pelait en petits médaillons galeux : je suis intervenue scientifiquement, épandant sur le dos de mes belles l'antiparasitaire idoine. Pour faire bonne mesure, et parce-que ça ne mange pas de pain, j'ai aussi célébré les cultes païens, me fiant aux croyances ancestrales, faisant du houx une protection imparable contre les petites gales dévoreuses.
Un rêve cette nuit m'a représentée infestée  moi aussi de grappes multiples accrochées partout le long de mes jambes, comme des chapelets de graines dans les citrouilles. Décidemment, je suis ces temps-ci bien impressionnable, et bien plus atteinte que mon Agathe, toute apaisée, elle, de ses démangeaisons maintenant calmées.
Le dernier livre lu, lui aussi, une sombre histoire de fin d'un monde couvert de cendres noires et parcouru de hordes de sauvages cannibales, a habité mes dernières nuits d'une inquiétude haletante. L'auteur Cormac Mack Cormik, ou un patronyme croassant de mauvais augure dans le genre, n'a pas son pareil pour instiller une ambiance étouffante.

Je dois prendre garde. Ne pas tenter le diable à peine endormi dans mon cervelet fragile...


28 décembre 2017 8h15

Le vent s'est arrêté. Une pluie froidette a pris le relais. Plus silencieuse, insidieuse et pour moi garantie de grande tranquillité dans la pépinière. Les clients resteront à l'abri de la pergola. Bien équipée, au sec dans mon ciré intégral, où, d'après Betty, on pourrait porter sans mal dessous un tailleur Chanel, (quelle idée !),  je vais travailler en paix.
Jean-Michel ne va pas tarder, à me bombarder de communications en loghorrées, comme si nous n'avions pas la journée devant nous...

Ah, l'écrivain, c'est Mac Carthy, pas du tout Mac Cormick ! je suis dans les tracteurs, ces temps-ci, ça brouille mes synapses !


30 décembre 2017 13h

Je suis en pause déjeuner, à la jardinerie.
Un avant-dernier jour d'année comme un printemps tombé par hasard au milieu de l'hiver. Il doit faire près de 20°, avec un soleil généreux sur un ciel pâle parcouru de quelques soufflés blancs vaporeux.
Cette dernière semaine de l'année est bien dolente. L'activité commerciale en décembre dans notre domaine a été mollette, bien en retrait des années précédentes. Hormis les sapins qui ont bien tenu la route, le reste plonge gentiment. La dérive est pour le moment facilement rattrapable, mais bon, c'est toujours inconfortable de se sentir à la baisse, j'en sais quelque chose !

Hier matin, nous avons été avec mon père enterrer Joséphine, dite Pépita, l'une des vieilles cousines survivantes de la famille.
L'église de Béhobie, ses volutes fleuries plutôt fraîches encore, son curé africain aux longues mains mobiles et au regard envoûtant, presque, son orgue majestueux au premier niveau, quand il est souvent juché en galerie, nous enveloppaient dans la douce nostalgie de ces funérailles, quand on n'est pas trop proche du défunt.
Le veuf, petit homme ratatiné sur le premier banc, un crâne tout lisse de bébé, si ce n'est quelques cheveux soigneusement plaqués dessus, restait assis, ne marchant plus. Il acquiesçait tout de même aux uns et aux autres, venus lui serrer l'épaule ou l'embrasser.
Le curé sermonnait avec conviction, levant ses longues mains gracieuses, scandant ses paroles, et rythmant les chants de mouvements énergiques. Il habitait vraiment sa foi, s'inclinant avec humilité, ou levant les yeux au ciel d'un regard totalement inspiré.
Une vieille bigote, chargée elle d'entonner les chants et de donner la cadence, me semblait moins convaincante, malgré ses yeux fermés et ses poses appuyées.

A la fin de l'office, à ce moment toujours poignant où on emporte la caisse longue, le veuf remis dans une chaise roulante me fit face. Ses larmes essuyées soigneusement d'un petit mouchoir blanc me touchèrent. Son visage, aussi lisse que son crâne, était figé. Seul, ce regard papillonnant et perdu disait la tragédie de se retrouver seul après plus de soixante-dix années de mariage, même si, paraît-il, les derniers temps, notre Pépita était méchante comme la gale.
Ce regard éperdu disait aussi l'effroi d'une fin sans doute proche, quand la résignation n'est plus un rempart suffisant, quand l'aveuglement salvateur de nos vies humaines ne suffit plus à nous abriter de l'inéluctable.

Ces émotions me bouleversèrent un instant comme une houle tranquille et puissante.
Puis, la vie reprit le dessus, les salutations aux uns et aux autres, les visages reconnus, les sourires échangés et les baisers donnés et reçus. Notre Kottep toujours chaleureux acheva de me ramener sur la berge claire, et nous rentrâmes, avec mon père, nous soutenant l'un l'autre dans la pente raide de la sortie d'église.

Je laisse maintenant venir à moi les émotions sans vouloir les refouler.
J'ai appris le poids lourd et crispé d'une boule retenue au creux de l'estomac, sa morsure mauvaise et son fiel destructeur.
J'ai appris les fritures inévitables sur les lignes de connection, quelquefois, et la nécessité de les apaiser très vite, pour les empêcher de virer au vinaigre.
J'expérimente ma science fraîche tous les jours et partout. C'est un exercice salutaire et indispensable, quand on est comme moi revenue d'une zone bousculée.
J'en parlais hier encore avec ma brune Lasseguette. Je n'ai pas su lui dire justement mon ressenti. Je trouve mieux les mots aujourd'hui, comme il arrive souvent, la répartie judicieuse ou la phrase correcte arrivant trop tard !
Je ne suis pas devenue "moins émotive", non. Et je ne le voudrais pas.
Je suis devenue plus familière de mes émotions, plus accueillante à elles?
Elles me paraissent moins dangereuses, si j'arrive à les laisser passer, sans en faire ce poids encombrant et stérile.
Les sortir de moi, quand elles gonflent et demandent de l'air, les libérer.
Un exercice, c'est ça, dontla fluidité ne m'est pas encore acquise. Je chemine.












mercredi 20 décembre 2017

18 et 20 décembre 2017



18 décembre 2017


La pluie tombe en rideau léger, à peine poussée par un vent tout juste joueur, sans impatience.
Une journée hivernale, douillette en intérieur, près du grand poêle ronronnant.
Je vais quand même sortir prendre l'air, (et l'eau !), avec les chiens. Ils partent gaiement, et rentrent reconnaissants...

Ces derniers jours, la lumière a été bien belle. Le soleil et les nuages ont dansé un ballet grandiose, où les arcs-en ciel somptueux nous ont donné des envies de vœux fervents.
L'automne et ses couleurs, beaucoup les ont décrits, mieux que moi.
L'automne et ses couleurs, je m'en régale. Chaque moment s'inscrit dans ma mémoire et se love en trésor à conserver précieusement, comme ces délicates tasses de porcelaine fragile emmaillotées dans ce papier sulfurisé qu'on nouait dans le temps autour des croissants chauds.

























20 décembre 2017 14h50

Chaque moment de cette période me paraît précieux. Rien pourtant ne différencie en apparence cette fin d'année des fins d'année précédentes.
Je me remémore les dernières, et j'y vois un cheminement initiatique essentiel pour moi.
Je suis contente de ce parcours, riche et bousculé, contente d'en avoir saisi un sens. Mon souhait, mon vœu au moment de ces arcs-en ciel fantastiques, est juste de ne pas me tromper, de prendre la bonne voie, sachant bien qu'on ne sait jamais ce que les autres vous auraient réservé, tant la vie dans sa mansuétude est parfois amicale, à ne pas nous mettre cruellement sous le nez ce que nous avons manqué par aveuglement ou obstination...

Fi maintenant de ces questionnements épuisants et stériles. Allons de l'avant, puisque tel est notre destin et notre visée !

En parlant d'aller de l'avant, j'en ai fait une bien bonne encore, hier matin.
Je me rendais consciencieusement à la jardinerie, m'acquittant honorablement et avec satisfaction de mon rôle social et professionnel.
J'étais en avance. Je le suis quotidiennement, trompant ainsi sans doute une part de cette angoisse que je sais maintenant chevillée à mes pensées. Sans aller si loin, c'est surtout un confort pour moi d'arriver à la jardinerie bien avant l'heure de l'embauche, ayant ainsi loisir de siroter un thé chaud, de vaquer gentiment à quelques distractions, avant d'endosser ma partition obligée.

A la hauteur de Saint-Jean-de Luz, pas loin du Jaï Alaï, un ralentissement enlisa mon avancée.
Oui, le matin, je prends la nationale : j'ai le temps, et j'aime assez les points de vue à Bidart, sur la descende le long de la plage, et sur le plateau, avec ses airs de côtes écossaises (pour ce que j'en imagine, n'y ayant jamais posé le pied !).
Je ne savais pas de quoi il en retournait. Quelques voitures devant moi manœuvraient pour se dégager de la file ralentie, arrêtée, même, et obliquaient à gauche, en direction du front de mer.
Je dévie rarement de mon itinéraire familier. Je ne connais pas trop les possibilités "bis".

Il y a un peu moins d'une dizaine d'années, à mes débuts à la jardinerie, j'ai eu l'occasion de traiter une jolie affaire de lauriers sauces vendus à l'hôtel Parc Victoria, non loin de là.
Je me souvins d'être ressortie par le bas, et de m'être alors retrouvée à côté du pont de chemin de fer, plus au nord, quand je voulais en fait rentrer chez moi, vers le sud...
Je suis assez coutumière de ces tentatives avortées, faute d'un sens de l'orientation judicieux. Je confonds allègrement droite et gauche, ne reconnaît pratiquement jamais les endroits où je viens de passer, et me déboussole vite.
Déjà, en ce temps-là, et même bien avant !

Je me souviens encore bien de cette finesse, à Bidart, où une signalisation promettait en passant sous un pont de contourner un bouchon, là encore. Enfin, d'après l'interprétation que j'en faisais. J'étais avec ma jeune nièce, elle aussi fourvoyée par ce panneau pourtant d'allure simple et sans équivoque.
Toute fiérotes de notre ruse maline, nous nous félicitions déjà, quand, revenue sur la nationale, nous nous rendîmes compte qu'en fait, nous nous retrouvions en arrière du point où nous l'avions quittée ! Belle avancée...

Cette vieille histoire revint à l'orée de ma mémoire hier matin, me narguant sardoniquement.
Je tournai, et virai, enfilant des ruelles sombres et inconnues. J'étais perdue, même si j'avais l'idée que j'étais entre la mer et la nationale, sans savoir où.
Voyant enfin une lueur plus vive en bout d'une voie, je me dis que j'y étais, je me rapprochai du but. Avec un peu de chance, mon errance d'un quart d'heure m'avait permis de passer outre l'obstacle qui avait motivé mon aventure.
Et bien, le sort malin me redéposa à la bifurcation même d'où j'étais partie : je ne la reconnus qu'une fois rendue, tant mes observations en matière de circulation routière sont affûtées !
Bah, j'avais suffisamment de temps devant moi pour attendre, gentiment, dans la file moutonnière. J'eus même la satisfaction de voir le lieu de l'accident, signalé par des voitures de police et de pompiers. 
Je me fis un petit film durant la fin de mon trajet, imaginant un dangereux forcené armé à maîtriser, ou alors un résident de l'hospice proche excédé par son voisin de chambrée, qui lui aurait crevé la rate d'un coup de fourchette rageur.

Evidemment, là encore, j'étais loin du compte : un pauvre vieil homme de près de 90 ans s'était fait mortellement renverser par une voiture. Triste fin pour un coureur de fond ayant tenu la rampe jusque là. Enfin, pas plus triste qu'une interminable agonie au fond d'un lit déjà trop froid.
Il y a peu, un autre vieil homme est mort, lui aussi bousculé par une voiture, à Béhobie.
On en parla autour de la table familiale. Je saisis de mon oreille imparfaite une histoire de cortège de plusieurs centaines de motards. Je m'étonnai : je ne savais pas le vieux Lacus adepte de gros cycles. L'image d'un vieil homme arc-bouté sur une cylindrée vrombissante me semblait étonnante. Il me fallut un moment avant de saisir que les motards allaient rendre un dernier hommage à Johnny Halliday, mort lui aussi ce même jour. Aaaahh... là, je voyais mieux la scène !
Mes oreilles me réservent ainsi de petites surprise, souvent amusantes, d'ailleurs.
Notre vieux garde-chasse local allait être enterré, plus modestement, et rejoindrait la terre-mère accueillante pour tous, stars mondiales et petites gens inconnues.

Décidemment, il ne fait pas bon être vieux piéton dans les carrefours aux heures où la lumière change, ces temps-ci.
Nos anciens tombent comme les quilles dans un jeu de boules !
Quel commentaire saugrenu et de mauvais goût. Il m'en vient comme ça, telle la mouche têtue. Je devrais la chasser, au lieu de m'en amuser avec cruauté.

Bah ! j'ai toujours été d'avis que l'on peut rire de tout, qu'il le faut, même. A condition de savoir aussi rire de soi, et rire avec les autres quand on est moqué. Là, c'est vrai, ça devient tout de suite moins amusant...

Je vais de ce pas promener mes chiens dans les bois encore pleins de lumière des dernières feuilles bronze.










mercredi 13 décembre 2017

Sainte Lucie

Mercredi 13 décembre 2017

C'est aujourd'hui la Sainte Luce, où le jour augmenterait d'un saut de puce.
En contradiction avec ce solstice, autour du 21 Décembre, jour le plus court de l'année ?
Comme quoi, les vieux dictons aussi prennent parfois du plomb dans l'aile.

J'ai eu une pensée ce matin pour notre Lucie à nous, pétillante et pétulante, même dans les épreuves les plus difficiles. Une de ces femmes soucieuse de faire toujours bonne figure, une femme dans mon genre, par certains côtés, et juste assez différente pour attiser ma curiosité et mon intérêt.

Une journée grise, immobile, calme. Une de ces journées où il pourrait être quatre heures de l'après-midi à dix heures du matin, tant la lumière y est étale et pareille.
Une de ces journées où les pensées s'alanguissent et se reposent de cette immobilité grise.
Les dernières feuilles presque translucides des chênes du pays fanfaronnent encore de leurs ors.
Elles bravent leur fragilité en un dernier défi, ternissent et s'affinent avant de se décrocher enfin. 
Une lutte touchante et tenace. Un combat perdu d'avance et pourtant toujours porteur de l'espérance de vie sans cesse recommencée, saisons après saisons.

Je contemple cette persévérance, je m'en nourris et en alimente ma foi païenne.









Avec l'instinct sûr de mes bêtes recentrées sur leurs essentiels, j'avance, chaque jour, vers ma visée du début : la conquête de la sérénité !

lundi 11 décembre 2017

10 et 11 décembre 2017



10 décembre 2017

J'arrive un peu en avance à la jardinerie.
Ce dimanche est annoncé pluvieux-venteux. Des nuées sombres plombent bien le ciel, derrière les derniers feuillages ors des chênes tardifs. C'est de toute beauté, ce jaune éclatant et profond sur fond de gris métallique.
Nous sommes en pleine période de sapins, en préparations joyeuses des festivités de fin d'année.
L'ambiance est légère, à la jardinerie. Tout le monde sent cette odeur d'agapes et de fraternité dans l'air, ça fait du bien.

Moi, je sens le mieux du bien-être retrouvé, le répit d'une passe paisible, la première aussi longue depuis un bon moment !
Ça ne garantit pas l'avenir : rien ne le garantit...
Ça éclaire joliment le présent, c'est déjà beaucoup, n'est-ce pas ?

Allez, j'y vais, les collègues arrivent.


lundi 11 décembre 2017

Je retrouve le plaisir d'annoter mes vieux carnets, la volupté de l'écriture à la main en moins, le toucher fluide d'un clavier docile en plus.
Ce matin aussi, les flamboyants ors illuminent les bosquets aux ramures sombres.

Je suis dans le vieil appartement, dans mes quartiers d'écriture. Mes travaux de peinture d'il y a deux ans continuent d'alimenter ma joie, en plus de celle ressentie à les faire, sur le moment.
Double récompense, celle de faire, et celle de contempler le travail fait. J'ai cette gratitude chevillée au corps, cette valeur travail inscrite dans la moelle. 
Le plaisir de réalisation m'est chose familière, et fidèle. Je dois m'en souvenir, et me le garder toujours à portée.
Pourtant, ce qui pouvait être corvée, je le veux maintenant plaisir. J'essaie, dans la limite raisonnable des obligations et contraintes inévitables, de m'en tenir à cette saine et simple recherche.

Hier par exemple, à la jardinerie, il pleuvait à partir du milieu de l'après-midi, des cordes.
Mes jeunes collègues s'activaient aux sapins, une joyeuse cohue animait notre marché couvert.
Pour m'éloigner de tous ces bruits concomitants et pour moi désagréables d'abord, puis parce-que mon entreprise de faire le tour complet de la pépinière me tient en ce moment, je préférai travailler dehors, confortablement protégée dans mon ciré intégral.
Je me sentais bien, œuvrant paisiblement, mon travail de rangement portant des fruits immédiatement visibles.
Bouger les plantes, les nettoyer, les retailler au besoin, les disposer mieux, toutes ces tâches me plaisent et me conviennent.
Les clients, découragés par les trombes d'eau soutenues, évitaient le secteur, se cantonnant aux parties couvertes du magasin.
J'étais bien. Dans mon élément, contente de moi et de mon monde autour.

Philippe et mes collègues, jetant de temps à autre un œil bienveillant et amusé sur ma petite silhouette perdue au milieu des plantes hautes (enfin, elles n'ont pas besoin d'être bien hautes pour me cacher !), me hélaient de loin, mi-amusés mi-inquiets. Cet acharnement à travailler dehors malgré la pluie leur paraissait suspect.
Depuis la déclaration de ma maladie, ils me couvent un peu, et cette sollicitude me réchauffe et me fait autant de bien que le meilleur des traitements médicamenteux.

Toute cette convergence d'éléments favorables baignait mon contentement dans des eaux sûres et amicales.
J'ai eu un dimanche bien agréable, terminé par une soirée toute aussi agréable.
Le retour à la ferme, en chantonnant sur la musique rythmée d'ABBA, les bêtes facilement soignées, le père tranquille, la vieille bâtisse protectrice, tout continuait d'être parfait !
J'ai diné sur le banc de l'étable, les chiens autour de moi, à grappiller les miettes, et même ce petit impertinent de Txief à essayer de me voler ma part de tarte...

Il est ainsi des joies simples et bonnes.
Je les vis pleinement, ayant tout près en mémoire ces temps où elles me semblaient inaccessibles, tout en étant pareilles et les mêmes.

Le soleil  se couche sur le tapis à mes pieds. Les chiens s'étirent en langueur. J'entends le père taper de la canne au sol, sur le banc de pierre.
Tout est pour le mieux, dans le meilleur des mondes, comme disait l'autre !




mercredi 6 décembre 2017

La nouvelle d'Agorreta Ste narcisse à St Nicolas





LA NOUVELLE D'AGORRETA












Marie-Louise Legorburu























29 octobre 2017

Je débute ce récit comme on se lance.
Ma visée est de retrouver une sérénité pour le moment malmenée.
53 ans, une étape particulière dans la vie d'une femme. Une étape importante, et pourtant peu relayée. Moins séduisante sans doute. Evidemment...

Mon objectif est de mieux comprendre mon état du moment, cet état qui ne me satisfait pas. Comprendre, pour le dépasser, et vivre mieux la suite, si possible !

Se coucher tous les soirs en espérant s'endormir et ne jamais se réveiller, mourir dans la torpeur d'un sommeil protecteur, et se réveiller au bout de trois heures en se disant : mince, je suis toujours vivante, et toujours aussi mal, ce n'est pas la panacée, n'est-ce pas ?

Se sentir dans ce triste état, sans pouvoir le justifier, encore moins le raisonner, je trouve ça difficile. Pathétique et douloureux.

Mon idée en commençant ce récit, est de sortir de cette passe.
Je n'espère pas retrouver les fougues et l'allant de mes jeunes années.
Je sais le poids des ans et la fatalité de nos vies humaines.

Je veux juste vivre mieux. Sortir de cette impasse et retrouver le plaisir de se sentir bien.
Je m'accroche à cette visée, je tourne résolument mon regard vers elle.
Je ne suis pas désespérée. Je sens un mieux, parfois, et même par moment un bien-être tellement agréable.
Je vois autour de moi des souffrances vives, et j'ai honte de mes plaintes infondées.

Pourtant, ma sensation est celle là, et je suis parfois impuissante à la surmonter.
J'espère en suivant pas à pas mon parcours, dessiner une trajectoire moins sombre, et pouvoir m'arrimer à cette lueur.

J'ai mes faiblesses, j'ai aussi mes forces, je le crois.
Et j'ai bien l'intention de m'accrocher ferme aux secondes pour pallier les premières !


24 Novembre 2017

Je relis les lignes précédentes.
Le mieux est arrivé, alléluia !!
Je me sens même bien, très bien.
Sans plus de raison ni de sens que quand je me sentais mal, très mal.
Et cette absurdité rend la chose plus insaisissable encore...

Je veux vivre bien. Je vis, en ces jours, bien, très bien, même.
Ce récit est plus ou moins dans la continuation de ces Nouvelles d'Agorreta. Elles m'ont tenue trois années. J'y ai déversé mes jours, mes joies, mes tourments aussi. Mes tentatives d'analyse et ma quête d'explication.
J'y ai puisé la sagesse d'admettre mon impuissance à tout comprendre, et mon plaisir à vivre, pourtant.
L'humilité de me voir soumise au grès d'une maladie fantasque, cette bipolarité presque à la mode, pour ceux qui n'en souffrent pas...

J'ai confiance. Je veux croire à la pérennité de ce mieux retrouvé, je veux croire en un avenir chatoyant, où quelques ombres ne terniront pas la lumière claire et simple de mes jours ordinaires.

Ce récit est mon acte de foi, cette foi dont nous avons tous besoin pour ne pas sombrer.
Encore une fois : Alléluia !!

Mercredi 6 Décembre 2017

Ce récit se dessine comme un journal intime.
Cette intimité, je sens bien que je vais la partager ! Incorrigible que je suis...
Se donner à lire est sans doute une forme d'orgueil, de narcissisme, de faiblesse, peut-être.
C'est quand-même aussi l'idée d'appartenance à une condition humaine large et accueillante.
Ce que je sens, ce que je vis, d'autres le sentent et le vivent aussi.
Mes mots en vase clos s'ouvrent au monde, quand moi je reste à l'abri entre les murs épais de la vieille ferme.
Je me sens bien dans mon antre. J'ai besoin des autres, de leur regard et de leur chaleur. j'ai envie d'aller les chercher là où ils sont, sans pour autant me jeter dans la cohue.
Couardise, prudence, tout ce que vous voulez. Moi, quoi !

Au début, mon idée était de relater mon parcours de malade. Depuis les signes bien anciens passés inaperçus, jusqu'à la révélation, l'annonce, et le petit combat à mener jour après jour.
Puis, je me suis détournée de ce projet.
La maladie est là, oui. Je ne peux pas faire comme si elle n'existait pas.
Pourtant, je ne suis pas non plus obligée de lui donner plus de place qu'elle n'en prend déjà, la bougresse !

Je sais les dents de cette chienne pointues, faites pour lacérer.
Je sais mon impuissance à en amortir la morsure vive, parfois.
Je sais aussi que le mal s'apprivoise, doucement, comme j'essaie d'apaiser les ardeurs brutales de mes jeunes génisses.
Dans cette visée bien plus optimiste, la nouvelle d'Agorreta ressemblera à ces nouvelles. 
Ma chronique sera moins assidue, plus relâchée, comme doit le devenir ma façon de vivre : moins de tension, plus de laisser-aller...

Pour aujourd'hui, je vais juste attraper deux trois images de cette période automnale toujours favorite pour moi. Deux trois clichés imparfaits de cette beauté or et pastels, mon monde et ma joie, mes paysages et mes bêtes, toujours...






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