Lundi 16 juillet 2018 9h18
La fin de nuit a lavé à grandes eaux la cour, aplati l'herbe des prés.
Tonnerres et éclairs, éclairs et tonnerres. La nuit rugissait sa colère, les chiens se tapissaient dans les coins.
Mes vaches ont regardé la pluie tomber depuis la stabulation libre en fond d'étable.
Grappillant le foin, rien ne les presse. Elles ont belle vie, et leur nonchalance assouvie comble la mienne. C'est bien agréable !
Les cieux s'allègent maintenant. Les oiseaux pépient comme des perdus.
Les repiquages potagers d'hier n'auront même pas baissé la tête.
Après le tour d'arrosage à la jardinerie (deux jours de fermeture consécutifs), je me suis fait le tour des betteraves et citrouilles, efficacement épaulée par l'intervention de la machine le matin. Un sarclage léger a suffi, même si le rang de betteraves commençait à joliment s'enherber. Il fallait vite intervenir, sous peine de se voir débordé !
Les plants sont clairsemés, la ligne pointillée. Et bien, les betteraves en seront plus grosses ! Les attaques d'altises n'ont pas fait trop de dégâts, quelques trous à peine sur les feuilles tendres. Les vers gris roulés au collet flétrissent ici ou là quelques plantules. C'est la petite course pour la survie. Le temps aide, entre percées chaudes et humidité. Le terrain caillouteux draine toute cette eau sinon asphyxiante. Les conditions sont optimales.
J'ai fait ça dans l'après-midi paisible, pendant que les hommes de la maison regardaient les sportifs dans la cuisine aux volets tirés. J'entendais leurs cris, ponctués des coups de klaxons vers Orio.
Cette ferveur patriotique, cette communion fédératrice et exaltante, je ne les partage pas, mais j'en comprends l'allant.
Je transpose à ces choses qui me font vibrer, moi, moins collectives mais aussi intenses. Le large partage de ce sentiment doit en effet sublimer son plaisir.
Ma foi, être vainqueurs d'une mondiale, ça n'est pas rien. De près ou de loin, on se réjouit.
Et ce qui réjouit sans nuire est bon, très bon ! Ma morale ne va pas bien au delà…
Vendredi 20 juillet 2018 10h49
Il pleut pas mal cet été…
Les viroses et autres champignons s'en donnent à cœur joie. Les plantes trop exubérantes, fouettées par les coups de chaud et l'humidité ambiante, sont fragilisées par cette impétuosité même. Elles donnent trop d'énergie à la pousse, il ne leur en reste pas assez pour s'armer contre l'adversité. Toute cette eau finit par les asphyxier aux racines. La végétation va prendre moins belle tournure, un air d'automne déjà bien avant l'automne.
Ma foi, il va falloir faire comme ça, cette année.
J'ai fait l'expérience hier matin de ma nouvelle émotivité déverrouillée. L'expérience d'une réaction naturelle à une situation stressante. Le paternel et une énième alerte m'en ont donné l'occasion.
Quand avant rien ne me faisait rien, ou presque, en apparence et à mon ressenti, je touche maintenant du doigt le mécanisme d'une nature dé-carapaçonnée. A savoir les manifestations immédiates à un stimulus donné.
J'ai accès à mes émotions, comme disent les spécialistes, et elles demandent à s'exprimer. C'est moins pratique, sur le moment. Plus sain, sur la durée. Je me targue d'une connaissance psychologique de bazar, peut-être, un peu documentée et vécue, tout de même !
Une intense sudation surprenante a expurgé par les pores les plus méconnues, (sous la plante des pieds !) cette tension compréhensible et naturelle. Quelques secondes à peine, et, tout de suite après, je me sentais mieux. Allégée et capable de reprendre le cours des choses normalement.
Je n'avais jamais connu ça, avant. C'est inédit, pour moi.
Avec ça aussi, il va falloir faire, maintenant.
Je me prépare !
Lundi 23 juillet 2018 16h50
Je passe ici entre deux.
Les visites à la polyclinique, par ces après-midis où tout le monde semble se jeter sur les routes, par la pleine chaleur, me font toucher du doigt mieux encore la chance d'habiter à l'écart de la ville. Ici, pas de tôle surchauffée dans un nuage tremblant brouillé par la température élevée, pas de bruit de moteurs, pas de visages rougis et de regards exacerbés. Le calme, au frais, dans les courants d'air, où bêtes et gens se retrouvent en connaisseurs des lieux.
Tout paraît aller bien du côté paternel. Son retour à la ferme s'annonce prochain.
Les chiens le cherchent le matin, puis, après un tour dans la chambre vide, s'installent dans les coins stratégiques de la cour, pour une journée d'attente, sans doute.
Ils me suivent partout, et, les jours où je ne suis pas là, j'imagine qu'ils vaquent, gardant un œil tout de même sur un éventuel retour, de l'un ou de l'autre.
J'irai par les champs tout à l'heure, après dîner, quand l'air sera plus léger et la lumière moins écrasante.
Lundi 30 juillet 2018 15h52
Quelques administratifs me ramènent ici.
Mes journées aux rythmes si réguliers sont bousculées par les visites au paternel.
Nous attendons une "place" pour la table d'opération, comme on attend une "place" au balcon au théâtre. (Chose que je n'ai jamais "attendue", d'ailleurs…)
Le grand été est installé. La ferme résonne d'un vide étonné. La chambre du fond prend tournure.
Je me sens moi aussi un peu vacante. En attente.
Mercredi 1er Août 2018 14h30
La canicule annoncée nous fait apprécier davantage le bon air frais du jour. C'est très agréable pour le moment, on verra pour la suite ensuite !
Toujours ce sentiment bizarre d'un vide, d'un temps suspendu. C'est un peu morne, sans plus.
Les sensations en creux sont forcément fuyantes, glissées dans l'absence inconsistante de ce qui échappe.
Difficile à décrire, à saisir, par essence même.
Je comble de petites choses simples, sans gratter trop fort.
Ces petites joies sont des points d'ancrage solides. Pour les natures épisodiquement exaltées comme la mienne, ce qui est l'ordinaire de beaucoup paraîtrait vite un peu terne.
Je m'applique à adapter mon seuil de satisfaction à ces possibles raisonnables.
Les ambitions plus hautes vont sûrement devenir moins accessibles. Inutile de se fatiguer à essayer de happer ce qui est hors d'atteinte. Indispensable par contre de se faire à ces nouvelles contrées, moins chatoyantes, mais colorées encore, allez !
Vendredi 3 Août 2018 15H48
Un petit air frais atténue l'effet de la chaleur. Ca reste très agréable.
A la jardinerie, dans les moments creux, j'envoie l'arrosage. Un petit scrupule pour la consommation d'eau, mais la petite fraîcheur brumisée tellement appréciable !
Le développement durable de la planète s'exonérera difficilement de nos usages égoïstes et aveuglés…
Nous avançons à la ferme dans nos petites entreprises de rénovation de l'habitat. L'artisan sympathique en diable nous guide utilement. Livrés à nous-mêmes, malgré notre haute opinion de nos compétences locales, nous naviguons tout de même un peu trop à vue. Autant se faire relayer par les hommes de l'art : ils sont là pour ça !
Le paternel est en voie d'être soulagé d'un de ses maux. Lui resteront la vieillesse et ce qui va avec. Là, ça ne s'opère pas.
Il garde une attitude digne et positive. Exemplaire et encourageante.
Les routines s'installent vite. Visites à l'hôpital à la quittée de la jardinerie, la ferme vide de tout hominidé le soir. Une ambiance différente, vite perçue comme familière.
Je me suis souvent étonnée de la vitesse à laquelle on s'habitue aux choses, du peu de temps nécessaire à ancrer de nouveaux usages dans son quotidien. "D'habitude", dit-on au bout d'une semaine de pratique nouvelle, comme si la chorégraphie inédite s'inscrivait au premier plan dès sa deuxième représentation, reléguant l'ancien spectacle aux oubliettes.
Je mettrais ça sur le compte de notre capacité d'adaptation si élastique. De notre volonté d'oubli et de notre catégorique intention d'aller de l'avant, quel que soit cet avant. Efficace, d'ailleurs, puisque revenir en arrière, on ne peut !!
Les petits projets colorent joliment mes jours. Les moments où je bavarde avec mon père se teintent d'une intensité sans pesanteur. Nous ne nous parlons jamais autant que quand nous ne sommes pas à la ferme, l'un ou l'autre.
Etre ici, c'est se passer des mots, comme si, ici, tout était dit !
L'histoire et la mémoire entre nos vieux murs emplissent un espace où il n'est plus trop besoin de mots.
Et puis, nous autres, paysans, nous sommes des taiseux : les mots, ça doit dire quelque chose pour servir, pas trop pour parler de soi, ou tenter d'amener l'autre à le faire.
Comme quoi, je suis véritablement une brebis galeuse, avec mes mots foisonnés en logorrhées.
Ou alors, juste le trop plein d'une race étouffée dans son silence.
Ce silence pudique, oui, digne, peut-être, mais lourd, tout de même, lourd, oui.
J'ai envie de légèreté, et j'en ai besoin.
Lever les chapes "plombantes" pour en couler de fondatrices, c'est notre idée pour la restauration de la vieille bâtisse, et la mienne...
Vendredi 20 juillet 2018 10h49
Il pleut pas mal cet été…
Les viroses et autres champignons s'en donnent à cœur joie. Les plantes trop exubérantes, fouettées par les coups de chaud et l'humidité ambiante, sont fragilisées par cette impétuosité même. Elles donnent trop d'énergie à la pousse, il ne leur en reste pas assez pour s'armer contre l'adversité. Toute cette eau finit par les asphyxier aux racines. La végétation va prendre moins belle tournure, un air d'automne déjà bien avant l'automne.
Ma foi, il va falloir faire comme ça, cette année.
J'ai fait l'expérience hier matin de ma nouvelle émotivité déverrouillée. L'expérience d'une réaction naturelle à une situation stressante. Le paternel et une énième alerte m'en ont donné l'occasion.
Quand avant rien ne me faisait rien, ou presque, en apparence et à mon ressenti, je touche maintenant du doigt le mécanisme d'une nature dé-carapaçonnée. A savoir les manifestations immédiates à un stimulus donné.
J'ai accès à mes émotions, comme disent les spécialistes, et elles demandent à s'exprimer. C'est moins pratique, sur le moment. Plus sain, sur la durée. Je me targue d'une connaissance psychologique de bazar, peut-être, un peu documentée et vécue, tout de même !
Une intense sudation surprenante a expurgé par les pores les plus méconnues, (sous la plante des pieds !) cette tension compréhensible et naturelle. Quelques secondes à peine, et, tout de suite après, je me sentais mieux. Allégée et capable de reprendre le cours des choses normalement.
Je n'avais jamais connu ça, avant. C'est inédit, pour moi.
Avec ça aussi, il va falloir faire, maintenant.
Je me prépare !
Lundi 23 juillet 2018 16h50
Je passe ici entre deux.
Les visites à la polyclinique, par ces après-midis où tout le monde semble se jeter sur les routes, par la pleine chaleur, me font toucher du doigt mieux encore la chance d'habiter à l'écart de la ville. Ici, pas de tôle surchauffée dans un nuage tremblant brouillé par la température élevée, pas de bruit de moteurs, pas de visages rougis et de regards exacerbés. Le calme, au frais, dans les courants d'air, où bêtes et gens se retrouvent en connaisseurs des lieux.
Tout paraît aller bien du côté paternel. Son retour à la ferme s'annonce prochain.
Les chiens le cherchent le matin, puis, après un tour dans la chambre vide, s'installent dans les coins stratégiques de la cour, pour une journée d'attente, sans doute.
Ils me suivent partout, et, les jours où je ne suis pas là, j'imagine qu'ils vaquent, gardant un œil tout de même sur un éventuel retour, de l'un ou de l'autre.
J'irai par les champs tout à l'heure, après dîner, quand l'air sera plus léger et la lumière moins écrasante.
Lundi 30 juillet 2018 15h52
Quelques administratifs me ramènent ici.
Mes journées aux rythmes si réguliers sont bousculées par les visites au paternel.
Nous attendons une "place" pour la table d'opération, comme on attend une "place" au balcon au théâtre. (Chose que je n'ai jamais "attendue", d'ailleurs…)
Le grand été est installé. La ferme résonne d'un vide étonné. La chambre du fond prend tournure.
Je me sens moi aussi un peu vacante. En attente.
Mercredi 1er Août 2018 14h30
La canicule annoncée nous fait apprécier davantage le bon air frais du jour. C'est très agréable pour le moment, on verra pour la suite ensuite !
Toujours ce sentiment bizarre d'un vide, d'un temps suspendu. C'est un peu morne, sans plus.
Les sensations en creux sont forcément fuyantes, glissées dans l'absence inconsistante de ce qui échappe.
Difficile à décrire, à saisir, par essence même.
Je comble de petites choses simples, sans gratter trop fort.
Ces petites joies sont des points d'ancrage solides. Pour les natures épisodiquement exaltées comme la mienne, ce qui est l'ordinaire de beaucoup paraîtrait vite un peu terne.
Je m'applique à adapter mon seuil de satisfaction à ces possibles raisonnables.
Les ambitions plus hautes vont sûrement devenir moins accessibles. Inutile de se fatiguer à essayer de happer ce qui est hors d'atteinte. Indispensable par contre de se faire à ces nouvelles contrées, moins chatoyantes, mais colorées encore, allez !
Vendredi 3 Août 2018 15H48
Un petit air frais atténue l'effet de la chaleur. Ca reste très agréable.
A la jardinerie, dans les moments creux, j'envoie l'arrosage. Un petit scrupule pour la consommation d'eau, mais la petite fraîcheur brumisée tellement appréciable !
Le développement durable de la planète s'exonérera difficilement de nos usages égoïstes et aveuglés…
Nous avançons à la ferme dans nos petites entreprises de rénovation de l'habitat. L'artisan sympathique en diable nous guide utilement. Livrés à nous-mêmes, malgré notre haute opinion de nos compétences locales, nous naviguons tout de même un peu trop à vue. Autant se faire relayer par les hommes de l'art : ils sont là pour ça !
Le paternel est en voie d'être soulagé d'un de ses maux. Lui resteront la vieillesse et ce qui va avec. Là, ça ne s'opère pas.
Il garde une attitude digne et positive. Exemplaire et encourageante.
Les routines s'installent vite. Visites à l'hôpital à la quittée de la jardinerie, la ferme vide de tout hominidé le soir. Une ambiance différente, vite perçue comme familière.
Je me suis souvent étonnée de la vitesse à laquelle on s'habitue aux choses, du peu de temps nécessaire à ancrer de nouveaux usages dans son quotidien. "D'habitude", dit-on au bout d'une semaine de pratique nouvelle, comme si la chorégraphie inédite s'inscrivait au premier plan dès sa deuxième représentation, reléguant l'ancien spectacle aux oubliettes.
Je mettrais ça sur le compte de notre capacité d'adaptation si élastique. De notre volonté d'oubli et de notre catégorique intention d'aller de l'avant, quel que soit cet avant. Efficace, d'ailleurs, puisque revenir en arrière, on ne peut !!
Les petits projets colorent joliment mes jours. Les moments où je bavarde avec mon père se teintent d'une intensité sans pesanteur. Nous ne nous parlons jamais autant que quand nous ne sommes pas à la ferme, l'un ou l'autre.
Etre ici, c'est se passer des mots, comme si, ici, tout était dit !
L'histoire et la mémoire entre nos vieux murs emplissent un espace où il n'est plus trop besoin de mots.
Et puis, nous autres, paysans, nous sommes des taiseux : les mots, ça doit dire quelque chose pour servir, pas trop pour parler de soi, ou tenter d'amener l'autre à le faire.
Comme quoi, je suis véritablement une brebis galeuse, avec mes mots foisonnés en logorrhées.
Ou alors, juste le trop plein d'une race étouffée dans son silence.
Ce silence pudique, oui, digne, peut-être, mais lourd, tout de même, lourd, oui.
J'ai envie de légèreté, et j'en ai besoin.
Lever les chapes "plombantes" pour en couler de fondatrices, c'est notre idée pour la restauration de la vieille bâtisse, et la mienne...
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