mercredi 29 août 2018

22 au 29 Août



Mercredi 22 Août 2018 16h12

Nous avons reçu aujourd'hui le paternel et le sèche-linge…
L'un appelant l'autre.

La satisfaction de réintégrer le vieil homme heureux dans sa ferme, le poids de cette charge sur les bras. L'impression de recommencer le parcours pénible suivi avec la mère, l'impression de ne pas trop pouvoir faire autrement.
La vieillesse et ses misères, tous les jours, toutes les nuits, criante et misérable.
Je m'accroche au sentiment d'un devoir à accomplir, je m'étrécis dans cet horizon inéluctable.
L'immense soulagement de trouver de l'aide allège mon début de panique.
Je le sais, les premiers jours semblent souvent impossibles, puis, là comme ailleurs, la vie se fraie son chemin, et la routine installée prend son rythme de croisière.
J'ai la chance d'avoir trouvé des gens de qualité pour prendre mon relais. La chance de ne plus être la seule à supporter le fardeau.

Les grands sourires béats de mon père récompenseront ma peine. Ses progrès, le bien-être à reconquérir et encore à portée doivent primer sur le reste.
Nous allons lui, moi et les autres, continuer à nous accrocher à cette rampe tenue fermement.
Cette fois encore, la mort nous a laissés pantelants, mais vivants encore.
Son jeu paraît cruel, usant et sadique.
Quand il n'est ni plus ni moins que la fatalité, neutre.
Allez, allez, suivons la filière, comme disait l'autre, et gardons en tête le grand sourire d'un vieil homme encore content de ses jours.







Samedi 25 Août 2018 6h50

Je passe vite fait par ici relever mes messages. Ces temps-ci, la logistique autour du paternel requiert l'espace et le temps : plus de "vacaaaances !" dans la journée,  comme disait ma mère avec mépris et dégoût. Paix à son âme…
Je remonte, relevée de ma nuit de garde par mon binôme, increvable et toujours souriante . De ces femmes comme il ne s'en fait plus, comme il n'en n'a jamais trop du s'en faire, non plus.
Les féministes enragées vont huer cet appel à l'héroïsme d'une féminité consacrée au bien-être des autres. Je suis la première à déplorer ces vies de femmes sacrifiées au confort de leurs familles, quand ce rôle leur a été imposé, et qu'elles le portent comme une charge pénible.
Elle, elle a choisi ce métier par vocation, presque. Si elle en sent évidemment les fatigues et les désespoirs, inhérents à tout ce qui gravite autour de la vieillesse et de la maladie, elle y trouve aussi la sérénité d'apporter ce bien-être là où il n'y en aurait plus sans elle.

J'ai soigné mes bêtes, une autre façon aussi de nourrir son bien-être en en dispensant.
Nous nous retrouvons dans la chambre verte, les gardiennes, l'infirmier, et moi, à la fin de nuit, autour de mon père silencieux et appliqué à bien faire les gestes demandés.
Ensuite, chacun retourne à sa vie, lui à son lit où il s'endort presque paisible, au petit jour, après une nuit épuisante et agitée. La "gardienne" se recouche, elle aussi bien lasse de la veille, mais ne se rendort pas, ou mal. 
Moi, je vais  ce matin prendre la route de la jardinerie, après un petit café et quelques mots avec Olivier. 
Essayer dans mes arbustes d'éloigner ce sentiment accablant de la mort qui rôde, comme une cruelle chienne vicieuse.


Lundi 27 Août 2018 19h46

Je ferme les volets de la ferme.
Mes jours ici gravitent autour de mon père, vieil homme vulnérable et pathétique dans ses efforts pour remonter la pente si vite descendue. Il s'accroche aux poignées de son déambulateur, avance, chaotique, courbé et penché sur le côté, de cette démarche étrécie des vieux qui posent un pied sur l'autre, rétrécissant leur foulée comme la coulée de vie devient de plus en plus ténue en eux.
Je chemine à son côté, main sur sa ceinture;
Retour arrière, les années passées et ma propre maladie en plus…
Il y a du progrès, oui. De la peine, aussi.



Mercredi 29 Août 2018 15h38



Une après-midi douce. Des volées venteuses sans rudesse, des nuages joufflus sans bouderie.
Nous avons coulé la chappe de béton dans la vieille chambre du fond ce matin.  Le sol s'étale maintenant comme un miroir lisse, le plan d'un lac endormi. La vieille ferme se consolide dans ses fondements, je me rebase sur les miens.
Renforcée par mes alliés dans la garde auprès de mon père, je prends mon tour plus légèrement, sachant le repos à portée. Partagée, la tâche devient mieux supportable, et la fédération autour d'un vieil homme en lutte pour sa survie lève en nous une onde enthousiaste.
Les plus petits progrès sont un baume : quelques foulées plus fluides, une répartie un peu vive, un regard avec un regain d'étincelle. Toutes ces toutes petites choses comptent, toutes ravivent le plaisir humble d'une vie encore plaisante.

Chaque instant de paix est un moment de plus, un bon moment. Je les range tous les uns derrière les autres, comme on plie soigneusement une pile de linge propre.
Je retourne à nos petits pas précautionneux, mais tenaces encore.






vendredi 10 août 2018

06 au 10 Août



Lundi 6 Août 2018 9h12



Un rapide tour de ferme avant d'aller "en ville".
Bêtes, potager, logistique domestique, tout ça est vite bouclé.
Quelques essentiels nous lâchent, réfrigérateur et autre électroménager,  par ces journées un peu chaudes, c'est assez ennuyeux !
Nos approximations administratives nous rattrapent aussi, avec ces vieilles histoires public-privé, dessertes et servitudes, à remettre à jour.
Nous allons gentiment nous occuper de tout ça, en prenant les choses par ordre de priorité. 

A Agorreta, nous avons quand-même pas mal déblayé un terrain mouvant : tout ne peut pas être parfait, et ne le sera d'ailleurs jamais, ni ici ni ailleurs. Un peu de rondeur est d'ailleurs plus confortable à vivre, quelques dépassements dans la marge et autres empiètements de lignes blanches font d'une trajectoire trop rigide autrement, une agréable promenade, aux surprises amusantes. Ou pas.
Si ça, c'est pas du propos double-sens sous entendu sibyllin et masque de carnaval, je ne m'y connais plus…

Le paternel se fait opérer aujourd'hui. Il a été "transféré" hier en chirurgie, comme un colis postal.
Je serai sur place, pour le cueillir à son réveil, histoire de lui montrer qu'il est toujours chez les vivants.
Je n'ai pas d'appréhension particulière : tant de fois déjà la fin a été annoncée comme imminente, et autant de fois, l'homme en est ressorti. Pourquoi pas cette fois-ci ?
Un jour viendra fatalement où la mort se souviendra de ce vieil homme flairé de près déjà, et s'en saisira, un peu dédaigneusement, comme d'un reste de repas racorni au fond du réfrigérateur (Quand il marche !).
En attendant, il a fait belle vie, et la fera peut-être encore longtemps.
Assurée d'avoir reçu une part de ces gènes-là, je peux espérer, moi aussi, et le fais !


Vendredi 10 Août 2018 11h16

Le repas cuit en bas, le reste est bien à jour.
Les journées sont bien plus fraîches, plus légères, tellement plus agréables que la chape de plomb fondu de lundi.

J'ai, comme prévu, ce jour là, tâché de suivre les péripéties hospitalières paternelles.
Pas toujours faciles à suivre, d'ailleurs, ces péripéties. Quelques anomalies chronologiques, des séquences coupées arbitrairement, puis reprises en hasards, notre système hospitalier semble par moments chaotique. 
Ce n'est pas faute d'accumuler des dossiers, des comptes-rendus et des préconisations de spécialistes divers, non. C'est plutôt de manquer d'une synthèse de l'ensemble, chacun y allant de sa partie, et ignorant superbement les autres. Les parcours aux points colorés dans les couloirs sont d'ailleurs toujours parallèles, et jamais un camaïeu ne vient harmoniser l'ensemble des couleurs tranchées. C'est un peu dommage…
Etre pris en charge par un médecin exténué par 72 heures de garde, laisse juste l'espérance fervente de ne pas tomber sur sa soixante-dixième !
Mon pauvre père commence à faire le tour de l'ensemble des services de l'hôpital bayonnais.
Sa vieille carcasse examinée sous toutes les coutures paraît dématérialisée de cet homme à la présence pourtant bien tangible. 
J'essaie de le reconstituer dans son identité de vieil homme en souffrance, certes, mais bien décidé à vivre encore pourtant.

Lundi, un petit incident coupable dans le suivi du dossier a perturbé la marche de l'affaire : je n'ai pas pu le voir.
Mardi, j'ai trouvé l'homme un peu fatigué, certes, mais en assez bonne forme, compte tenu des deux anesthésies successives en dix jours.
Je lui ai présenté son parcours au mieux, comme on emballe un présent.
Avec pour résultat un paternel tranquillisé, et content de lui-même. Cet homme est étonnant, de force et de courage. De robustesse et d'une philosophie fataliste à toute épreuve.
Je me dis qu'après tout, il n'y a pas de raison que je ne récolte que les tares familiales, sang épais, gras, et autre pets au casque. Non, je peux aussi compter sur deux trois choses plutôt bonnes alliées.

Mardi, mon père était sous antalgiques. Comme pour beaucoup de personnes âgées, la morphine ne lui réussit pas trop, distillant dans sa tête forces hallucinations et autres confusions mentales.
Une toute petite dose de codéine suffisait à lui faire voir une vieille dame assise dans le coin de la chambre, un rat le long de la plinthe, choses qui demandaient d'ailleurs vérification avant de décréter qu'elles n'étaient pas réelles, ou encore un singe au plafond, et là, même à la ferme Agorreta, on ne pouvait pas douter que ce soit une vue de l'esprit !

Mardi, entre deux propos tout à fait cohérents, sur l'intervention de la veille, ses suites plutôt bien supportées, (je ne m'étais pas appesantie sur les aléas qui l'auraient inutilement inquiété), nous parlions des Allemands qui étaient encore à l'hôtel Sud Américain le lundi précédent :

- Ils sont partis ? demande mon père très préoccupé.

Je ne suis pas prise au dépourvu, je l'ai déjà entendu fabuler de la même façon, notamment lors d'une nuit aux urgences de la Polyclinique de Saint-Jean-de-Luz, où les pompiers en bateau l'avaient sauvé d'une inondation ravageuse.

- Oui, oui, ils n'y sont plus.

Mon père se redresse sur un coude, manquant s'arracher les tubulures à oxygène plantés dans ses narines comme des fourches caudines.

- Mais quand alors ?! Lundi, ils y étaient encore.

- Ils en sont partis mercredi.

- Ah, bon, tant mieux !

Et il se repose sur l'oreiller.

Inutile dans ces cas de vouloir à toute force rétablir une réalité fuyante. Quand le temps s'affole ainsi en bonds fantastiques, quand l'espace vire et volte d'Urrugne à Lesaka, entre un maréchal ferrant et un charbonnier solitaire, pas la peine de se raccrocher fermement à une vulgaire barrière de lit d'hôpital. Mieux vaut suivre le mouvement, se laisser transporter et déporter, sans résistance, en accompagnant du mieux possible la valse tournoyante.

Evidemment, pour le voisin de chambrée, s'il comprenait le basque, notre conversation devait paraître un tantinet déroutante. Il avait toutes les raisons de se demander si la fille n'était pas tout aussi perturbée que le père, l'effet des médicaments en moins.

Bah… mon objectif prioritaire était la restauration de la sérénité paternelle. Pour le reste, ma foi !

L'affaire suit son cours, toujours bousculé, mais nous tenons l'un et l'autre vaillamment cette rampe virtuelle et fantaisiste.







vendredi 3 août 2018

16 juillet au 3 Août



Lundi 16 juillet 2018 9h18



La fin de nuit a lavé à grandes eaux la cour, aplati l'herbe des prés.
Tonnerres et éclairs, éclairs et tonnerres. La nuit rugissait sa colère, les chiens se tapissaient dans les coins.
Mes vaches ont regardé la pluie tomber depuis la stabulation libre en fond d'étable.
Grappillant le foin, rien ne les presse. Elles ont belle vie, et leur nonchalance assouvie comble la mienne. C'est bien agréable !



Les cieux s'allègent maintenant. Les oiseaux pépient comme des perdus.
Les repiquages potagers d'hier n'auront même pas baissé la tête. 
Après le tour d'arrosage à la jardinerie (deux jours de fermeture consécutifs), je me suis fait le tour des betteraves et citrouilles, efficacement épaulée par l'intervention de la machine le matin. Un sarclage léger a suffi, même si le rang de betteraves commençait à joliment s'enherber. Il fallait vite intervenir, sous peine de se voir débordé ! 
Les plants sont clairsemés, la ligne pointillée. Et bien, les betteraves en seront plus grosses ! Les attaques d'altises n'ont pas fait trop de dégâts, quelques trous à peine sur les feuilles tendres. Les vers gris roulés au collet flétrissent ici ou là quelques plantules. C'est la petite course pour la survie. Le temps aide, entre percées chaudes et humidité. Le terrain caillouteux draine toute cette eau sinon asphyxiante. Les conditions sont optimales.

J'ai fait ça dans l'après-midi paisible, pendant que les hommes de la maison regardaient les sportifs dans la cuisine aux volets tirés. J'entendais leurs cris, ponctués des coups de klaxons vers Orio. 
Cette ferveur patriotique, cette communion fédératrice et exaltante, je ne les partage pas, mais j'en comprends l'allant.
Je transpose à ces choses qui me font vibrer, moi, moins collectives mais aussi intenses. Le large partage de ce sentiment doit en effet sublimer son plaisir. 

Ma foi, être vainqueurs d'une mondiale, ça n'est pas rien. De près ou de loin, on se réjouit.
Et ce qui réjouit sans nuire est bon, très bon ! Ma morale ne va pas bien au delà…


Vendredi 20 juillet 2018 10h49

Il pleut pas mal cet été…
Les viroses et autres champignons s'en donnent à cœur joie. Les plantes trop exubérantes, fouettées par les coups de chaud et l'humidité ambiante, sont fragilisées par cette impétuosité même. Elles donnent trop d'énergie à la pousse, il ne leur en reste pas assez pour s'armer contre l'adversité. Toute cette eau finit par les asphyxier aux racines. La végétation va prendre moins belle tournure, un air d'automne déjà bien avant l'automne.
Ma foi, il va falloir faire comme ça, cette année.

J'ai fait l'expérience hier matin de ma nouvelle émotivité déverrouillée. L'expérience d'une réaction naturelle à une situation stressante. Le paternel et une énième alerte m'en ont donné l'occasion.
Quand avant rien ne me faisait rien, ou presque, en apparence et à mon ressenti, je touche maintenant du doigt le mécanisme d'une nature dé-carapaçonnée. A savoir les manifestations immédiates à un stimulus donné. 
J'ai accès à mes émotions, comme disent les spécialistes, et elles demandent à s'exprimer. C'est moins pratique, sur le moment. Plus sain, sur la durée. Je me targue d'une connaissance psychologique de bazar, peut-être, un peu documentée et vécue, tout de même !

Une intense sudation surprenante a expurgé par les pores les plus méconnues, (sous la plante des pieds !) cette tension compréhensible et naturelle. Quelques secondes à peine, et, tout de suite après, je me sentais mieux. Allégée et capable de reprendre le cours des choses normalement.

Je n'avais jamais connu ça, avant. C'est inédit, pour moi.
Avec ça aussi, il va falloir faire, maintenant.
Je me prépare !


Lundi 23 juillet 2018 16h50

Je passe ici entre deux.
Les visites à la polyclinique, par ces après-midis où tout le monde semble se jeter sur les routes, par la pleine chaleur, me font toucher du doigt mieux encore la chance d'habiter à l'écart de la ville. Ici, pas de tôle surchauffée dans un nuage  tremblant brouillé par la température élevée, pas de bruit de moteurs, pas de visages rougis et de regards exacerbés. Le calme, au frais, dans les courants d'air, où bêtes et gens se retrouvent en connaisseurs des lieux.
Tout paraît aller bien du côté paternel. Son retour à la ferme  s'annonce prochain.
Les chiens le cherchent le matin, puis, après un tour dans la chambre vide, s'installent dans les coins stratégiques de la cour, pour une journée d'attente, sans doute.
Ils me suivent partout, et, les jours où je ne suis pas là, j'imagine qu'ils vaquent, gardant un œil tout de même sur un éventuel retour, de l'un ou de l'autre.
J'irai par les champs tout à l'heure, après dîner, quand l'air sera plus léger et la lumière moins écrasante.


Lundi 30 juillet 2018 15h52

Quelques administratifs me ramènent ici.
Mes journées aux rythmes si réguliers sont bousculées par les visites au paternel.
Nous attendons une "place" pour la table d'opération, comme on attend une "place" au balcon au théâtre. (Chose que je n'ai jamais "attendue", d'ailleurs…)

Le grand été est installé. La ferme résonne d'un vide étonné. La chambre du fond prend tournure. 
Je me sens moi aussi un peu vacante. En attente.


Mercredi
1er Août 2018 14h30

La canicule annoncée nous fait apprécier davantage le bon air frais du jour. C'est très agréable pour le moment, on verra pour la suite ensuite !
Toujours ce sentiment bizarre d'un vide, d'un temps suspendu. C'est un peu morne, sans plus.
Les sensations en creux sont forcément fuyantes, glissées dans l'absence inconsistante de ce qui échappe.
Difficile à décrire, à saisir, par essence même.

Je comble de petites choses simples, sans gratter trop fort.
Ces petites joies sont des points d'ancrage solides. Pour les natures épisodiquement exaltées comme la mienne, ce qui est l'ordinaire de beaucoup paraîtrait vite un peu terne.
Je m'applique à adapter mon seuil de satisfaction à ces possibles raisonnables.
Les ambitions plus hautes vont sûrement devenir moins accessibles. Inutile de se fatiguer à essayer de happer ce qui est hors d'atteinte. Indispensable par contre de se faire à ces nouvelles contrées, moins chatoyantes, mais colorées encore, allez !


Vendredi 3 Août 2018 15H48

Un petit air frais atténue l'effet de la chaleur. Ca reste très agréable.
A la jardinerie, dans les moments creux, j'envoie l'arrosage. Un petit scrupule pour la consommation d'eau, mais la petite fraîcheur brumisée tellement appréciable !
Le développement durable de la planète s'exonérera difficilement de nos usages égoïstes et aveuglés…
Nous avançons à la ferme dans nos petites entreprises de rénovation de l'habitat. L'artisan sympathique en diable nous guide utilement. Livrés à nous-mêmes, malgré notre haute opinion de nos compétences locales, nous naviguons tout de même un peu trop à vue. Autant se faire relayer par les hommes de l'art : ils sont là pour ça !

Le paternel est en voie d'être soulagé d'un de ses maux. Lui resteront la vieillesse et ce qui va avec. Là, ça ne s'opère pas.
Il garde une attitude digne et positive. Exemplaire et encourageante.

Les routines s'installent vite. Visites à l'hôpital à la quittée de la jardinerie, la ferme vide de tout hominidé le soir. Une ambiance différente, vite perçue comme familière.
Je me suis souvent étonnée de la vitesse à laquelle on s'habitue aux choses, du peu de temps nécessaire à ancrer de nouveaux usages dans son quotidien. "D'habitude", dit-on au bout d'une semaine de pratique nouvelle, comme si la chorégraphie inédite s'inscrivait au premier plan dès sa deuxième représentation, reléguant l'ancien spectacle aux oubliettes.
Je mettrais ça sur le compte de notre capacité d'adaptation si élastique. De notre volonté d'oubli et de notre catégorique intention d'aller de l'avant, quel que soit cet avant. Efficace, d'ailleurs, puisque revenir en arrière, on ne peut !!

Les petits projets colorent joliment mes jours. Les moments où je bavarde avec mon père se teintent d'une intensité sans pesanteur. Nous ne nous parlons jamais autant que quand nous ne sommes pas à la ferme, l'un ou l'autre. 
Etre ici, c'est se passer des mots, comme si, ici, tout était dit !
L'histoire et la mémoire entre nos vieux murs emplissent un espace où il n'est plus trop besoin de mots.
Et puis, nous autres, paysans, nous sommes des taiseux : les mots, ça doit dire quelque chose pour servir, pas trop pour parler de soi, ou tenter d'amener l'autre à le faire.

Comme quoi, je suis véritablement une brebis galeuse, avec mes mots foisonnés en logorrhées.
Ou alors, juste le trop plein d'une race étouffée dans son silence.
Ce silence pudique, oui, digne, peut-être, mais lourd, tout de même, lourd, oui.
J'ai envie de légèreté, et j'en ai besoin.
Lever les chapes "plombantes" pour en couler de fondatrices, c'est notre idée pour la restauration de la vieille bâtisse, et la mienne...